Une répression péruvienne décriée

Des manifestants, qui réclament la démission de la présidente du Pérou, Dina Boluarte, et la dissolution du Congrès, affrontaient des policiers mercredi.
Photo: Ernesto Benavides Agence France-Presse Des manifestants, qui réclament la démission de la présidente du Pérou, Dina Boluarte, et la dissolution du Congrès, affrontaient des policiers mercredi.

Mercredi, le Pérou a vécu une nouvelle journée nationale de protestation contre la présidente Dina Boluarte, notamment à Lima, théâtre mardi de la plus violente journée de manifestation dans la capitale depuis le début des troubles.

D’importants heurts ont eu lieu mardi en fin d’après-midi entre manifestants, dont certains équipés de boucliers de fer, qui jetaient des pierres, et policiers tirant gaz lacrymogène et chevrotine fine, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse qui ont assisté à des arrestations.

Les autorités n’ont fourni aucun nombre de blessés ni d’arrestations.

Plusieurs milliers de protestataires venus des régions andines pauvres doivent à nouveau défiler dans le centre de la capitale. De nouveaux heurts sont redoutés près du parlement.

Les manifestants demandent inlassablement la démission de la présidente, la dissolution du Parlement, l’organisation de nouvelles élections malgré l’avancée de celles-ci à 2024, et la création d’une assemblée constituante.

Mardi, la dirigeante a une nouvelle fois tenté de désamorcer les tensions en demandant « pardon pour les morts », les 46 personnes tuées depuis le début des manifestations en décembre, promettant des enquêtes qui en détermineront les auteurs.

Mais sa promesse de ne pas « rester au pouvoir » et son appel à une « trêve nationale », à « rétablir le dialogue », à « fixer un plan pour chaque région » et à « développer » le pays n’ont pas été entendus dans la rue.

Photo: Juan Carlos Cisneros Agence France-Presse Les manifestants demandent inlassablement la démission de la présidente, la dissolution du Parlement, l’organisation de nouvelles élections malgré l’avancée de celles-ci à 2024, et la création d’une assemblée constituante.

« On a écouté madame Boluarte. Sa vision est lamentable. Le peuple péruvien, nous tous, nous n’allons pas faire de trêve. Nous n’avons rien à discuter avec Mme Boluarte. La seule chose que le peuple veut, c’est qu’elle démissionne et qu’il y ait de nouvelles élections », a affirmé dans le cortège à Lima Carlos Avedano, 35 ans.

« On ne croit plus ce qu’elle dit », a renchéri Rosa Soncco, 37 ans, venue d’Acomayo, dans la région de Cuzco. « Il y a 50 morts. Combien de mères pleurent ? »

Quelques pays ont exprimé leur inquiétude mercredi à l’ONU au sujet de la répression des manifestations au Pérou, dont le ministre de la Justice a assuré que les autorités agissaient de façon « appropriée pour défendre la démocratie ». Devant le Conseil des droits de l’homme, à Genève, des représentants de plusieurs États ont déploré le « recours excessif à la force » montré par la puissance publique au cours des manifestations.

La représentante du Danemark, Astrid Ruge, s’est d’ailleurs dite préoccupée « par le nombre de personnes tuées et blessées à la suite de la réaction des forces de sécurité aux manifestations » et a exhorté le Pérou à « limiter l’usage excessif de la force ».

« Pas de trêve ! »

Selon les autorités des transports, 85 points de blocage routier étaient recensés mercredi dans 9 des 25 régions du pays.

L’aéroport de Cuzco, capitale touristique du pays, a été fermé mardi soir, mais a pu rouvrir mercredi. Ceux de Puno et d’Arequipa restent fermés.

L’impossibilité d’échanges de marchandises, notamment dans les régions du sud, épicentre de la contestation, a commencé à provoquer pénuries et hausses des prix.

Il n’y a plus de gaz de pétrole liquéfié (GPL), principal carburant des véhicules au Pérou, dans les stations-service d’Arequipa, de Tacna et de Puno. « Le GPL est épuisé à Arequipa », a déclaré à la radio RPP Alexander Cornejo, représentant des chauffeurs de taxi, s’alarmant de la situation de 7000 chauffeurs locaux.

Il y a 50 morts. Combien de mères pleurent ?

 

Dans la région de Puno, située à 1350 km au sud de Lima et théâtre des manifestations les plus violentes, qui ont fait 18 morts, les prix des tomates et des pommes de terre, aliments de base, ont triplé.

Les troubles ont commencé le 7 décembre, après la destitution et l’arrestation de l’ancien président Pedro Castillo, accusé d’avoir tenté un coup d’État en voulant dissoudre le Parlement qui s’apprêtait à le chasser du pouvoir.

Dina Boluarte, son ancienne vice-présidente et colistière aux élections de 2021, aux mêmes origines modestes et andines que lui, l’a remplacé conformément à la Constitution, mais est considérée comme « une traîtresse » par les manifestants.

Cette crise reflète surtout l’énorme fossé qui sépare la capitale et les provinces pauvres, lesquelles soutenaient M. Castillo et voyaient son élection comme une revanche sur ce qu’elles considèrent être le mépris de Lima.

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