Un ancien ministre khmer rouge est arrêté

Phnom Penh — L'ancien ministre khmer rouge des Affaires étrangères Ieng Sary, 77 ans, et son épouse ont été arrêtés hier matin à Phnom Penh par la police cambodgienne. Sous le coup d'un mandat d'arrêt pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, ils ont été déférés devant le tribunal chargé de juger les responsables du génocide perpétré dans les années 70.

D'après le dossier d'accusation enregistré le 18 juillet auprès du tribunal, Ieng Sary «a promu, a été à l'instigation, facilité, encouragé et/ou fermé les yeux sur les crimes perpétrés» sous le régime khmer rouge.

Ieng Thirith, 75 ans, est quant à elle accusée d'avoir «planifié, dirigé, coordonné et ordonné de vastes purges» ainsi que «les meurtres de membres du personnel du ministère des Affaires sociales».

L'arrestation de Ieng Sary et de son épouse était attendue, le tribunal chargé de juger les anciens responsables du régime dirigé par Pol Pot rouges ayant diffusé une liste de cinq suspects recherchés, dont l'identité n'avait pas été révélée.

Ieng Sary n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat. Mais ce membre du premier cercle de la direction khmer rouge a toujours nié toute responsabilité dans le génocide perpétré entre 1975 et 1979 qui a coûté la vie selon les estimations à environ 1,7 million de Cambodgiens. «Je n'ai rien fait de mal», avait-il affirmé en octobre dernier à Bangkok, en Thaïlande. Aucun des responsables khmers rouges n'a pour le moment été jugé.

Le tribunal a été mis sur pied l'an dernier après sept années de difficiles négociations entre l'ONU et le gouvernement cambodgien. Le premier ministre Hun Sen a été accusé de faire intentionnellement obstacle à sa création pour ne pas embarrasser les ex-Khmers rouges qui soutiennent aujourd'hui son gouvernement. Avec un budget limité de 56,3 millions de dollars sur trois ans, les procès devraient débuter l'année prochaine.

Né en 1930, Ieng Sary, de son vrai nom Kim Trang, était membre du premier cercle khmer rouge. Pol Pot, le «frère numéro un», est décédé en 1998 et son chef militaire Ta Mok est mort en détention en 2006. L'ancien numéro deux du régime, Nuon Chea, a été inculpé en septembre au Cambodge de crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Ieng Sary, qui était lui le «frère numéro trois», avait fait défection en 1996 et été amnistié de sa condamnation à mort par contumace. Pol Pot, expliquait-il alors, était «le seul architecte suprême de la ligne, de la stratégie et des tactiques du parti». Nuon Chea, de son côté, a «mis en oeuvre les décisions de Pol Pot de torturer et exécuter ceux qui exprimaient des opinions contraires et ceux qu'ils haïssaient, comme les intellectuels», poursuivait-il.

«Ai-je des remords? Non. Je n'ai pas de regrets, parce que cela n'était pas ma responsabilité», affirmait-il. Les travaux d'historiens et chercheurs montrent au contraire que Sary, connu sous le nom de Camarade Van, a été le destinataire de nombreux documents internes du régime, détaillant exactions, tortures et exécutions en masse des ennemis du régime.

«Nous avons nettoyé les traîtres à l'intérieur et leur avons arraché des aveux. Nous continuons à effacer graduellement les ennemis qui restent, ouvertement ou secrètement opposés à notre révolution», expliquait ainsi un télégramme de 1978.