Thaïlande - Attentat à l'aéroport de Bangkok

Un opposant surveillait les mouvements des policiers hier à l’aéroport de Bangkok.
Photo: Agence Reuters Un opposant surveillait les mouvements des policiers hier à l’aéroport de Bangkok.

Bangkok — Une personne a été tuée et vingt manifestants antigouvernementaux ont été blessés par l'explosion d'une bombe à l'aéroport national de Bangkok, tôt hier matin. L'attentat à l'aéroport Don Mueang a eu lieu quelques heures après que les opposants thaïlandais eurent évacué le siège du gouvernement qu'ils occupaient depuis plus de trois mois.

«Il y a eu un attentat à la bombe à Don Mueang juste après minuit», a déclaré un porte-parole des services de sécurité, en faisant état d'un premier bilan de six blessés.

En quittant le siège du gouvernement, les manifestants avaient déclaré vouloir renforcer le blocus des aéroports de Bangkok qui a déjà empêché environ 350 000 passagers de quitter le royaume depuis près d'une semaine.

«Nous allons nous rendre aux aéroports de Don Mueang et Suvarnabhumi», avait annoncé une porte-parole de l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), Anchalee Paireerak. La PAD regroupe des opposants au gouvernement du premier ministre Somchai Wongsawat, retranché dans son fief électoral de Chiang Mai (700 km au nord de Bangkok) en raison des troubles.

À la grenade

Les manifestants avaient ajouté qu'ils quittaient le siège du gouvernement en raison des récentes attaques à la grenade dont ils avaient été la cible sur le complexe abritant les bureaux du premier ministre. Ces attaques avaient fait deux morts et des dizaines de blessés dans leurs rangs.

Le campement établi le 26 août par les opposants avait forcé M. Somchai à aménager en septembre des bureaux temporaires à l'aéroport de Don Mueang (vols intérieurs). La PAD avait commencé mardi dernier à occuper les aéroports civils de Bangkok, ce qui avait entraîné leur fermeture et constitué une escalade majeure dans la crise thaïlandaise qui dure depuis des mois.

Alors que la PAD annonçait son repli stratégique, environ un millier de partisans du gouvernement sont restés mobilisés devant le siège de l'administration métropolitaine de Bangkok. La veille, ils avaient été 15 000, vêtus de rouge, à entamer un rassemblement à cet endroit.

Le «camp des rouges» pourrait décider de manifester aujourd'hui devant la Cour constitutionnelle qui doit boucler un dossier susceptible d'aboutir à la dissolution du parti au pouvoir et de deux formations alliées pour fraude électorale. La police a sollicité l'assistance de l'armée pour prévenir toute obstruction de l'audiencei, selon un porte-parole de l'armée.

Mise en garde

Redoutant un verdict négatif de la cour, les partisans du gouvernement ont d'ores et déjà mis en garde contre cet éventuel «coup d'État déguisé» qui pourrait pousser M. Somchai vers la sortie.

Somchai Wongsawat est le beau-frère de l'ancien homme fort de la Thaïlande Thaksin Shinawatra, renversé par l'armée en septembre 2006 à la suite d'accusations de corruption. Les lieutenants de M. Thaksin sont revenus au pouvoir à la faveur d'élections législatives en décembre 2007 qui ont mis fin à 15 mois d'administration militaire. Les plaintes pour fraude sur lesquelles la Cour constitutionnelle doit se pencher cette semaine concernent ce scrutin.

La Thaïlande s'enfonce depuis le printemps dans une crise qui a pris une tournure violente ces dernières semaines. Une série d'affrontements ont fait au total six morts et plusieurs centaines de blessés depuis la fin août.

Les militants de la PAD ont, depuis dimanche, laissé une trentaine d'avions décoller à vide pour aller prendre des passagers à U-Tapao et dans d'autres aéroports, selon le Bangkok Post, seul signe de compromis dans un climat très tendu.

Des compagnies aériennes et des gouvernements étrangers organisent depuis quelques jours des évacuations depuis une base militaire à 190 kilomètres au sud-est de Bangkok et depuis les petits aéroports internationaux de Phuket (sud) et Chiang Mai (nord).

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