L'Inde demande au Pakistan d'agir contre le terrorisme

Des policiers indiens montaient la garde hier devant la maison Nariman à Mumbai.
Photo: Agence Reuters Des policiers indiens montaient la garde hier devant la maison Nariman à Mumbai.

Mumbai — L'Inde, convaincue que les auteurs des attentats de Bombay venaient du Pakistan, a protesté hier auprès de son voisin, réclamant une «action énergique» contre le terrorisme.

Le ministère indien des Affaires étrangères a convoqué hier l'ambassadeur du Pakistan, Shahid Malik, pour l'informer que «la récente attaque terroriste à Bombay avait été menée par des éléments venant du Pakistan», selon un communiqué. Un message lui a été remis à l'adresse d'Islamabad, demandant qu'«une action énergique soit menée contre les éléments responsables de cette attaque, quels qu'ils soient», a ajouté le ministère. Selon l'agence de presse indienne PTI, dans son message, New Delhi reproche au Pakistan «son échec à juguler le terrorisme émanant de son territoire».

Depuis les attaques menées par un groupe d'extrémistes entre mercredi soir et samedi, qui ont fait au moins 172 morts et près de 300 blessés selon les autorités indiennes, l'Inde n'a pas cessé de dénoncer son voisin.

«Les terroristes tués dans les affrontements de Bombay étaient d'origine pakistanaise», a indiqué le vice-ministre de l'Intérieur Shakeel Ahmad à la BBC. Il n'a pas mis en cause le gouvernement, mais a dénoncé l'utilisation du territoire pakistanais pour des activités «anti-indiennes».

Des sources gouvernementales indiennes ont accusé le groupe illégal Lashkar-e-Taiba, basé au Pakistan et actif au Cachemire, d'avoir mené les attaques, avec le soutien, selon ces sources, d'une partie des puissants services secrets pakistanais.

Pas de complaisance

À New Delhi, la tension s'est accrue, le parti du Congrès au pouvoir appelant le gouvernement à «une action ferme et immédiate» à l'égard du voisin pakistanais. Le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Anand Sharma a déclaré que les attaques portaient un «coup sérieux au processus de normalisation» avec le Pakistan.

Le seul assaillant capturé, Ajmal Amir Kamal, 21 ans, a indiqué aux enquêteurs que tous les membres du groupe étaient des Pakistanais entraînés par le Lashkar-e-Taiba, selon la presse indienne, citant les services de renseignement.

Inde et Pakistan, devenus des puissances nucléaires, se sont affrontés au cours de trois guerres et ont été au bord d'un quatrième conflit en 2001 après un attentat contre le Parlement indien attribué au Lashkar-e-Taiba.

Dans un entretien au Financial Times, le président pakistanais Asif Ali Zardari a rejeté toute suggestion de complaisance envers les islamistes. «Même si ces activistes sont liés au Lashkar-e-Taiba, qui croyez-vous que nous combattons?», a dit M. Zardari, relevant que l'armée pakistanaise luttait contre des extrémistes à la frontière avec l'Afghanistan.

Sur le plan intérieur, l'attitude des autorités indiennes continuait de provoquer des remous.

Selon le journal Hindustan Times, les services de renseignement disposaient d'informations précises concernant la préparation par des membres du Lashkar-e-Taiba d'une attaque sur des hôtels cinq étoiles de Bombay depuis l'arrestation en février d'un militant du Lashkar.

Les services de renseignement avaient en outre averti le Conseil de sécurité nationale en septembre que l'hôtel Taj Mahal pourrait être une cible et le 12 novembre qu'une attaque éventuelle viendrait de la mer, a ajouté le Times of India, citant le RAW (renseignement militaire indien).

Au lendemain de la démission du ministre de l'Intérieur Shivraj Patil et de l'annonce que le conseiller à la sécurité nationale M.K. Narayanan avait présenté la sienne, le chef du gouvernement local de l'État du Maharashtra, où se trouve Bombay, Vilasrao Deshmukh, a fait de même. En outre, le chef des gardes-côtes, critiqué pour ne pas avoir intercepté les assaillants venus par la mer, «est parti à la retraite» dimanche, selon l'agence PTI.

À Mumbai Bombay s'esquissait hier un début de retour à la normale. La capitale économique et financière de l'Inde a retrouvé ses problèmes de circulation, et les forces de sécurité ont rendu à ses propriétaires le contrôle de l'hôtel Taj Mahal, où les combats ne se sont achevés que samedi.

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