Tensions en hausse - Le Pakistan envoie des renforts à la frontière indienne

Des manifestants pakistanais ont brûlé un drapeau indien lors d’une manifestation, hier, à Karachi. Les tensions entre le Pakistan et l’Inde sont de nouveau vives.
Photo: Agence France-Presse (photo) Des manifestants pakistanais ont brûlé un drapeau indien lors d’une manifestation, hier, à Karachi. Les tensions entre le Pakistan et l’Inde sont de nouveau vives.

Un mois après les attentats de Mumbai, qui ont fait plus de 170 morts, la dégradation des relations entre l'Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires rivales, s'est accentuée hier après l'annonce de l'envoi de milliers de soldats pakistanais à la frontière indienne.

Selon un haut responsable militaire pakistanais, l'armée transfère actuellement vers la frontière indienne des renforts jusque-là basés dans le Nord-Ouest, et a annulé «les permissions de certains personnels opérationnels».

«Nous ne voulons créer aucune hystérie guerrière, mais nous devons prendre des mesures de sécurité minimales pour prévenir toute menace», a-t-il souligné.

Un haut responsable militaire a ajouté que l'armée pakistanaise avait pris ces mesures après avoir appris que New Delhi avait agi de même de son côté.

L'armée pakistanaise a ainsi décidé d'envoyer des renforts à la frontière après avoir remarqué des mouvements de troupes indiennes dans les zones frontalières de la région pakistanaise de Lahore, a-t-il expliqué.

Ses dirigeants croient également savoir que l'Inde a annulé les permissions de ses militaires, a-t-il ajouté. Selon des responsables des services de renseignements pakistanais, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, la totalité des 20 000 hommes de la 14e division est en cours de redéploiement vers Sialkot, près de la frontière indienne.

À Dera Ismaïl Khan, un journaliste de l'Associated Press a pu voir une colonne d'une quarantaine de camions quitter la région tribale du Sud-Waziristan. Islamabad avait déployé plus de 100 000 hommes dans les zones frontalières avec l'Afghanistan.

Une réduction du nombre des soldats pakistanais déployés dans le Nord-Ouest, le long de l'instable et poreuse frontière afghane, est de nature à inquiéter les États-Unis et les autres pays occidentaux engagés en Afghanistan.

Ces derniers craignent en effet qu'une baisse de la pression d'Islamabad sur les islamistes pakistanais retranchés dans ces régions ne permette à ces derniers de lancer plus d'attaques en Afghanistan.

Un porte-parole de la Maison-Blanche a appelé hier l'Inde et le Pakistan à ne rien faire qui soit susceptible d'aggraver les tensions entre les deux pays. «Des responsables américains sont en contact à la fois avec les Indiens et les Pakistanais. Nous continuons d'appeler instamment les deux parties à coopérer dans l'enquête sur [les attentats de] Mumbai et dans la lutte antiterroriste en général», a déclaré Gordon Johndroe, porte-parole du Conseil national de sécurité à la Maison-Blanche.

«Nous tenons aussi à ce qu'aucune des deux parties ne prenne d'initiative inutile et de nature à accroître les tensions dans un contexte déjà tendu», a-t-il ajouté.

De leur côté, les autorités pakistanaises ont annoncé avoir entamé une campagne à Muzaffarabad, la capitale du Cachemire pakistanais, «pour préparer les gens à se défendre en cas de situation d'urgence, au vu de la menace persistante d'une agression indienne», a indiqué un responsable local du ministère de la Défense, Ghulam Rasool Nagra.

L'Inde et le Pakistan se disputent depuis des décennies la région du Cachemire, dont ils administrent chacun une partie. Ils se sont fait trois fois la guerre depuis leur indépendance de la Grande-Bretagne, en 1947.

L'activité des activistes musulmans dans la région disputée du Cachemire indien est à son plus bas niveau depuis 1989 et le début d'une rébellion dans la région, a annoncé la police indienne hier.

Le nombre d'attaques menées par les activistes en 2008 a chuté de 40 %, s'établissant à 709, et passe pour la première fois sous la barre des 1000, a souligné Kuldeep Khoda, un responsable de la police du Jammu et du Cachemire, seul État indien à majorité musulmane. En 2007, environ 1100 avaient été recensées.

Le nombre de victimes a également baissé à moins de 100 pour la première fois depuis 1989, année où les activistes musulmans ont commencé à combattre la domination de l'Inde sur cette région. Plus de 68 000 personnes, des civils pour la plupart, ont péri en près de vingt ans de violences au Cachemire indien.

1er anniversaire de l'assassinat de Benazir Bhutto

Par ailleurs, des dizaines de milliers de Pakistanais ont afflué hier autour de la tombe de l'ancienne première ministre Benazir Bhutto, à la veille de la grande journée devant marquer le premier anniversaire de son assassinat, a annoncé un responsable de son parti.

Plus de 35 000 personnes étaient déjà arrivées dans la matinée dans le village reculé de Garhi Khuda Bakhsh (Sud), où une importante cérémonie est prévue pour aujourd'hui autour du mausolée de la famille Bhutto, a déclaré à l'AFP le porte-parole du Parti du peuple pakistanais (PPP), Ijaz Durrani.

À New York, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a exprimé l'espoir qu'une commission d'enquête sur l'assassinat de Benazir Bhutto serait mise en place rapidement. En juillet dernier, le Pakistan et l'ONU étaient parvenus à un accord de principe pour former cette commission d'enquête.

Le veuf de Mme Bhutto, Asif Ali Zardari, président du Pakistan depuis septembre, et son fils, Bilawal Bhutto Zardari, tous deux coprésidents du PPP, sont attendus aujourd'hui pour mener la procession à sa mémoire.

La cérémonie de commémoration doit débuter par une lecture du Coran, le livre saint de l'islam. Il est ensuite prévu que M. Zardari et son premier ministre, Yousuf Raza Gilani, s'adresseront à la foule.

Selon le PPP, près de 8000 policiers, éléments des forces paramilitaires, membres du parti et volontaires sont arrivés sur place pour protéger M. Zardari, son fils, M. Gilani et les autres dignitaires du PPP, et déjouer d'éventuels attentats.

Hier, le village entier était couvert de portraits de Benazir Bhutto, et des objets souvenirs de toutes sortes, des posters aux CD gravés de ses discours, étaient proposés.

Les partisans de l'ex-première ministre sont arrivés sur place en train, en voiture, à bord de cars, à vélo ou même à pied, a ajouté M. Durrani, interrogé à Larkana, sur la route conduisant au village tout proche. Des centaines de tentes ont été montées pour permettre à ceux qui en ont besoin de dormir à proximité du mausolée, vendredi soir, a précisé à l'AFP un responsable de la police.

La ministre de l'Intérieur de la province méridionale du Sindh, Zulfiqar Mirza, a prévenu de l'éventualité de violences liées à ces célébrations. Le porte-parole provincial, Waqar Mehdi s'est quant à lui voulu plus rassurant, affirmant que les autorités avaient pris les précautions nécessaires. Des caméras de surveillance ont été installées sur place, et les participants devront passer par des portiques détecteurs de métaux.

Plus de 50 attentats suicide ont ensanglanté le Pakistan cette année. L'un d'eux, énorme, a dévasté en septembre une partie de l'hôtel Marriott, un palace de la capitale, Islamabad, faisant au moins 60 morts et plus de 260 blessés.

D'autres commémorations sont prévues aujourd'hui au Pakistan, où un jour férié a été décrété pour permettre à la population de rendre hommage à celle qui fut la première femme des temps modernes à gouverner un pays musulman, et dont la mort a eu un retentissement mondial.

Benazir Bhutto, à l'âge de 54 ans, a été tuée dans un attentat suicide le 27 décembre 2007 à Rawalpindi, ville jumelle de la capitale, Islamabad, tandis qu'elle faisait campagne pour les élections législatives, deux mois après son retour d'exil.

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