Turkménistan: incertitude après la mort de Niazov

Achkabat — Le président du Turkménistan Saparmourat Niazov, qui dirigeait ce pays d'Asie centrale d'une main de fer depuis 21 ans, est décédé d'une crise cardiaque hier à l'âge de 66 ans, plongeant cette ex-république soviétique dans l'incertitude, malgré la nomination d'un chef de l'État intérimaire.

Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko et le premier ministre russe Mikhaïl Fradkov ont déjà fait savoir qu'ils assisteront aux cérémonies funéraires.

Les premiers indices d'une bataille pour succéder à celui qui se faisait appeler Turkmenbachi («leader de tous les Turkmènes») sont apparus quelques heures seulement après l'annonce de sa mort.

Le gouvernement et le Conseil de sécurité ont annoncé dans un communiqué commun que le vice-premier ministre Gourbangouly Berdymoukhammedov avait été nommé président par intérim, bien que, selon la Constitution, ce rôle revienne au président du Parlement, Ovezgeldy Ataïev. Selon le communiqué, le Parquet a ouvert une enquête à l'encontre de M. Ataïev, ce qui l'écarte a priori de la course à la succession.

Niazov utilisait constamment ce procédé de poursuites judiciaires pour se débarrasser de responsables tombés en disgrâce.

La Loi fondamentale turkmène prévoit qu'une élection présidentielle doit avoir lieu dans les deux mois qui suivent la nomination du président par intérim.

M. Berdymoukhammedov a confirmé la tenue mardi d'une «réunion extraordinaire» du Conseil populaire du Turkménistan, une assemblée de hauts responsables du pays qui devra «fixer la date de l'élection présidentielle et présenter les candidatures au poste de président».

Les observateurs craignent que le Turkménistan ne bascule dans l'instabilité, les immenses réserves de gaz naturel du pays pouvant attiser les convoitises des différents responsables politiques.

À Moscou, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a d'ailleurs appelé à une passation de pouvoir «dans la légalité» pour préserver la «stabilité» en Asie centrale.

L'Union européenne a par sa part réclamé une succession «en conformité avec les normes internationales» alors que Washington a souhaité «un gouvernement qui apporte la justice et la prospérité à son peuple».

M. Niazov avait été nommé à la tête du Turkménistan en 1985, quand cette république faisait encore partie de l'URSS. Président à vie depuis 1999, il avait créé autour de lui et de certains membres de sa famille un culte délirant de la personnalité, fondement de son régime, un des plus répressifs et des plus opaques au monde.