Hun Sen, un maquisard devenu homme d'État à poigne

Phnom Penh — De la guérilla communiste dans la jungle aux salons feutrés de la diplomatie mondiale, le premier ministre cambodgien, Hun Sen, a toujours agi avec un objectif: contrôler le pouvoir et ne jamais se laisser marcher sur les pieds.

Le Parti du peuple cambodgien (PPC), de Hun Sen, au pouvoir depuis plus de deux décennies, a revendiqué une nouvelle victoire aux législatives tenues hier, affirmant être en mesure d'accroître son assise parlementaire par rapport aux élections de 2003. Dès 2007, Hun Sen avait annoncé la couleur en assurant qu'il serait candidat à sa propre succession «jusqu'à l'âge de 90 ans».

Devenu premier ministre en 1985 à l'âge de 33 ans seulement, Hun Sen en aura bientôt 56 et peut se targuer d'être l'une des personnalités les plus fortes de l'Asie du Sud-Est.

Ancien Khmer rouge ayant perdu un oeil au combat, il s'était ensuite retourné contre le mouvement d'inspiration maoïste, chassé du pouvoir en 1979 par des troupes d'invasion vietnamiennes, après un génocide ayant fait près de deux millions de morts.

Le PPC, installé au pouvoir par les Vietnamiens, a depuis abandonné l'idéologie communiste pour épouser un libéralisme économique débridé.

Les adversaires de Hun Sen l'ont souvent accusé d'être une «marionnette» de Hanoï, mais, au fil des ans, le premier ministre s'est affirmé comme un dirigeant nationaliste khmer cherchant à rétablir le Cambodge dans ses prérogatives internationales.

Hun Sen a réussi à sortir son petit pays — un royaume de 14 millions d'habitants — de la guerre civile et à le placer dans une position de partenaire à la fois de la Chine, du Japon, de la France et des États-Unis. Son gouvernement est en droit de revendiquer des succès économiques, avec une croissance estimée à plus de 10 % ces trois dernières années.

Mais il est régulièrement accusé de maintenir de larges systèmes de corruption et de violer les droits de l'homme dans un pays — ancien protectorat français — encore dominé par une grande pauvreté.

Né le 5 août 1952 de parents paysans établis dans le centre du Cambodge, Hun Sen n'a jamais terminé l'école. À 16 ans, il commence à flirter avec le militantisme politique et, lorsqu'en 1970 le Cambodge sombre dans la guerre civile, Hun Sen entre dans l'armée des Khmers rouges, auxquels il affirme s'être opposé dès 1975, date de leur entrée à Phnom Penh.

En 1976, il épouse une infirmière, Bun Rany, et fuit un an plus tard vers le Vietnam.

Hun Sen revient au Cambodge en 1978 avec d'autres dissidents et l'armée vietnamienne, qui repousse les Khmers rouges vers le nord-ouest, où les combats se poursuivront pendant deux décennies.

Hun Sen grimpe rapidement au sein du gouvernement installé par Hanoi et devient le plus jeune premier ministre du monde en 1985. Le Cambodge est ruiné et une bonne partie de l'intelligentsia a été décimée. Ambitieux et pragmatique, Hun Sen apprend vite à maîtriser le pouvoir.

Il s'éloigne souvent des discours préparés à l'avance pour lancer des attaques au vitriol contre ses ennemis intérieurs et contre certains représentants d'une communauté internationale, jugés arrogants pour leurs exigences de réformes.

Hun Sen a notamment accusé des représentants de l'ONU d'être des «dieux sans vertu», des «touristes à long terme» ou bien encore des «animaux qui copulent avec leurs mères et pères».

Chef d'un puissant parti qui dispose d'une organisation efficace jusque dans les coins les plus reculés du Cambodge, Hun Sen veut être le seul numéro un. En 1997, il met fin brutalement au partage du pouvoir avec un copremier ministre, le chef des royalistes qui étaient arrivés en tête aux premières élections libres de 1993 et qui devraient avoir été laminés au scrutin d'hier.