«Victoire écrasante» du PPC au Cambodge

Le premier ministre cambodgien Hun Sen gardera vraisemblablement le poste qu’il occupe depuis 1985.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre cambodgien Hun Sen gardera vraisemblablement le poste qu’il occupe depuis 1985.

Phnom Penh — Le Parti du peuple cambodgien (PPC), du premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis plus de deux décennies, a revendiqué une victoire écrasante aux élections législatives tenues hier, prédisant une majorité des deux tiers dans la nouvelle Assemblée.

La campagne a été marquée par une brusque tension frontalière avec la Thaïlande et, selon des analystes, le PPC a tiré profit de la ferveur nationaliste générée par la crise dans une zone contestée, près du temple de Preah Vihear (nord du Cambodge), où des milliers de soldats thaïlandais et cambodgiens restent mobilisés. Des négociations sont prévues aujourd'hui à ce sujet entre Bangkok et Phnom Penh.

«Nous avons remporté l'élection», a déclaré Khieu Kanharith, porte-parole du parti et du gouvernement, qui a annoncé plus tard: «Nous avons une majorité de plus des deux tiers.» Il a prédit que le PPC contrôlerait au moins 91 des 123 sièges de la prochaine assemblée.

La Commission électorale a indiqué que, selon des résultats partiels, le PPC était largement en tête dans au moins 5 des 24 provinces du royaume, avec des scores oscillant entre 62 % et 76 %.

Le parti de Hun Sen, qui dispose d'une organisation particulièrement efficace jusque dans les villages les plus reculés du Cambodge, comptait 73 députés dans la législature issue des élections de 2003.

Hun Sen est premier ministre depuis 1985. Sa coalition gouvernementale comprenait jusqu'ici des royalistes, mais ces derniers, profondément divisés, ont été laminés aux élections d'hier, selon les tendances annoncées par la Commission électorale. À l'issue des législatives de 2003, le Cambodge s'était retrouvé dans une impasse politique pendant près d'un an, alors que les négociations s'éternisaient entre le PPC et les royalistes du Funcinpec.

Quelque 8,1 millions d'électeurs étaient appelés à voter hier au Cambodge, en présence de milliers d'observateurs — dont 130 de l'Union européenne —, afin de départager les candidats des 11 partis officiellement en lice.

Le principal dirigeant d'opposition, Sam Rainsy, a fait état de graves irrégularités à Phnom Penh, la capitale, où, a-t-il affirmé, «200 000 personnes» n'ont pu voter, leurs noms ayant disparu des listes électorales. Il a exigé la tenue d'un nouveau scrutin à Phnom Penh.

Hun Sen, qui domine très largement la scène politique, a été parmi les premiers à accomplir son devoir électoral. Souriant, le premier ministre, âgé de 55 ans, a apposé un baiser sur son bulletin avant de voter dans une école de Ta Khmao, une banlieue chic de Phnom Penh.

Le PPC est au pouvoir au Cambodge depuis la fin du régime ultracommuniste des Khmers rouges (1975-1979), tenu responsable d'un génocide ayant fait près de deux millions de morts. Les Khmers rouges avaient été chassés de Phnom Penh par des forces d'invasion vietnamiennes. En 1993, aux premières élections libres organisées sous l'égide de l'ONU, le parti de Hun Sen avait été contraint de partager le pouvoir avec les royalistes du Funcinpec.

À la veille du scrutin, la Commission électorale avait admis qu'elle n'avait pas été en mesure de faire respecter une directive prévoyant des temps de parole équitables pour les formations politiques. Une station de radio a été fermée samedi soir après avoir diffusé des passages d'un livre de Sam Rainsy, en violation des règles électorales qui interdisent toute campagne à la veille du scrutin, a indiqué Khieu Kanharith.

Le Cambodge reste l'un des pays les plus pauvres de l'Asie et du monde. La corruption mine encore une bonne partie de la société. Quelque 35 % des 14 millions d'habitants vivent avec moins de la moitié d'un dollar par jour.

Mais le royaume, soutenu par la communauté internationale depuis la fin de la guerre civile, connaît un développement économique rapide, avec une croissance supérieure à 10 % ces trois dernières années, ce qui a constitué le principal atout de Hun Sen.