Turkménistan - L'héritier du dictateur devient président

Le Turkménistan a fixé à demain l'annonce des résultats de la présidentielle de dimanche, la victoire du président par intérim Gourbangouly Berdymoukhammedov ne faisant guère de doute à l'issue d'un scrutin dénoncé par l'opposition et que l'OSCE a omis de commenter. Le même jour aura lieu la cérémonie d'investiture du nouveau président devant les quelque 2500 dignitaires et chefs de clan du Conseil populaire.

En se rendant aux urnes, dimanche, les Turkmènes ont, pour la première fois, pu choisir entre plusieurs candidats à la présidence du pays pour remplacer le «président à vie», Saparmourad Niazov, mort en décembre 2006 d'une crise cardiaque après 21 ans de règne absolu. Les six impétrants, tous membres du Parti démocratique — l'héritier du Parti communiste et la seule formation autorisée — se sont engagés à poursuivre la politique du défunt Turkmenbachi (le Père des Turkmènes).

L'actuel président par intérim, Gourbangouli Berdimoukhamedov, 49 ans, dentiste et ex-ministre du président défunt, est le mieux placé pour l'emporter. Surveillé par quelques observateurs indépendants, le scrutin a attiré 98,6 % des 2,6 millions d'électeurs de cette République désertique de l'Asie centrale, frontalière de l'Iran et de l'Afghanistan.

La dernière élection présidentielle remonte à 1992. Candidat unique, Saparmourad Niazov avait été élu avec 99,5 % des voix. Les électeurs qui votaient pour la première fois, dimanche, se sont vu remettre des cadeaux, entre autres le Rukhnama, le livre des pensées philosophiques du «président-prophète», dont un exemplaire avait été mis en orbite autour de la Terre par les Russes du vivant du Turkmenbachi. Dans sa ville natale de Dachogouz, des centaines de personnes ont déposé des fleurs au pied d'une statue de l'ex-dictateur avant d'aller voter.

Estimant que le scrutin n'était ni libre ni équitable, les représentants de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) présents à Achkhabad, la capitale, ont toutefois indiqué que l'organisation même de cette élection marquait un progrès. Les représentants de l'opposition turkmène en exil, non autorisés à participer, ont dénoncé la continuité dans la dictature.

Enjeu énergétique

Si l'issue du vote — annoncée demain — ne fait aucun doute, les capitales étrangères ont suivi avec attention son déroulement. Assis sur d'énormes réserves de gaz, le Turkménistan représente un enjeu énergétique important. Jusque-là, le gaz turkmène a toujours emprunté le seul gazoduc existant, celui qui transite par la Russie. Selon un accord conclu en 2003 avec Gazprom, Saparmourad Niazov s'était engagé à fournir à Gazprom, le géant russe du gaz, 85 % de la production nationale sur 25 ans.

Engagé tout au long de l'année 2006 dans d'âpres discussions avec Gazprom sur le prix du gaz, le Turkmenbachi avait, en avril 2006, signé un accord avec le gouvernement chinois pour la fourniture de gaz et pour la construction d'un nouveau gazoduc. Dans la foulée, la compagnie chinoise CNPC (China National Petroleum Corporation) avait tout de même été invitée à participer à l'exploitation du champ gazier géant de Iolotan, découvert récemment dans le sud-est du pays.

Suivie de près à Moscou, la construction d'une nouvelle voie de sortie pour le gaz turkmène avait été décrite par la presse russe comme une opération coûteuse, quasiment irréalisable, brandie par Saparmourad Niazov au nez de Gazprom pour obtenir un meilleur prix de vente de son gaz. L'achat massif du gaz d'Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan) est crucial pour la Russie qui voit sa production stagner tandis que la demande ne cesse de croître. Le successeur du Turkmenbachi respectera-t-il les engagements signés? C'est ce qu'il a affirmé durant sa campagne.

Promesses de réforme

La Chine n'est pas le seul pays intéressé par le gaz turkmène. À la mi-janvier, les États-Unis ont dépêché un émissaire du département d'État pour sonder les intentions du président par intérim. Gourbangouli Berdimoukhamedov est toutefois resté discret sur la politique étrangère qu'il s'apprête à mener.

Sur le plan intérieur, sans se départir de l'héritage de son mentor, il a promis quelques réformes, s'engageant à restituer aux retraités de la fonction publique (100 000 personnes) les retraites confisquées. Il a également promis à la population un accès limité à Internet ainsi que la mise aux «normes internationales» du système d'éducation. En revanche, il s'est bien gardé de mentionner le sort des prisonniers politiques réprimés par le Turkmenbachi et n'a dit mot de l'opposition en exil.