La Thaïlande s'enfonce dans la crise

Plusieurs milliers de partisans du premier ministre Somchai Wongsawat, portant des chemises et des bandeaux rouges, ont défilé dans le centre de Bangkok.
Photo: Agence France-Presse (photo) Plusieurs milliers de partisans du premier ministre Somchai Wongsawat, portant des chemises et des bandeaux rouges, ont défilé dans le centre de Bangkok.

Bangkok — Cent mille voyageurs bloqués, au moins 51 manifestants antigouvernementaux blessés hier dans plusieurs explosions sur des sites qu'ils occupent à Bangkok, une contre-manifestation du camp rival: les derniers événements laissent craindre une escalade dans la crise que connaît la Thaïlande.

Plusieurs milliers de partisans du premier ministre Somchai Wongsawat, portant des chemises et des bandeaux rouges, ont défilé dans le centre de Bangkok pour exprimer leur soutien au chef du gouvernement, replié à Chiang Mai, dans le nord du pays.

«C'est un mouvement contre la force anarchique et les gens qui sont derrière ça», a affirmé le porte-parole du gouvernement Nattawut Sai-Kua. Les opposants «veulent l'anarchie pour que l'armée soit forcée d'intervenir et d'organiser un coup d'État», a-t-il dit à l'Associated Press.

Il a démenti les rumeurs selon lesquelles le premier ministre aurait quitté le pays. Mais M. Somchai, dont les manifestants réclament le départ depuis de longs mois, semble ne pas savoir comment gérer une crise qui s'aggrave. Il refuse de démissionner, créant le plus grave blocage politique de l'histoire du pays.

Au siège du gouvernement, occupé depuis août par les manifestants, au moins 51 personnes ont été blessées, dont quatre grièvement, selon le porte-parole du Centre médical de Narentorn, Surachet Sathitniramai, après l'explosion d'une grenade lancée sur la tente dans laquelle des manifestants se reposaient.

L'attaque n'a pas été revendiquée, mais Suriyasai Katasila, un porte-parole des manifestants, en a attribué la responsabilité au gouvernement.

Un peu plus tard, l'explosion d'un autre engin près de l'entrée de l'aéroport de Don Muang a fait deux blessés, a précisé Surachet Sathitniramai, une information confirmée par un cameraman de l'Associated Press Television News (APTN).

Vingt minutes après cette attaque, deux autres explosions ont visé le bâtiment d'une télévision antigouvernementale, sans faire de victimes, selon Suriyasai Katasiya, porte-parole de l'Alliance du peuple pour la démocratie (APD).

Les protestataires ont déjà été attaqués à plusieurs reprises, pris pour cibles par de petites bombes ou des grenades. Au début du mois, une explosion avait tué une personne et blessé 29 autres.

Crainte de durcissement

Ces événements font craindre un durcissement des affrontements, alors que l'économie thaïlandaise est paralysée, au même titre que les deux aéroports de la capitale occupés par les manifestants depuis plusieurs jours.

L'APD jure qu'elle ne baissera pas la garde tant que M. Somchai n'aura pas démissionné. Elle l'accuse de n'être qu'une marionnette de l'ancien chef de gouvernement aujourd'hui en exil, le milliardaire Thaksin Shinawatra. Ce dernier, beau-frère de Somchai, a été évincé en 2006 du pouvoir et est depuis poursuivi pour corruption.

Alors que le gouvernement est réticent à recourir à la force contre les manifestants, et que l'armée semble refuser de s'impliquer, de nombreux Thaïlandais espèrent désormais une intervention du roi pour sortir de la crise. Le très révéré Bhumibol Adulyadej doit prononcer son discours d'anniversaire annuel le 4 décembre.

Avec le blocage de l'aéroport international Suvarnabhumi, principale plateforme aérienne de la région, ce sont environ 100 000 touristes qui sont bloqués à Bangkok, selon les médias thaïlandais. La Fédération des industries thaïlandaises a estimé que le blocage des aéroports coûtait entre 57 millions de dollars et 85 millions de dollars par jour.

D'après le directeur de l'aéroport Serirat Prasutanont, des tentatives de négociation étaient en cours avec les manifestants, pour au moins pouvoir évacuer vers d'autres aéroports 88 avions vides qui restent sur le tarmac depuis cette semaine.

Dans le même temps, la confusion règne à la base navale d'U-Tapao (140 km au sud-est de Bangkok), utilisée comme aéroport de rechange. Des centaines de passagers en colère ont investi les lieux. Du coup, tous les vols d'évacuation, à destination de Moscou, Pékin, Kuala Lumpur, Phuket et Singapour, ont été retardés, certains de plusieurs heures.

Plus de 450 Thaïlandais de confession musulmane, bloqués à l'aéroport international de Bangkok, ont été conduits hier en bus jusqu'à la base militaire de l'aéroport d'U-Tapao afin qu'ils puissent prendre l'avion à l'occasion du pèlerinage de La Mecque, en Arabie Saoudite.

L'ambassade de France en Thaïlande a précisé hier que sa cellule de crise avait reçu 1300 appels depuis le début de la fermeture des aéroports, déduisant que le nombre de Français bloqués «pourrait être deux à trois fois supérieur».

Selon le vice-premier ministre thaïlandais Olarn Chaipravat, les prévisions tablent sur une diminution de moitié du nombre de touristes étrangers dans le pays en 2009, avec comme conséquence la perte d'un million d'emplois dans un secteur crucial pour la Thaïlande.

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