Le lancement imminent d'une fusée nord-coréenne met le Japon en état d'alerte

Tokyo a déployé des missiles Patriot sur une de ses bases.
Photo: Agence Reuters Tokyo a déployé des missiles Patriot sur une de ses bases.

Tokyo — Le Japon est sur le pied de guerre. Hier, les forces armées nipponnes ont été placées en état d'alerte. Avant le lancement par Pyongyang d'un «satellite de communication» qui pourrait être mis en orbite dès aujourd'hui, Tokyo s'est dit «prêt» à défendre son territoire. Les Forces d'autodéfense — le nom officiel de l'armée nippone — ont reçu l'ordre de détruire le lanceur s'il devait dévier de sa trajectoire et menacer directement l'archipel.

Le ministère de la Défense a également pris les grands moyens. Il a déployé dans le nord-est du pays et autour de Tokyo des batteries de missiles d'interception Patriot PAC-3. Deux destroyers équipés du système de combat américain Aegis patrouillent en mer du Japon, un troisième croise dans le Pacifique. «C'est une occasion de vérifier la capacité de la défense antimissile japonaise, a déclaré à l'AFP Hisao Iwashima, expert japonais des questions militaires. Intercepter une fusée en dehors de l'atmosphère, en cas de nécessité, serait un bel exploit.» Au large de Nagasaki, depuis plusieurs jours, au moins trois navires américains ont pris position face à la péninsule coréenne.

Les États-Unis et le Japon soupçonnent que ce lancement masque, en réalité, un tir expérimental de missile à longue portée Taepodong-2. L'engin de trois étages baptisé Voie lactée-2 (Unha-2), d'une portée théorique de 7000 kilomètres, a été positionné sur le pas de tir de la base de Musudan-ri. Selon l'Institut américain des sciences et de la sécurité nationale (Isis), la fusée serait revêtue d'une «coiffe ronde», qui indiquerait la charge d'un satellite et non d'un missile, en forme de cône.

Météo

Dès mercredi, la Corée du Nord aurait commencé à ravitailler la fusée en carburant, avance le département américain de la Défense. L'engin serait donc prêt à être mis en orbite en profitant d'une météo favorable aujourd'hui. Sinon, le lancement pourrait être repoussé aux alentours du 8 avril pour bénéficier, à nouveau, de bonnes conditions météorologiques.

Avant le tir, Pyongyang a prévenu que le premier étage de sa fusée, sitôt détaché, devrait plonger dans la mer du Japon, à 130 kilomètres de la préfecture d'Akita (dans le nord du pays). Le deuxième étage pourrait s'abîmer dans le Pacifique, à plus de 2100 kilomètres de l'archipel. «Les Nord-Coréens sont en train de tester leurs capacités balistiques, explique Hajime Izumi, directeur du Centre des études coréennes à l'Université de Shizuoka. Mais les risques d'accident et les dégâts qui en résulteraient sont sérieux, c'est pourquoi le gouvernement japonais est en état de crise.»

Le Japon, qui n'a pas oublié la panique de 1998, a de quoi être inquiet. Cet été-là, le régime stalinien avait suscité une grave crise régionale en tirant sans prévenir un missile à longue portée Taepodong-1, qui avait survolé une partie de l'archipel avant de s'abîmer dans le Pacifique. À l'époque, l'engin n'avait pas été détecté par les radars japonais, mais par ceux des forces américaines stationnées au Japon (89 bases, environ 40 000 soldats). Pyongyang avait justifié son tir en assurant qu'il s'agissait d'un «engin lanceur de satellite». Traumatisé, Tokyo avait alors lourdement investi (5,5 milliards d'euros) dans un programme de défense antimissile.

En juillet 2006, la Corée du Nord avait de nouveau effectué des tirs de missiles. Et enfoncé le clou avec un probable essai nucléaire de faible puissance le 9 octobre. La situation est à haut risque. Pyongyang, revisitant ses slogans vengeurs à l'encontre des «réactionnaires japonais», a prévenu que toute interception de sa fusée serait considérée comme un «acte de guerre». Et se moque comme d'une guigne de la résolution 1718 de l'ONU de 2006 lui interdisant de procéder à tout «nouvel essai nucléaire ou tir de missile balistique».

En cas de tir, Tokyo a annoncé qu'il demandera une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU et renforcera ses sanctions économiques à l'encontre de son ingérable voisin.

À voir en vidéo