Thaïlande - Le nouveau PM déjà contesté

Bangkok — Des dizaines de milliers de partisans du dirigeant thaïlandais en exil Thaksin Shinawatra se sont rassemblés hier à Bangkok pour exiger de nouvelles élections, alors que le nouveau premier ministre Abhisit Vejjajiva doit présenter sa politique aujourd'hui au Parlement.

La police a estimé à plus de 20 000 le nombre de manifestants, tous vêtus de rouge, qui se sont massés sur la grande place de Sanam Luang. Les organisateurs ont cité un chiffre d'environ 50 000 participants et précisé que le mouvement de protestation se déplacerait devant le Parlement.

Plus de 3000 policiers non armés ont été mobilisés pour faire face au nouveau défi des «chemises rouges», ces partisans de M. Thaksin qui ont succédé dans la rue aux «chemises jaunes», militants royalistes ayant occupé les aéroports de Bangkok il y a un mois et précipité la chute du précédent gouvernement.

M. Abhisit, 44 ans, chef du Parti démocrate (jusqu'ici dans l'opposition), est devenu premier ministre le 15 décembre à la faveur d'un renversement d'alliance parlementaire consécutif à la dissolution par la justice du Parti du pouvoir du peuple (PPP) des lieutenants de M. Thaksin.

M. Thaksin avait lui-même été renversé par l'armée en septembre 2006 après plus de cinq années au pouvoir et il est aujourd'hui en fuite pour échapper à une condamnation pour corruption dans son pays.

Ses lieutenants étaient revenus aux affaires après les législatives de décembre 2007 mais ils ont perdu le pouvoir au début du mois après l'interdiction du PPP et la défection de certains alliés parlementaires.

Outre le rassemblement à Sanam Luang, les partisans de M. Thaksin ont bloqué dimanche une avenue devant le Parlement où ils ont érigé un podium à la veille du premier débat de politique générale organisé lundi et mardi par le gouvernement de M. Abhisit.

«Nous aimons Thaksin», pouvait-on lire sur de petits drapeaux agités au-dessus de la foule à Sanam Luang. «Pas de confiance en Abhisit Vejjajiva», clamait une grande banderole.

«Notre exigence est qu'Abhisit ordonne la dissolution du Parlement parce qu'il n'a pas de légitimité», a déclaré Jatuporn Prompan, un des leaders du mouvement des «chemises rouges», ajoutant que les manifestants avaient l'intention de se déplacer vers le Parlement.

«Nous marcherons cette nuit», a-t-il affirmé, en demandant aux protestataires de «ne pas avoir peur» car les autorités «ne peuvent gagner face aux chemises rouges».

Dans un entretien vendredi, M. Abhisit a déclaré «espérer pouvoir» prononcer son premier discours lundi devant le Parlement, tout en promettant que la police n'utiliserait pas la force contre les manifestants.

M. Abhisit, homme politique de la bourgeoisie de Bangkok, né au Royaume-Uni et diplômé d'Oxford, a été élu premier ministre par une majorité de députés il y a deux semaines, mais ses adversaires ne cessent de souligner qu'il ne dispose pas d'un mandat du peuple.

Outre la relance de l'économie, mise à mal par la crise du tourisme et le spectre de la récession mondiale, M. Abhisit a promis de mettre en oeuvre un «grand plan de réconciliation nationale» fondé sur «la justice».

Il a indiqué que son gouvernement préparait des mesures d'aide aux agriculteurs qui constituent le gros des forces électorales de M. Thaksin, en particulier dans le nord de la Thaïlande.

M. Abhisit est le troisième premier ministre de Thaïlande cette année.

Le 7 octobre, son prédécesseur, Somchai Wongsawat, beau-frère de M. Thaksin, avait tenté de prononcer son premier discours devant les députés mais son intervention avait été éclipsée par de violents incidents autour du Parlement au cours desquels la police avait abondamment utilisé des gaz lacrymogènes contre des manifestants royalistes, faisant deux morts et près de 500 blessés.

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