Au Pérou, les protestataires prennent la route de Lima

Des protestataires réclamant la démission de la présidente Dina Boluarte ont marché dimanche dans un quartier résidentiel de Lima.
Cris Bouroncle Agence France-Presse Des protestataires réclamant la démission de la présidente Dina Boluarte ont marché dimanche dans un quartier résidentiel de Lima.

« On va à [Lima] pour faire entendre notre voix », lance à l’Agence France-Presse un leader andin des manifestations qui demandent la démission de la présidente, Dina Boluarte, et de nouvelles élections au Pérou, secoué par des troubles civils qui ont déjà fait 42 morts depuis le 7 décembre.

Des milliers de manifestants convergeaient lundi vers la capitale malgré l’état d’urgence décrété par le gouvernement, espérant un rassemblement de masse dans les prochains jours afin de donner plus de poids à leurs revendications. Il est toutefois impossible, malgré les annonces des uns et autres, de connaître l’ampleur de la mobilisation et de savoir combien de personnes sont arrivées ou sont en chemin vers Lima. Le voyage, traversant des cols andins, peut durer jusqu’à 24 heures.

« C’est sûr, c’est déjà discuté, acté. On va à Lima. Il y a des collectes d’argent pour pouvoir y aller avec tous les citoyens des provinces du sud et du nord de Puno », à la frontière avec la Bolivie, affirme Jimmy Mamani, président d’une l’association de villages, depuis Ilave.

« [Les gouvernants] font la sourde oreille, mais on en a assez. Il n’est pas juste que l’exécutif, l’État, ne puisse pas écouter nos demandes. On n’arrive pas à dialoguer avec eux », ajoute-t-il, assurant que ce « sera une mobilisation pacifique ».

Encore l’état d’urgence

Le gouvernement, qui n’arrive pas à enrayer les protestations, a à nouveau décrété samedi l’état d’urgence pour 30 jours à Lima, à Callao (le principal port du pays), à Puno et à Cuzco (près du Machu Picchu). L’état d’urgence autorise l’armée à intervenir pour maintenir l’ordre et, surtout, suspend la liberté de circulation et de réunion. Il avait déjà été décrété mi-décembre dans tout le Pérou, pour 30 jours.

« Nous espérons que cette situation [les protestations] changera radicalement et que la voie du dialogue sera rétablie », a déclaré le chef de cabinet de la présidente, Alberto Otarola, à la chaîne de télévision Latina.

M. Otarola a réaffirmé que la présidente « ne démissionnera pas ». « Par sens de la responsabilité historique et parce que la démission de Dina Boluarte ouvrirait la porte à l’anarchie. » « Il y a un petit groupe organisé financé par le trafic de drogue et l’exploitation minière illégale qui veut prendre le pouvoir par la force », a-t-il aussi accusé.

Déjà, dimanche soir à Lima, des dizaines de manifestants, encadrés par un important dispositif policier, ont défilé pacifiquement du centre-ville au quartier touristique de Miraflores aux cris de « Dina ordure, à bas la dictature » ou « Dina, corrompue assassine ». « Ça va être plus fort. […] Les régions arrivent déjà à Lima, nous exigeons que Boluarte démissionne et qu’ils ferment le Parlement immédiatement. Nous ne voulons plus de morts », affirme Jasmin Reinoso, 25 ans, infirmière d’Ayacucho, présente à Lima depuis deux mois.

Au moins 3000 personnes d’Andahuaylas, ville du sud-est du pays qui a été l’un des épicentres des manifestations de décembre, ont quitté dimanche la ville pour rallier Lima en voiture et en camion, selon la presse locale.

Lundi, la circulation automobile restait bloquée sur une centaine de tronçons bloqués par des manifestants. Nouveauté : outre le Sud andin, des barrages ont été érigés dans le Nord, dans la région de Libertad, où des manifestants ont bloqué l’autoroute panaméricaine en brûlant des pneus.

Les protestations ont éclaté après la destitution et l’arrestation le 7 décembre du président de gauche radicale, Pedro Castillo, accusé d’avoir tenté de perpétrer un coup d’État en voulant dissoudre le Parlement qui s’apprêtait à le chasser du pouvoir. Mme Boluarte, qui était la vice-présidente de M. Castillo, lui a succédé conformément à la Constitution. Elle est issue du même parti que lui, mais les manifestants voient en elle une « traîtresse ».

Nous exigeons que Boluarte démissionne et qu’ils ferment le Parlement immédiatement. Nous ne voulons plus de morts.

 

Les violences sont concentrées dans le Sud andin, où vivent les Quechuas et Aymaras. La Commission interaméricaine des droits de l’homme préconise une meilleure intégration de ces communautés autochtones dans la société péruvienne pour mettre fin aux troubles.

Les victimes « sont mortes parce qu’elles demandaient l’égalité. Il y a trop de corruption », affirmait dimanche sur le parvis de la cathédrale de Lima, Benito Soto Escobar, vitrier de Huancavelica.

Dina Boluarte est la sixième personne à occuper la présidence péruvienne en cinq ans, dans un pays qui connaît une crise politique permanente émaillée de soupçons de corruption.

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