Bien équipés et bien entraînés

New Delhi — Après plus de soixante heures de combats, les forces spéciales indiennes sont venues à bout des derniers terroristes retranchés dans l'hôtel Taj Mahal de Bombay, samedi matin, mettant fin à ce que les Indiens appellent déjà leur 11-Septembre. Bien que l'enquête n'en soit qu'à ses balbutiements, des détails commencent à filtrer sur cette opération spectaculaire, qui a fait 174 morts. Des informations qui proviennent notamment des fuites de l'interrogatoire du seul membre du commando arrêté vivant, Azam Amir Kasav, un Pakistanais de 21 ans intercepté lors d'une fusillade en pleine rue, mercredi soir.

D'après les médias indiens, ce dernier aurait avoué que ses complices étaient eux aussi pakistanais, tous membres du groupe islamiste Lashkar-e-Taiba. Des déclarations qui tendraient à valider la thèse indienne d'une action en provenance du Pakistan, soutenue aussi par les services de renseignements américains. Pour autant, New Delhi n'a toujours pas dévoilé les «preuves» qu'elle dit avoir sur l'implication du L-e-T. Celui-ci a démenti toute participation.

Selon les premiers éléments de l'enquête, au moins dix terroristes sont arrivés par voie maritime, mercredi soir, à bord d'un bateau de pêche indien, le Kuber, dont ils se seraient emparés en mer après avoir tué l'équipage. Ils auraient rejoint la terre ferme à l'aide de Zodiacs, avant de se séparer en plusieurs groupes, chaque commando se dirigeant vers une cible différente. Âgés de moins de 30 ans et habillés à l'occidentale, les terroristes avaient tous sur eux un sac à dos bondé de munitions et de grenades, mais aussi de fruits secs, indiquant qu'ils se préparaient à un long combat. D'après les forces spéciales qui les ont affrontés, ils étaient aussi particulièrement bien entraînés. «Par moments, ils étaient du même niveau que nous en termes de combat et de mouvements, a déclaré un membre des commandos d'élite déployé au Taj Mahal au quotidien Hindustan Times. Soit il s'agissait de réguliers de l'armée, soit ils avaient reçu un long entraînement de type commando.»

D'après de nombreux témoignages, les assaillants semblaient connaître parfaitement leurs cibles, à commencer par l'hôtel Taj Mahal, un gigantesque bâtiment de 565 chambres dans lequel ils se déplaçaient avec une aisance déconcertante, même dans l'obscurité. Ils ont détruit à coups de grenade le système de surveillance vidéo de l'immeuble dès le début de l'assaut, et n'ont cessé de changer de position. Pendant l'une des nombreuses fusillades, trois d'entre eux ont utilisé une porte dérobée dont même les forces de sécurité ignoraient l'existence. En d'autres termes, soit ils avaient étudié les plans dans le détail, soit ils étaient eux-mêmes venus en reconnaissance. Cette hypothèse est d'autant plus probable que, d'après les services de renseignements, plusieurs des extrémistes se seraient infiltrés dans la ville un mois avant l'opération, se faisant passer pour des étudiants malaisiens afin de louer un appartement à Colaba, le quartier où ont eu lieu les attaques.

Stocks

Des informations contradictoires circulent sur le nombre et la participation ou non de ces hommes à l'opération même. Mais une chose est sûre: des armes et des munitions avaient été stockées à l'avance dans les hôtels pris pour cible par des individus ayant loué des chambres en se faisant passer pour des clients. Un approvisionnement qui expliquerait comment les trois derniers assaillants retranchés dans le Taj Mahal ont pu tenir tête aux forces spéciales pendant si longtemps, même si celles-ci ne semblent pas totalement au point pour enrayer une opération de ce type.

Sur les différents sites, les enquêteurs ont également retrouvé des cartes de crédit, de l'argent liquide, des GPS, des explosifs et des téléphones satellites. Les services indiens affirment avoir intercepté, pendant le siège, une dizaine de conversations téléphoniques entre deux des terroristes et un troisième homme qui, d'après le quotidien Indian Express, leur donnait des ordres en utilisant une «terminologie militaire» depuis Karachi, au Pakistan.

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