Une élection historique - Le Népal franchit un pas de plus vers la République

Des bénévoles préparaient les bureaux de scrutin hier à Katmandou.
Photo: Agence Reuters Des bénévoles préparaient les bureaux de scrutin hier à Katmandou.

Katmandou — Le Népal a été secoué hier par de nouvelles violences à la veille de l'élection historique d'une assemblée constituante censée abolir la monarchie et proclamer la République, un an et demi à peine après la fin d'une décennie de guérilla maoïste.

Appelés aujourd'hui aux urnes pour le premier scrutin national depuis 1999, 18 millions de Népalais doivent élire 601 députés chargés de rédiger une nouvelle Constitution pour ce royaume stratégique coincé entre l'Inde et la Chine et séparé du Tibet par la chaîne de l'Himalaya.

Mais quel que soit le résultat (qui n'est pas attendu avant trois semaines), cette assemblée devrait, en principe, transformer la seule monarchie hindouiste du monde en république fédérale, selon un accord scellé en décembre entre les sept partis népalais et les maoïstes, qui ont signé la paix le 21 novembre 2006 et gouvernent ensemble depuis avril 2007.

Un tel scénario était inimaginable il y a deux ans lorsque toute la classe politique s'était alliée aux rebelles d'extrême gauche dans les manifestations démocratiques du printemps 2006, forçant le roi Gyanendra à renoncer à ses pouvoirs absolus.

Cet héritier de la dynastie des Shah, vieille de 239 ans, a été dépouillé de toutes ses prérogatives, mais il a lancé un ultime «appel à tous les citoyens pour qu'ils exercent leurs droits démocratiques dans une atmosphère de liberté et d'équité».

Mais ces derniers jours, les maoïstes ont accusé des forces royalistes, notamment des généraux, de «comploter pour préparer un coup d'État» et d'être derrière une vague d'attentats.

Deux petites bombes ont encore explosé hier à Katmandou, mais sans blesser personne. Quelques heures après que sept maoïstes eurent été abattus par la police, le chef des anciens insurgés, Prachanda a appelé ses partisans à faire preuve de retenue afin qu'aient lieu des «élections libres et équitables». La police a aussi tué un partisan du parti communiste marxiste-léniniste unifié du Népal qui protestait contre l'assassinat d'un candidat.

Pour éviter les violences aujourd'hui, 135 000 policiers seront déployés, dont 55 000 fraîchement recrutés, et 800 observateurs internationaux seront disséminés dans des bureaux de vote. Le chef des 120 observateurs de l'Union européenne, Jan Mulder, a plaidé pour que «les Népalais votent sans craindre les intimidations ou la violence».

Car l'accord de paix de novembre 2006, qui a mis fin à la «guerre du peuple» maoïste lancée en février 1996 (au prix de 13 000 morts et d'une économie ruinée) reste fragile. L'International Crisis Group (ICG) redoute d'ailleurs «une période post-électorale difficile et dangereuse» puisqu'aucun parti ne devrait rafler la majorité. Si les maoïstes perdaient, ils «pourraient être tentés de rejeter toute l'élection», tandis que les royalistes «ne peuvent pas espérer remporter assez de sièges pour bloquer la proclamation de la République», s'inquiète l'ICG.