Thaïlande - Abhisit, un PM à l'instinct douteux

Bangkok — Photogénique, diplômé d'Oxford et très respectueux de la monarchie thaïlandaise, le premier ministre Abhisit Vejjajiva est confronté à son plus sérieux défi depuis son accession au pouvoir il y a à peine quatre mois.

Dans la nuit de dimanche à hier, il est apparu à la télévision, flanqué des chefs des forces armées, pour bien montrer l'unité des autorités face aux manifestations actuelles.

M. Abhisit, 44 ans, né au Royaume Uni et symbole des élites traditionnelles de Bangkok, avait toutes les qualités requises pour devenir rapidement premier ministre. Mais son accession au pouvoir, le 15 décembre dernier, a pris plus de temps que prévu.

Les conditions étaient pourtant réunies dès 2006 pour que M. Abhisit rafle la mise. Le premier ministre thaïlandais de l'époque, Thaksin Shinawatra (de qui les manifestants réclament le retour), venait de laisser sa famille vendre toutes les parts qu'elle détenait dans un empire des télécoms et la transaction juteuse avait été défiscalisée, ce qui avait provoqué la colère de la population de Bangkok.

Mais M. Abhisit n'avait pas su profiter de cette occasion. Ces trois dernières années, il «n'a pas montré le leadership et l'instinct» qui font de grands dirigeants «au moment opportun», estime d'ailleurs l'analyste Thitinan Pongsudhirak.

Quand le Parlement a été dissous par un Thaksin en difficulté, M. Abhisit a opté pour le boycottage des élections anticipées de 2006, en misant sur un effondrement du pouvoir. C'est l'armée, avec le soutien tacite du palais royal, qui donna le coup de grâce à M. Thaksin, accusé d'autoritarisme et de corruption. De même, lors des manifestations anti-Thaksin de 2008 conduites par des militants royalistes, M. Abhisit est apparu en retrait.

Au final, Abhisit Vejjajiva est devenu premier ministre à la faveur d'un renversement d'alliance parlementaire, et non à la suite d'une élection.

La Thaïlande est toujours aussi divisée entre des régions septentrionales, majoritairement rurales et favorables au clan Thaksin, et une zone comprenant Bangkok et le Sud, généralement pro-démocrate. Le style urbain et le langage policé du jeune Abhisit ne passent toujours pas dans les campagnes du nord.

À voir en vidéo