Tristesse et désolation dans les lieux de pouvoir saccagés par les bolsonaristes

Les vitres cassées de l'une des entrées du palais présidentiel du Planalto, à Brasília, témoignaient lundi des assauts auxquels se sont livrés la veille des bolsonaristes déchaînés.
Carl de Souza Agence France-Presse Les vitres cassées de l'une des entrées du palais présidentiel du Planalto, à Brasília, témoignaient lundi des assauts auxquels se sont livrés la veille des bolsonaristes déchaînés.

À l’entrée du palais présidentiel du Planalto, à Brasília, un trou dans le sol en pierre, des vitres brisées et du mobilier immergé dans un bassin témoignaient lundi des saccages auxquels se sont livrés la veille des bolsonaristes déchaînés.

Quelque 12 heures après l’invasion des lieux de pouvoir de la capitale par des milliers de manifestants violents, une persistante odeur de gaz lacrymogène flottait dans l’air.

Des militaires ont hissé les couleurs sur le mât situé face au palais présidentiel, pour retrouver un semblant de normalité, tandis qu’au sol gisaient encore les projectiles lancés sur la police et les bombes lacrymogènes utilisées par les forces de l’ordre pour dégager les manifestants.

Des équipes de nettoyage balayaient les débris de verre et récupéraient des chaises et autres pièces de mobilier laissées devant l’entrée ou projetées dans le bassin du bâtiment du mouvement moderne, oeuvre du célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse

Des employés de la présidence constataient eux aussi les dégâts. « J’en ai pleuré », a admis une fonctionnaire qui retournait au travail lundi, comme l’a demandé le président Luiz Inácio Lula da Silva, qui s’est réuni en matinée avec les présidents du Sénat, de la Chambre des députés et de la Cour suprême dans le Planalto, où son bureau n’a pas été atteint par les émeutiers.

Dans une déclaration commune, ils ont condamné « les actes terroristes, de vandalisme, criminels et putschistes ».

Dimanche, des milliers de partisans de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro ont envahi la place des Trois Pouvoirs, où se côtoient le palais présidentiel, le Congrès et la Cour suprême.

Persuadés que la victoire à la présidentielle d’octobre leur a été « volée » par la gauche, ils refusent de reconnaître Luiz Inácio Lula da Silva comme leur nouveau président.

Après avoir bloqué des routes, et campé devant des casernes afin de demander le soutien de l’armée pour renverser le pouvoir démocratiquement élu, ils ont déversé leur colère et leur frustration en saccageant ces bâtiments publics.

« Attaque contre la démocratie »

Des barrières ont été utilisées comme béliers pour casser les vitres du palais présidentiel, des pierres ont été descellées pour servir de projectiles sur la police, mais aussi sur les vitres du bâtiment, qui portent de nombreux impacts.

Des graffitis indiquant « Nouvelle constitution » ou « Intervention [militaire] » sont encore visibles sur celles qui n’ont pas fini en morceaux. « Parlement corrompu » et « Le pouvoir émane du peuple » étaient écrits au marqueur sur des piliers du bâtiment.

Dans le hall d’entrée du Planalto gisent au milieu des débris de verre des ordinateurs du service d’accueil. Les machines de détection aux rayons X ont été endommagées ainsi que les tourniquets de sécurité.

Les portraits sous verre de tous les présidents du Brésil qui étaient affichés à un mur de marbre gisent aussi sur le sol, brisés.

Des experts en identification relevaient lundi matin des empreintes digitales tandis que des ouvriers prenaient les mesures des diverses fenêtres endommagées pour procéder à leur remplacement.

Des traces de sang subsistaient encore dans les bureaux du rez-de-chaussée, selon un fonctionnaire. Et dans une pièce voisine, le tableau Les mulâtres, du peintre moderniste brésilien Di Cavalcanti, présentait des trous qui auraient été faits avec un couteau.

 

Le palais présidentiel abrite plus d’une centaine de peintures et de sculptures, ainsi que des meubles de Niemeyer lui-même. « Ils sont pratiquement tous endommagés », a soufflé un fonctionnaire qui a requis l’anonymat.

Des dégâts similaires ont été constatés au Congrès mitoyen : vitres brisées au sol, équipements informatiques pendant de meubles cassés. La porte d’entrée du Sénat n’existe plus.

Dans le hall, où Lula a défilé lors la passation de pouvoir le 1er janvier, des agents d’entretien épongeaient le sol. L’immense salle, qui fait face à la rampe par laquelle les partisans pro-Bolsonaro sont entrés, a été inondée lorsque les bombes lacrymogènes tirées sur les manifestants ont activé le dispositif anti-incendie.

« C’est une tragédie », clame Tiago Amaral, fonctionnaire de 34 ans, dans le bureau du sénateur Jaques Wagner, allié de Lula.

« C’est une destruction de patrimoine public, de richesses stockées dans ces bâtiments. Mais cela va bien plus loin : c’est une attaque contre la démocratie, comme celle que nous avions vue la dernière fois en 1964 avec le coup d’État militaire. »

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