Le président brésilien préoccupé par sa sécurité

« Je suis convaincu que la porte du palais de Planalto a été ouverte pour que les gens puissent entrer, car aucune porte n’a été cassée », a déclaré le dirigeant de gauche lors de son premier petit-déjeuner avec des journalistes depuis son investiture le 1er janvier.
Sergio Lima Agence France-Presse « Je suis convaincu que la porte du palais de Planalto a été ouverte pour que les gens puissent entrer, car aucune porte n’a été cassée », a déclaré le dirigeant de gauche lors de son premier petit-déjeuner avec des journalistes depuis son investiture le 1er janvier.

Le gouvernement brésilien resserrait son étau jeudi autour des participants, des organisateurs et des financeurs des émeutes de dimanche à Brasília, qui ont poussé Lula à « profondément réorganiser » sa sécurité au palais présidentiel.

« Je suis convaincu que la porte du palais de Planalto a été ouverte pour que les gens puissent entrer, car aucune porte n’a été cassée », a déclaré le dirigeant de gauche lors de son premier petit-déjeuner avec des journalistes depuis son investiture du 1er janvier.

« Cela signifie que quelqu’un a facilité leur entrée ici », a souligné Luiz Inácio Lula da Silva. « Comment pourrais-je avoir quelqu’un à la porte de mon bureau qui pourrait me tirer dessus ? » a-t-il demandé.

Plus de 4000 partisans de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui refusent sa défaite électorale subie face à Lula fin octobre, ont semé le chaos dimanche dans la capitale, envahissant et saccageant le palais présidentiel, la Cour suprême et le Congrès.

Quelque 2000 personnes ont été interpellées, et plus de 1100 ont été incarcérées après avoir été interrogées, selon le dernier bilan des autorités.

Et l’étau continue de se resserrer, de nombreux émeutiers étant identifiés grâce aux caméras de surveillance, aux images de la presse ou aux égoportraits qu’ils ont publiés sur les réseaux sociaux.

Mais la priorité des autorités est désormais de sanctionner les réseaux qui ont oeuvré en coulisses pour financer et organiser l’insurrection.

Jeudi, le bureau de l’avocat général de l’Union, qui défend les intérêts de l’État fédéral, a demandé à la justice de Brasília le gel de 6,5 millions de réaux (environ 1,7 million de dollars canadiens) de 52 personnes et sept entreprises accusées d’avoir financé le transport d’émeutiers dans une centaine d’autocars arrivés de tout le pays samedi soir.

Selon plusieurs médias brésiliens, un grand nombre de financeurs présumés seraient liés au secteur de l’agronégoce, soutien fidèle de Jair Bolsonaro.

Évaluation des dégâts en cours

L’évaluation des dégâts considérables subis par le patrimoine national, dont des oeuvres d’art, était toujours en cours. Rien que pour les deux chambres du Congrès, ils s’élèvent à plus d’un million de dollars canadiens, selon les premières estimations rendues publiques par le gouvernement.

Jeudi, Lula a multiplié les réunions avec ses ministres, dans un souci apparent de revenir à la normalité après le choc de cet attentat contre la démocratie brésilienne sans précédent depuis l’instauration de la dictature militaire (1964-1985).

Mercredi soir, il a participé à l’intronisation d’Anielle Franco, ministre de l’Égalité raciale, et de Sônia Guajajara, nommée à la tête du ministère fraîchement créé des Peuples autochtones. Une cérémonie hautement symbolique, dans un des grands salons du palais présidentiel de Planalto, qui avait été envahi par des hordes de bolsonaristes trois jours plus tôt.

Au même moment, les forces de sécurité dans la capitale ont été mises en état d’alerte, après des appels dans toutes les grandes villes du Brésil à des « mégamanifestations » de « reprise le pouvoir », qui ont finalement fait pschitt.

Dans la capitale meurtrie, où des dizaines de policiers, des camions antiémeutes et un hélicoptère avaient été déployés, aucun manifestant n’a répondu à l’appel. Le même constat a été fait à Rio de Janeiro et à São Paulo par les journalistes de l’AFP.

Appels à l’expulsion

Aux États-Unis, des élus démocrates ont appelé à ce que le président Joe Biden révoque le visa de l’ex-président brésilien, qui se trouve en Floride, refusant que les États-Unis servent de refuge à l’ancien dirigeant.

« Nous ne devons pas permettre à M. Bolsonaro ou à tout autre ancien responsable brésilien de trouver refuge aux États-Unis afin d’échapper à la justice pour tout crime éventuel commis durant son mandat », écrivent ces 41 élus dans une lettre ouverte adressée au président Biden et rendue publique jeudi.

Ils appellent par ailleurs le gouvernement américain à « coopérer pleinement à toute enquête du gouvernement brésilien » et à vérifier le statut légal aux États-Unis de l’ancien président, arrivé sur le territoire américain en tant que chef d’État.

Son séjour en Floride place les États-Unis dans une lumière relativement embarrassante, évoquant notamment de précédents accueils de dirigeants latino-américains controversés.

Interrogé mercredi, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a déclaré que les États-Unis n’avaient reçu aucune demande du Brésil à propos de Jair Bolsonaro, mais qu’il traiterait une telle requête « rapidement ».

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