Les ratages des services de sécurité - La colère gronde en Inde

L'Inde a demandé hier au Pakistan de lui livrer des islamistes soupçonnés d'implication dans les attaques meurtrières de Bombay. Par ailleurs, des interrogations sont apparues sur l'incapacité des autorités à prévenir les attentats. Selon des chaînes de télévision américaines, l'Inde a été prévenue dès octobre par les États-Unis de la possibilité d'une attaque venant de la mer.

Plus les informations filtrent, plus la colère gronde, en Inde, sur les ratages en série des services de sécurité vis-à-vis des attentats de Bombay, dont le dernier bilan s'établit à 188 morts. Les agences de renseignements avaient reçu ces derniers mois plusieurs informations qui, mises bout à bout, donnaient une idée assez précise de ce qui était en train de se préparer. Et pourtant, aucune mesure préventive n'a été mise en place, les informations n'ayant pas été recoupées par les différents services ou tout simplement ignorées. Le chef de la marine, l'amiral Sureesh Mehta, a d'ailleurs avoué, hier, que l'attaque était le résultat d'une «défaillance systématique» des services chargés de la sécurité nationale.

Des indices

Le premier indice remonte à février dernier, lorsqu'un membre du Lashkar-e-Toiba (LeT, le groupe islamiste pakistanais tenu pour responsable des attentats),arrêté dans le nord du pays, avait avoué, pendant son interrogatoire, avoir effectué fin 2007 une reconnaissance détaillée de plusieurs sites à Bombay, notamment les hôtels Taj Mahal et Oberoi Trident, ainsi que la gare Victoria Terminal, trois des cibles visées la semaine dernière. Il avait également dévoilé que le LeT prévoyait d'attaquer la ville par voie maritime, ce qui s'est également révélé exact .

Depuis, les services chargés de la sécurité extérieure ont intercepté plusieurs conversations téléphoniques de membres du LeT évoquant une attaque maritime, la dernière datant du 18 novembre, soit une semaine avant les attentats. «Nous arriverons à Bombay entre 9 et 11 heures», affirmait notamment l'un des interlocuteurs, sans toutefois préciser de date.

Les noms de plusieurs hôtels, dont le Taj Mahal, ont été cités dans au moins une des conversations écoutées. Ratan Tata, le p.-d.g. du groupe propriétaire du célèbre établissement cinq étoiles, a confirmé que la sécurité y avait été renforcée ces derniers mois. Mais ces mesures supplémentaires qui, selon lui, n'auraient de toute façon «pas pu empêcher ce qui s'est passé», avaient été suspendues peu avant l'attaque.

D'après la chaîne CNN, les services américains auraient également averti New Delhi à deux reprises d'une «potentielle attaque maritime sur Bombay» environ un mois avant qu'elle n'ait lieu. Sa consoeur ABC affirme que ces alertes mentionnaient même des sites précis, dont, encore une fois, le Taj Mahal. De son côté, le principal syndicat de pêcheurs de la région de Bombay affirme avoir informé les autorités, il y a quatre mois, que des hommes acheminaient par bateau des explosifs vers la ville avec l'aide de la mafia locale. Là aussi, l'information est apparemment restée lettre morte.

Pour couronner le tout, d'après le quotidien Hindustan Times, le seul membre du commando arrêté vivant aurait affirmé que le chalutier sur lequel son équipe naviguait avait été intercepté par un bateau de patrouille indien la veille de leur arrivée en ville. Les garde-côtes les auraient laissés repartir après qu'ils ont présenté de fausses cartes d'identité de pêcheurs.

Médias et experts fustigent «l'incompétence» des autorités et, surtout, l'absence manifeste de coordination entre les services. Après des attentats à la bombe qui avaient fait 24 morts à New Delhi en septembre dernier, le premier ministre, Manmohan Singh, avait reconnu l'existence de «vastes manquements» dans la collecte de renseignements, promettant d'y remédier. Les Indiens attendent toujours.

À voir en vidéo