Un taux de participation de 60 % - Les Népalais votent avec enthousiasme

L’attente était longue hier à Jitpur Phedi, près de Katmandou.
Photo: Agence Reuters L’attente était longue hier à Jitpur Phedi, près de Katmandou.

Katmandou — Dix millions de Népalais ont élu hier une assemblée constituante censée abolir la monarchie et proclamer la République, avec l'espoir de consolider la paix signée il y a un an et demi avec la guérilla maoïste.

«Le peuple venu voter a fait preuve d'un enthousiasme écrasant», s'est félicité Kieran Dwyer, porte-parole de la Mission des Nations unies au Népal, à la fermeture des 10 000 bureaux de vote. Le chef de la commission électorale, Bhojraj Pokhrel, a estimé le taux de participation à environ 60 %.

Parmi les premiers à voter à 100 km de Katmandou, le chef maoïste, Prachanda «le redoutable», qui veut être président de la République, a déclaré que «les rêves de milliers de martyrs s'étaient réalisés». «Nous sommes en train d'écrire l'histoire et c'est fantastique», a-t-il dit, acclamé par la foule.

À Patan, près de Katmandou, des centaines d'hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions ont fait la queue durant des heures devant des tentes servant de bureaux de vote, dressées entre les superbes temples bouddhistes et hindouistes médiévaux inscrits au patrimoine de l'Unesco.

Les Népalais ont donc participé au premier scrutin national depuis 1999, et un tiers votaient pour la première fois. Ils ont élu 601 députés chargés de rédiger une nouvelle Constitution pour ce royaume stratégique coincé entre l'Inde et la Chine et séparé du Tibet par l'Himalaya.

Mais quel que soit le résultat — qui n'est pas attendu avant des semaines —, cette assemblée devrait transformer la seule monarchie hindouiste du monde en république, selon un accord scellé en décembre entre les sept partis népalais et les maoïstes, qui ont signé la paix le 21 novembre 2006. Ils gouvernent tous ensemble depuis avril 2007.

Un tel scénario était inimaginable il y a deux ans, lorsque la classe politique s'était alliée aux insurgés d'extrême gauche dans les manifestations du printemps 2006, forçant le roi Gyanendra à renoncer à ses pouvoirs absolus.

Depuis, cet héritier de 239 années de dynastie des Shah a été dépouillé de toutes ses prérogatives et il était invisible hier. Mais les maoïstes ont accusé des royalistes, notamment des généraux, de «comploter pour préparer un coup d'État» et d'être derrière de récents petits attentats.

La journée a pourtant été calme, en dépit d'incidents dans quelques circonscriptions, selon l'ONU. Un candidat indépendant, un militant et un inconnu ont été tués dans le Sud et 15 maoïstes armés de grenades ont été arrêtés après avoir incendié un bureau de vote dans l'Ouest.

Au moins 135 000 policiers étaient déployés, épaulant 800 observateurs internationaux, dont 120 de l'Union européenne.

Car l'accord de paix de novembre 2006, qui a mis fin à la «guerre du peuple» maoïste lancée en février 1996, au prix de 13 000 morts et d'une économie ruinée, reste fragile.

L'International Crisis Group redoute «une période post-électorale difficile et dangereuse» puisque aucun parti ne devrait obtenir la majorité. D'autant que 50 % des Népalais restent attachés à une «monarchie symbolique», selon des sondages. Une majorité voit en Gyanendra l'incarnation du dieu Vishnou, même si elle hait cet autocrate arrivé sur le trône à la faveur du massacre mystérieux du précédent roi Birendra et de sa famille le 1er juin 2001.

Mais «quel que soit le dirigeant, il devra redresser l'économie et rien ne se fera sans la paix», a déclaré Rajendra Mulmi, président de l'association des organisations de la jeunesse.