Mumbai panse ses plaies

Le dernier bilan des attaques terroristes, revu à la baisse mais encore susceptible de bouger, s’établissait à 174 morts.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le dernier bilan des attaques terroristes, revu à la baisse mais encore susceptible de bouger, s’établissait à 174 morts.

Mumbai, Inde — Ebranlée par 60 heures de carnage, Mumbai (ex-Bombay), la capitale économique de l'Inde, pansait ses plaies hier, pleurant ses morts alors que le Cafe Leopold, une des cibles des terroristes, a rouvert ses portes.

Un jour après la fin du siège, des cadavres continuaient d'être sortis de l'hôtel Taj Mahal, alors que le dernier bilan, revu à la baisse, mais encore susceptible de bouger, s'établissait à 174 morts.

Prenant sur lui la responsabilité de ces attaques, le ministre de l'Intérieur Shivraj Patil a présenté sa démission dans la journée tandis que le chef du gouvernement Manmohan Singh a convoqué une réunion extraordinaire des responsables des principaux partis politiques du pays pour évaluer la situation.

Dans la matinée, le célèbre hôtel Taj Majal, un des monuments symboles de la ville, était entouré de barrières métalliques. Non loin de là, à la Porte de l'Inde, l'arche de basalte qui représente le principal monument de Mumbai, un mémorial a été improvisé, bougies, fleurs et messages rendant hommage aux victimes des attentats lancés mercredi soir. «Nous sommes déjà allés à deux funérailles», expliquait Karin Dutta, en déposant un petit bouquet de fleurs blanches pour ses amis morts au Taj Mahal. «Nous allons à une troisième cérémonie maintenant».

Hier après-midi, l'un des dix sites prisés pour cibles par les terroristes, le Cafe Leopold, restaurant très fréquenté par les touristes, a rouvert ses portes.

Nombre de morts revisé

Les autorités indiennes ont ramené le bilan à 174 morts, après en avoir annoncé 195, expliquant que dans le chaos, certains corps avaient été comptés deux fois. Le bilan pourrait cependant remonter à nouveau, car certains secteurs de l'immense Taj Mahal continuaient d'être fouillés hier.

Parmi les morts, on dénombre 18 étrangers, dont six Américains et deux Français. Deux Canadiens ont été tués dans les attaques. Il s'agit du médecin montréalais Michael Moss, dont le décès avait déjà été confirmé. La deuxième victime canadienne est Elizabeth Russell, la conjointe du Dr Moss. Neuf des dix assaillants ont été tués, selon la police.

Un haut responsable des forces de police de Mumbai a affirmé hier que le groupe pakistanais Lashkar-e-Taiba (L-e-T) était responsable des attentats. D'après Rakesh Maria, les terroristes appartiennent à une «aile dure du L-e-T». Le Lashkar-e-Taiba a longtemps été considéré comme une création des services de renseignement pakistanais pour semer le conflit au Cachemire indien.

Le seul assaillant capturé vivant, Ajmal Qasab, actuellement interrogé, est originaire du Pakistan. Il a affirmé aux autorités qu'il appartenait au Lashkar-e-Taiba, selon Rakesh Maria.

«Ajmal Qasab a reçu une formation dans un camp d'entraînement du L-e-T au Pakistan», a précisé le haut responsable de la police. «Notre interrogatoire montre que les terroristes avaient d'autres lieux qu'ils avaient aussi l'intention de viser».

Si Islamabad dément toute implication, la tension est à son comble entre les deux pays, voisins et rivaux. Le ministère indien de l'Intérieur ne pouvait être joint dans l'immédiat.

«Face à cette menace nationale et à la suite de cette tragédie nationale, chacun de nous, membres des différents partis politiques, doit passer outre les considérations bassement politiques et rester uni», a déclaré le premier ministre indien Manhoman Singh.

Il a aussi désigné le ministre des Finances Palaniappan Chidambaram, un avocat ayant étudié à l'université d'Harvard, pour remplacer Shivraj Patil, qui a démissionné de son poste de ministre de l'Intérieur. M. Chidambaram a déjà été ministre de la Sécurité intérieure dans les années 1980, dans le gouvernement de Rajiv Gandhi.

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