Hun Sen opposé à d'autres procès de Khmers rouges

Phnom Penh — Le premier ministre cambodgien Hun Sen, s'est dit hier opposé à d'autres procès d'anciens cadres du régime khmer rouge, hormis les cinq déjà prévus ou en cours. D'autres poursuites risqueraient en effet, selon lui, de replonger le pays dans la guerre civile. Le procès de l'ancien dirigeant du centre de tortures S-21, Douch, s'est ouvert lundi dans les faubourgs de Phnom Penh. Quatorze mille «ennemis» du régime khmer rouge avaient péri dans ce centre entre 1975 et 1979.

Hier, Douch a reconnu sa responsabilité et demandé pardon pour ses crimes.

«Je suis responsable des crimes commis au camp S-21, en particulier des tortures et des exécutions», a-t-il dit. «Puis-je me permettre de demander pardon aux survivants et aux familles des victimes ? [...] Je voudrais que vous me pardonniez.»

Pour Hun Sen, qui fut lui-même membre de l'Angkar, l'organisation suprême des Khmers rouges, il faut éviter d'ouvrir de nouveaux procès.

«Je préférerais voir ce tribunal échouer que d'assister à un retour de la guerre dans mon pays», a-t-il dit. Douch est le premier d'un groupe de cinq anciens cadres dirigeants du régime khmer rouge à passer en procès devant un tribunal spécial, sous l'égide des Nations unies.

Certaines organisations de défense des droits de l'homme ont profité de l'ouverture de son procès pour réclamer que d'autres suspects soient jugés eux aussi, afin de rendre justice aux 1,7 million de Cambodgiens qui ont péri sous le régime des Khmers rouges.

Mais Hun Sen, s'exprimant à l'occasion de l'inauguration d'une zone industrielle dans le port de Sihanoukville, a estimé qu'il ne serait pas bon que les procès s'étendent au-delà des cinq cadres d'ores et déjà inculpés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

«Si une vingtaine de Khmers rouges sont inculpés et doivent passer en procès, et que la guerre est de retour au Cambodge, qui en sera responsable?», s'est-il interrogé. Ceux qui attendent d'être jugés après Douch sont Nuon Chea, qu'on appelait «Frère numéro deux», l'ancien président Khieu Samphan et Ieng Sary, son ministre des Affaires étrangères, de même que l'épouse de ce dernier.

Le procès de Douch est le premier impliquant un ancien cadre du régime maoïste de Pol Pot depuis sa chute voici trente ans, à la suite de l'invasion vietnamienne du Cambodge.

Il marque un tournant pour le Cambodge, où pratiquement chaque famille a perdu un de ses membres sous les Khmers rouges. Aujourd'hui âgé de 66 ans, Douch, ancien instituteur dont la véritable identité est Kaing Guek Eav, est accusé de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre, de torture et d'homicide.

Converti au christianisme — l'Église évangélique, dont il est devenu un «born again» — il avait exprimé des remords en février et demandé pardon aux victimes. La peine capitale ayant été abolie au Cambodge, les cinq anciens dirigeants risquent au maximum la réclusion à perpétuité s'ils sont reconnus coupables par les cinq juges (trois Cambodgiens et deux étrangers) qui siègent au sein des «Chambres extraordinaires des tribunaux du Cambodge» (CETC).

Le verdict est attendu normalement pour septembre. Quatre juges, au minimum, doivent se mettre d'accord sur un verdict pour qu'il soit valable.

La plupart des victimes du centre S-21, parmi lesquelles des femmes et des enfants, ont été torturées et contraintes d'avouer toute une série de méfaits, en particulier d'être des espions de la CIA, avant d'être battues à mort dans un champ à la périphérie de la capitale cambodgienne.

En janvier, les efforts de certains pour élargir à d'autres anciens Khmers rouges la série de procès à venir ont été mis en échec par le coprocureur, cambodgien, du tribunal. Ce procureur a fait valoir qu'une telle extension serait néfaste à la réconciliation nationale.

En 1998, le décès de Pol Pot, dans le dernier bastion khmer rouge d'Along Veng, près de la frontière thaïlandaise, a marqué le début d'une décennie d'apaisement et de stabilité pour le Cambodge.