La Corée du Nord lance sa fusée - Un monde divisé face à Pyongyang

Des manifestants ont brûlé une photo du leader nord-coréen Kim Jong-il, hier à Séoul, en Corée du Sud pour protester contre le lancement par Pyongyang d’une fusée à longue portée.
Photo: Agence Reuters Des manifestants ont brûlé une photo du leader nord-coréen Kim Jong-il, hier à Séoul, en Corée du Sud pour protester contre le lancement par Pyongyang d’une fusée à longue portée.

Malgré les mises en garde de la communauté internationale, la Corée du Nord a lancé hier une fusée qui a traversé l'espace aérien du Japon. Le tir a soulevé un tollé international et a mené le Japon à réclamer une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.

Au terme d'une réunion à huis clos qui a duré trois heures, les 15 membres du Conseil de sécurité se sont bornés à dire qu'ils allaient continuer à discuter de la question.

«Les membres du Conseil de sécurité sont convenus de poursuivre les consultations sur la réaction appropriée du Conseil, en conformité avec ses responsabilités, étant donné l'urgence de la question», a indiqué l'ambassadeur du Mexique à l'ONU, Claude Heller, qui préside actuellement le Conseil de sécurité.

Selon un diplomate, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Japon ont préconisé une ferme condamnation du tir nord-coréen, alors que la Chine et la Russie, qui n'avaient pas caché leur intention de recourir à leur droit de veto pour faire obstacle à toutes nouvelles sanctions contre Pyongyang, ont plaidé pour que le Conseil fasse preuve de retenue, afin de ne pas compromettre les «pourparlers à six» entre la Corée du Nord, la Corée du Sud, le Japon, la Chine, la Russie et les États-Unis sur le démantèlement des capacités nucléaires de la Corée du Nord.

Les membres du Conseil de sécurité ont en vain tenté pendant près d'une heure de s'entendre sur une déclaration non contraignante qui aurait exprimé leur «préoccupation», mais la Russie, la Chine, la Libye, le Vietnam et l'Ouganda n'ont pas accepté le terme de «préoccupation», et le Conseil a renoncé à publier une déclaration.

Fait inusité, le représentant permanent de la Chine aux Nations unies, Zhang Yesui, s'est adressé aux journalistes à l'issue de la réunion du Conseil de sécurité. «Nous sommes maintenant à un moment très délicat. Notre position est que tous les pays concernés doivent faire preuve de retenue et s'abstenir de tout acte qui puisse accroître la tension», a-t-il affirmé.

La représentante permanente des États-Unis aux Nations unies, Susan Rice, a indiqué que de nouvelles consultations se tiendraient durant la soirée et les prochains jours pour tenter de parvenir à «une réponse du Conseil qui soit claire et ferme».

Pour Washington, Tokyo et Séoul, le tir de missile par la Corée du Nord viole la résolution 1718 du Conseil de sécurité, qui interdit, depuis 2006, à Pyongyang des essais de missiles balistiques.

À Prague, où il rencontrait hier les dirigeants de l'Union européenne, le président des États-Unis, Barack Obama, a déclaré que le Conseil de sécurité de l'ONU devait adresser un message fort aux Nord-coréens. «Cette provocation souligne la nécessité d'agir non seulement cet après-midi au Conseil de sécurité des Nations unies, mais également dans notre détermination à prévenir la dissémination de ce type d'armes. Les règles doivent être contraignantes, les violations doivent être punies», a dit M. Obama.

Même son de cloche à Ottawa. «Nous souhaitons que la Corée mette fin à ses exercices militaires», a affirmé hier le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon. Selon lui, cette mesure «malavisée» ébranle la confiance dans l'intérêt que porte la Corée du Nord à la paix et à la sécurité.

Le président français, Nicolas Sarkozy, a plaidé de son côté pour des «sanctions renforcées», dénonçant «une provocation de la Corée du Nord». «C'est un régime qui se met hors la loi internationale», a lancé le président français. «La position pour la communauté internationale est la même que pour l'Iran. Ensemble, la communauté internationale doit isoler ces régimes, se prononcer sur des sanctions renforcées.»

Le premier ministre japonais, Taro Aso, a pour sa part, parlé d'un «acte provocateur qui ne peut être ignoré».

Les autorités de Pyongyang ont affirmé que le tir de la fusée Unha-2 depuis le site de Musudan-ri sur la côte nord-est de la Corée du Nord, survenu à 11h30 locales, avait permis de placer en orbite un satellite de télécommunications, des allégations qui ont rapidement été démenties par le commandement militaire américain et par le ministre sud-coréen de la Défense.

«Nos scientifiques et nos ingénieurs ont réussi à lancer un satellite Kwangmyongsong-2 et à le placer en orbite au moyen d'une fusée Unha-2», a rapporté l'agence officielle KCNA. L'engin qui aurait été placé en orbite à 2h29 GMT aurait diffusé la «chanson du général Kim Il-sung» et la «chanson du général Kim Jong-il» du nom du fondateur de l'État communiste et de son fils qui lui a succédé à la tête du pays.

Selon Washington, le premier étage de la fusée s'est abîmé en mer du Japon et le reste de l'engin est tombé dans l'océan Pacifique, et aucun satellite n'a été placé en orbite. Le Japon a précisé avoir cessé de suivre la trajectoire de la fusée alors qu'elle se trouvait à 2100 km à l'est de Tokyo.

Le lancement visait surtout à vérifier la fiabilité du missile nord-coréen à longue portée Taepodong-2, en mesure d'atteindre des objectifs situés dans un rayon de 6700 kilomètres, notamment l'Alaska, estiment de nombreux spécialistes. Lors de son précédent et premier tir, en juillet 2006, la fusée Taepodong-2 avait explosé 40 secondes après son lancement.

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