La Cour destitue le premier ministre de la Thaïlande

Les opposants ont célébré hier à l’aéroport Suvarnabhumi la destitution du premier ministre.
Photo: Agence Reuters Les opposants ont célébré hier à l’aéroport Suvarnabhumi la destitution du premier ministre.

Bangkok — La crise thaïlandaise a connu hier deux rebondissements majeurs avec le départ forcé du premier ministre Somchai Wongsawat et un accord avec les manifestants antigouvernementaux en vue d'une reprise rapide du trafic aérien à Bangkok.

Les manifestants, vêtus de jaune, en signe d'allégeance au roi, occupaient depuis une semaine les deux grands aéroports commerciaux de la capitale. Ils ont lâché du lest après un verdict sans détour de la Cour constitutionnelle ordonnant la dissolution du parti au pouvoir et l'exclusion de M. Somchai de la scène politique pendant cinq ans.

Rien n'indique encore pourtant que la crise politique qui perdure depuis trois ans en Thaïlande est en voie de règlement: le camp gouvernemental entend se maintenir au pouvoir en mettant sur pied de nouvelles formations et en désignant rapidement un autre Premier ministre.

Le président de l'autorité chargée des aéroports de Thaïlande (AOT), Vudhihaandhu Vichairatama, a annoncé un accord avec l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD) en vue d'une évacuation de ses militants de l'aéroport international Suvarnabhumi. Un premier avion pourrait partir «d'ici à 24 heures, s'il n'y a pas de problème technique», a-t-il dit. Mais d'autres responsables ont indiqué que la remise en état du site et toutes les vérifications d'usage pourraient prendre plusieurs jours avant un retour à la normale.

Le fondateur de la PAD, Sondhi Limthongkul, a promis l'arrêt de toutes les manifestations hier, deux jours avant le 81e anniversaire du très respecté monarque Bhumibol Adulyadej.

La PAD «a accepté de cesser les manifestations après une longue campagne de 192 jours. Nous avons remporté une victoire et atteint nos objectifs», a affirmé M. Sondhi.

Le verdict

La Cour constitutionnelle a rendu hier un verdict décisif qui a mis fin sur le champ aux activités du premier ministre. Le parti au pouvoir et deux formations alliées ont été sanctionnés car certains de leurs responsables ont été reconnus coupables de fraude électorale, notamment «d'achats de voix», pendant les législatives de décembre 2007 qui avaient mis fin à 15 mois de gouvernement militaire. Au total, 109 dirigeants ont été exclus de la scène politique.

Selon la Constitution adoptée en août 2007, sous l'impulsion d'une junte, un parti peut être dissous en Thaïlande si un seul de ses responsables est coupable de fraude.

Le parti au pouvoir regroupait les lieutenants de l'ex-premier ministre et homme d'affaires Thaksin Shinawatra, renversé en septembre 2006 par l'armée. M. Somchai est le beau-frère de M. Thaksin, en exil. Le clan Thaksin, populaire parmi les masses rurales du nord de la Thaïlande, est honni par une bonne partie des élites traditionnelles et des classes moyennes de Bangkok.

En mai 2007, sous l'impulsion de généraux, un tribunal avait ordonné la dissolution du parti fondé par M. Thaksin, le Thai Rak Thai (TRT). Il avait aussi interdit à 111 dirigeants, dont M. Thaksin, d'exercer toute activité politique pendant cinq ans.

Anticipant un scénario similaire, le PPP, successeur du TRT, a déjà créé une «coquille» politique vide, le Pheu Thai, où 216 députés épargnés hier par la justice ont l'intention de se regrouper.

La PAD a menacé de reprendre son combat si les alliés de M. Thaksin revenaient aux affaires ou tentaient d'«amender la Constitution ou de brider le pouvoir de la monarchie».

La crise thaïlandaise a pris une tournure parfois violente entre pro et antigouvernementaux (sept morts, des centaines des blessés depuis août).

Le chaos a également coûté la vie à quatre étrangers — deux Canadiens, un Néerlandais et un Hongkongais — qui tentaient de prendre des vols dans le sud et ont été tués dans des accidents de la route ces derniers jours.

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