Thaïlande - Violents affrontements à Bangkok

Un manifestant anti-gouvernement fait face à l’armée thaïlandaise à un carrefour stratégique de Bangkok.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un manifestant anti-gouvernement fait face à l’armée thaïlandaise à un carrefour stratégique de Bangkok.

Les célébrations du Nouvel An thaï ont été assombries à Bangkok par de violentes échauffourées et par la mort de deux personnes prises entre des milliers de manifestants anti-Abhisit et les forces de l'ordre.

L'armée thaïlandaise a ouvert le feu hier à Bangkok sur des manifestants antigouvernementaux qui ont riposté par des jets de pierres et de cocktails Molotov. On déplore deux morts et des dizaines de blessés.

Peu avant minuit, le premier ministre, Abhisit Vejjajiva, est apparu à la télévision nationale, flanqué des principaux responsables des forces armées et a déclaré que le calme était revenu dans la plus grande partie de la capitale. «Nous sommes convaincus de pouvoir maîtriser la situation», a-t-il indiqué à la BBC. Il avait proclamé, la veille, l'état d'urgence à Bangkok.

Pendant toute la journée, les manifestants ont dressé des barricades, ont incendié des autobus et se sont battus à coups de cocktails Molotov et de pavés contre les militaires, qui ont riposté en tirant des coups de semonce à l'arme automatique et en employant des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Une aile d'un bâtiment gouvernemental a aussi été incendiée, dégageant une épaisse fumée noire dans le ciel de Bangkok.

Deux hommes âgés de 19 et 54 ans, présentés comme de simples résidants, ont été tués par balle au cours d'une rixe avec les manifestants, selon le gouvernement et les services d'urgence. L'Institut médical des Urgences a fait savoir que 113 personnes, dont des soldats, avaient été blessées dans les affrontements d'hier. De ceux-ci, 44 étaient toujours hospitalisés ce matin.

Les soldats ont réussi à la tombée de la nuit à repousser les manifestants éparpillés dans Bangkok vers les alentours du siège du gouvernement, où des centaines de «chemises rouges», les militants pro-Thaksin du «front uni pour la démocratie et contre la dictature» — à l'origine des manifestations antigouvernementales actuelles —, campent depuis le 26 mars.

Le premier ministre est apparu à la télévision et les a invités à quitter les lieux en leur garantissant le libre passage. L'armée a aussi érigé des barrages routiers pour empêcher les manifestants présents dans d'autres quartiers de se rendre dans celui de Government House.

Le commandant en chef de l'armée, le général Songkitti Chakabakr, a déclaré à la télévision que le comité mis en place pour rétablir l'ordre voulait épuiser «tous les moyens pacifiques» pour ramener le calme, mais se réservait le droit de recourir à la force si nécessaire.

Les heurts avaient commencé avant l'aube, quand l'armée avait chargé plusieurs centaines de manifestants qui bloquaient un carrefour stratégique de Bangkok, Din Daeng, en tirant en l'air. La foule avait riposté en lançant des cocktails Molotov. Les soldats étaient intervenus à plusieurs reprises contre des groupes de manifestants afin de dégager le carrefour, qui commande l'accès au nord de la ville, alors que de nombreux habitants s'apprêtaient à partir pour les congés du Nouvel An thaï, qui s'étalent sur trois jours.

Des partisans de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra avaient contraint samedi les autorités à annuler le sommet de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est, où des chefs d'État et de gouvernement de seize États se réunissaient à Pattaya, une cité balnéaire située au sud de Bangkok, en envahissant le lieu de la réunion.

Renversé en 2006 à la faveur d'un coup d'État, Thaksin a déclaré à la chaîne de télévision d'information en continu CNN que de nombreuses personnes avaient été tuées. «Les corps sont emmenés dans des camions militaires», a-t-il affirmé de son lieu d'exil.

Les «chemises rouges» exigent la démission d'Abhisit Vejjajiva, qu'ils accusent d'être un pantin à la solde de l'armée, et celle de certains conseillers du roi ainsi que la tenue d'élections anticipées.

Thaksin, qui est resté en contact téléphonique avec ses partisans, a déclaré que le moment était idéal pour se soulever contre le gouvernement. Il a réitéré ses appels à une «révolution du peuple», ajoutant qu'il se tenait prêt à revenir en Thaïlande pour conduire le peuple contre un éventuel coup d'État. Thaksin avait donné jusqu'au 8 avril au premier ministre pour démissionner et organiser de nouvelles élections. Les violences ont alors repris de plus belle. Honni par une bonne partie des élites de Bangkok, Thaksin est adoré au sein des couches défavorisées.

La Thaïlande, qui a connu dix-huit coups d'État depuis 1932, ne parvient pas à sortir d'une spirale de violence depuis plusieurs mois, avec, d'un côté, les royalistes, l'armée et la bourgeoisie urbaine, de l'autre, une population rurale qui regrette Thaksin.

Le ministère canadien des Affaires étrangères demande à ses ressortissants d'éviter la région. «La situation demeure incertaine en Thaïlande, et les voyageurs devraient s'attendre à une présence accrue des forces de l'ordre et à une augmentation des mesures de sécurité», avertit Ottawa.

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