La Thaïlande s'apprête à expulser au Laos des réfugiés hmongs

La Thaïlande veut rapatrier de force 7500 membres de la minorité ethnique hmong qui ont fui le Laos et se sont réfugiés dans le nord du pays depuis 2004. Les Hmongs affirment fuir les persécutions qu'ils subissent au Laos. L'organisation Médecins sans frontières a lancé un appel pressant aux autorités thaïlandaises pour qu'elles renoncent à cette opération qui devrait débuter dans les prochaines semaines.

Médecins sans frontières (MSF) lance un appel visant à dissuader les autorités thaïlandaises de rapatrier de force 7500 membres de la minorité ethnique hmong du Laos, qui se sont réfugiés depuis 2004 près d'un village du nord de la Thaïlande pour fuir, selon eux, les persécutions de la police de leur pays. Ces Hmongs disent avoir fui leur pays à cause des persécutions de la police et de l'armée laotiennes. Le gouvernement thaïlandais a annoncé qu'il voulait commencer le rapatriement dans les prochaines semaines et le terminer d'ici la fin 2008. MSF demande que le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) soit autorisé par la Thaïlande à interviewer les Hmongs pour déterminer ceux qui ont de bonnes raisons de ne pas vouloir retourner dans leur pays.

Pourquoi ces 7500 Hmongs se sont-ils réfugiés en Thaïlande?

Les Hmongs qui se sont réfugiés depuis 2004 près du village de Huay Naw Khao, dans le nord de la Thaïlande, constituent une population mélangée. Une partie d'entre eux vivait dans la jungle de la zone spéciale de Saysomboun, à l'est de Vientiane (la capitale du Laos), depuis la prise de pouvoir par les communistes du Pathet Lao en décembre 1975. Or des dizaines de milliers de Hmongs avaient assisté l'armée américaine ou la CIA pendant la guerre menée contre les révolutionnaires laotiens et vietnamiens. Après 1975, ces Hmongs — entre 20 000 et 30 000 personnes, sur une population totale de 450 000 Hmongs au Laos — sont partis vivre à Phu Bia, un massif montagneux de la zone spéciale de Saysomboon (province de Bolikamxay).

Depuis, ils sont pourchassés par les militaires laotiens. La pression militaire s'est accentuée en 2004, car les Laotiens veulent exploiter des mines d'or, en collaboration avec des firmes thaïlandaises, et construire des barrages hydroélectriques dans cette région.

D'autres Hmongs, qui ont traversé clandestinement la frontière thaïlandaise, n'étaient pas terrés dans la jungle mais ont subi la pression des autorités, parfois simplement parce qu'ils se rendaient à l'église ou parce qu'un de leurs parents avait travaillé avec la CIA. D'autres sont partis du Laos pour des raisons économiques avec l'espoir d'être accueillis par un pays occidental.

Quelle est l'attitude des autorités thaïlandaises à leur égard?

Dans un premier temps, les Thaïlandais ont laissé ces milliers de Hmongs s'installer librement aux abords du village de Huay Nam Khao, au pied du massif de Khao Kor (dans la province de Petchabun). En 2005, les Hmongs ont reçu l'ordre de vivre dans un espace de 10 mètres de part et d'autre de la mauvaise route asphaltée qui mène au village. Depuis juin 2007, ils sont enfermés dans un camp ceinturé de fils barbelés. Bangkok considère en effet que tous ces Hmongs sont des immigrants économiques illégaux qui ont fui le Laos pour pouvoir vivre plus confortablement dans un pays développé.

En mai 2007, les Thaïlandais et les Laotiens ont conclu un accord, aux termes duquel tous les Hmongs doivent être rapatriés sans exception. Cet accord stipule qu'aucune partie internationale tierce — par exemple le HCR — ne doit s'ingérer dans le processus.

Aucun des Hmongs réfugiés à Huay Nam Khao ne veut rentrer au Laos. Ils éprouvent une peur intense d'être tués ou torturés s'ils sont renvoyés de force dans leur pays, l'un des derniers régimes communistes de la planète. «La plupart de ces réfugiés sont profondément traumatisés par ce qu'ils ont vécu au Laos ces dernières années», affirme Daniela Abadi, qui coordonne l'aide humanitaire de MSF dans le camp.

Des dizaines d'entre eux portent les cicatrices de blessures infligées par l'armée laotienne, certains ayant perdu un oeil ou un membre. Plusieurs tentatives de suicide ont eu lieu quand l'armée thaïlandaise a tenté de les embarquer de force dans des autocars en route vers la frontière. Leurs craintes paraissent justifiées. En 2005, 27 enfants hmongs (cinq garçons et 22 filles) avaient été rapatriés de force par la police thaïlandaise. Douze de ces fillettes, qui ont réussi à s'échapper et à revenir dans le camp de Huay Nam Khao, ont raconté leur calvaire. Détenues pendant deux mois, elles auraient été battues, maltraitées et violées de manière répétée par des policiers laotiens. Elles auraient ensuite été détenues pendant un an dans un camp de travail forcé. On est toujours sans nouvelles des cinq garçons. «Si d'autres Hmongs sont renvoyés au Laos, on peut s'attendre à ce qu'ils soient maltraités, tués, torturés ou envoyés dans des camps de rééducation pour plusieurs années», estime Gilles Isard, coordinateur de MSF Thaïlande.

De leur côté, les autorités laotiennes assurent que les «rapatriés vivent dans l'harmonie et la joie» dans un village établi à leur intention. Elles ont même réalisé un film sur ce thème, qu'elles ont demandé aux Thaïlandais de projeter aux réfugiés de Huay Nam Khao pour les rassurer.