Une mobilisation contre l’extrême droite brésilienne, à Montréal

Une trentaine de personnes se sont réunies devant le consulat général du Brésil, à Westmount, à l’initiative de l’organisme Coletivo Brasil-Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une trentaine de personnes se sont réunies devant le consulat général du Brésil, à Westmount, à l’initiative de l’organisme Coletivo Brasil-Montréal.

Au moment où le Brésil se relève tant bien que mal de l’assaut perpétré dimanche à l’endroit de ses institutions démocratiques, une manifestation a eu lieu mardi soir à Westmount pour dénoncer les tentatives de l’extrême droite d’ébranler le plus grand pays d’Amérique du Sud.

La police brésilienne a annoncé mardi avoir libéré « pour des raisons humanitaires » près de 600 personnes arrêtées en marge de l’assaut commis contre trois bâtiments officiels à Brasília dimanche. Il s’agirait notamment de personnes âgées, de mères accompagnées d’enfants en bas âge ou encore de personnes ayant des problèmes de santé, ont indiqué les autorités.

Quelque 527 autres suspects ont pour leur part été emprisonnés, tandis que l’État s’apprête à lancer des poursuites contre ceux qui auraient organisé et financé l’invasion de trois lieux de pouvoir — le palais présidentiel, le Congrès et la Cour suprême de Brasília. Une attaque contre des institutions démocratiques qui a semé l’émoi partout au pays et qui a causé d’importants dégâts matériels, notamment à des oeuvres d’art d’une valeur inestimable, dont des toiles de maître et des statues.

« Il faut combattre avec fermeté le terrorisme, ces putschistes qui veulent instaurer un régime d’exception », a déclaré mardi le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes lors d’une cérémonie officielle à Brasília.

C’est dans ce contexte politique et social tendu qu’une trentaine de personnes se sont réunies mardi soir, vers 17 h 30, devant le consulat général du Brésil, situé à Westmount, à quelques minutes à pied de la station de métro Atwater. À l’initiative de l’organisme Coletivo Brasil-Montréal, les manifestants ont bravé le froid pour assister à quelques discours dénonçant la récente tentative de l’extrême droite brésilienne de s’en prendre à la démocratie du pays, où l’influence de l’ancien président Jair Bolsonaro reste forte malgré l’exil de ce dernier aux États-Unis et la récente arrivée au pouvoir du président progressiste Luiz Inácio Lula da Silva.

« Malheureusement, ça va toujours très mal au Brésil. Avec l’élection de Lula, on espérait que les choses allaient se calmer, mais ce n’est pas le cas. Le bolsonarisme est encore très vivant », a soupiré au Devoir Alessandra Devulsky, qui est porte-parole du collectif.

La fragilité d’une démocratie

Celle qui est aussi chargée de cours en sciences juridiques à l’Université du Québec à Montréal estime d’ailleurs que l’association faite par plusieurs depuis deux jours entre l’événement de dimanche au Brésil et l’assaut du Capitole américain le 6 janvier 2021 est « très juste », Donald Trump et Jair Bolsonaro ayant employé des tactiques similaires pour tenter de s’accrocher au pouvoir, notamment en affirmant tous les deux avoir été victimes de fraude électorale.

« C’est de mettre du bois dans le feu pour inciter ses partisans à commettre des actes violents », explique en image Mme Devulsky, qui indique que la manifestation tenue mardi « se veut un peu un appel à la solidarité ». « On essaie d’avertir la communauté internationale que même si on gagne une élection de façon très clean et sécuritaire, la possibilité de faire tomber quelqu’un d’élu démocratiquement est bien réelle », souligne-t-elle.

La politicologue Luísa Turbino Torres, qui est spécialiste de l’Amérique du Sud et des mouvements sociaux brésiliens à l’Université Florida Atlantic, espère pour sa part que l’invasion de trois lieux de pouvoir au Brésil fera l’objet d’une enquête méticuleuse qui en dégagera tous les tenants et aboutissants, comme cela a été le cas en marge de l’assaut du Capitole aux États-Unis.

« C’est important d’agir à l’endroit des gens qui ont contribué à cet événement » afin de montrer « que ce type d’action, qui va contre le pays et les institutions démocratiques, ne sera pas toléré », ajoute l’experte d’origine brésilienne. Cette dernière se réjouit d’ailleurs de la rapidité à laquelle les autorités du pays d’Amérique du Sud ont procédé à des centaines d’arrestations en marge des événements de dimanche, qu’elle n’hésite pas à qualifier de « tentative de coup d’État ».

Malgré les défis politiques majeurs auxquels fait face le Brésil, la manifestation tenue mardi soir à Westmount se voulait somme toute un événement festif, le peuple brésilien ayant « de quoi être fier d’avoir vaincu — du moins temporairement — le président le plus autoritaire de notre pays depuis les années 1980 », relève quant à elle Mme Devulsky, faisant référence à l’arrivée en poste le 1er janvier de Lula à la tête du pays. Musique et danse étaient ainsi au menu pour réchauffer le coeur des participants à cette mobilisation tenue dans le calme et la bonne humeur.

Avec l’Agence France-Presse

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