Reprise en main à Brasília après les assauts des bolsonaristes

Le président Luiz Inacio Lula da Silva s’est réuni lundi matin avec les présidents du Sénat, de la Chambre des députés et de la Cour suprême au palais présidentiel du Planalto, l’un des trois lieux saccagés la veille.
Carl de Souza Agence France-Presse Le président Luiz Inacio Lula da Silva s’est réuni lundi matin avec les présidents du Sénat, de la Chambre des députés et de la Cour suprême au palais présidentiel du Planalto, l’un des trois lieux saccagés la veille.

Le chef de l’État, Lula, et ceux du Congrès et de la Cour suprême ont affirmé avec force le besoin de démocratie au Brésil, au lendemain des invasions et des saccages de trois lieux de pouvoir emblématiques de Brasília par des bolsonaristes déchaînés.

Des campements de radicaux qui rejettent toujours la victoire de Luiz Inacio Lula da Silva plus de deux mois après son élection ont été démantelés par les forces de l’ordre, qui ont aussi procédé à de nombreuses arrestations, signant une reprise en main après les scènes de chaos la veille.

Au même moment, l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro a été hospitalisé pour des douleurs abdominales, a annoncé son épouse Michelle sur Instagram. Selon plusieurs médias brésiliens, il a été admis dans un hôpital proche d’Orlando, dans le sud-est des États-Unis.

Bolsonaro était parti en Floride deux jours avant l’investiture de Lula le 1er janvier, se refusant à remettre l’écharpe présidentielle à celui dont il n’a jamais digéré la victoire acquise sur le fil.

Lula s’est réuni avec les présidents du Sénat, de la Chambre des députés et de la Cour suprême au palais présidentiel du Planalto, l’un des trois lieux vandalisés la veille. Ils ont signé une déclaration commune « en défense de la démocratie » publiée sur le compte Twitter du chef de l’État de gauche.

« Les Pouvoirs de la République, garants de la démocratie et de la Constitution de 1988 rejettent les actes terroristes, de vandalisme, criminels et putschistes qui se sont produits hier à Brasília », dit la déclaration. « La société a besoin de […] sérénité […], de paix et de démocratie. ».

Dimanche, des centaines de sympathisants de Jair Bolsonaro ont lancé des assauts quasi simultanés contre le palais présidentiel du Planalto, le Congrès et la Cour suprême.

Il a fallu près de quatre heures à des forces de l’ordre mal préparées pour les évacuer. Ces événements ont semblé être la copie brésilienne de l’invasion du Capitole à Washington en janvier 2021 par des sympathisants de l’ex-président défait Donald Trump, allié et modèle de Bolsonaro.

« Failles » et conséquences

« Les putschistes responsables de la destruction des propriétés publiques à Brasília seront punis », a lancé Lula.

Dès dimanche soir, quelque 300 émeutiers ont été arrêtés. Et lundi matin, au moins 1200 bolsonaristes qui occupaient un campement au coeur de Brasília ont été arrêtés à leur tour, lorsque la police militaire et l’armée ont démantelé leur campement.

Installés depuis plus de deux mois, ils réclamaient une intervention militaire pour empêcher l’accession de Lula au pouvoir. Ce campement a fourni le gros des effectifs des assaillants dimanche.

D’autres campements installés à Rio de Janeiro et São Paulo (sud-est) ont été démantelés lundi, ont rapporté des journalistes de l’AFP-TV.

Photo: Eraldo Peres Associated Press Des bolsonaristes ont ouvertement réclamé une intervention militaire pour déloger le président Lula du pouvoir.

« Maintenant que l’ordre a été donné, on n’a plus le choix, c’est un ordre des forces armées et de la police », a déclaré à l’AFP Carlos Silva, à São Paulo.

Dès dimanche soir, le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes a suspendu pour 90 jours de ses fonctions le gouverneur du district de Brasília, Ibaneis Rocha, qui venait de présenter ses excuses dans une vidéo pour « les failles » de la sécurité ayant permis les saccages.

Patrimoine à la « valeur inestimable »

Les émeutiers ont provoqué des dégâts considérables dans les trois immenses palais, des trésors de l’architecture moderne signés Oscar Niemeyer. Des oeuvres d’art du patrimoine national d’une valeur inestimable ont été endommagées.

La première dame du Brésil, Rosangela da Silva, s’était déjà plainte de l’état dans lequel avait été laissée la résidence présidentielle de l’Alvorada par les époux Bolsonaro.

« Je ne suis pas d’accord avec ce qui s’est passé », dit à l’AFP-TV Ionar Bispo, un habitant de Brasília de 43 ans. « On peut manifester, mais sans mettre à sac notre patrimoine. »

La Confédération brésilienne de football (CBF) a récusé lundi sur Twitter l’utilisation du maillot de la sélection nationale porté par les bolsonaristes « dans des actes antidémocratiques et de vandalisme ».

« Victoire volée »

Six heures après les assauts, Bolsonaro avait finalement condamné du bout des lèvres « les déprédations et invasions de bâtiments publics », tout en niant toute responsabilité alors que Lula l’avait accusé d’avoir encouragé les « fascistes ».

« Même en étant, lâchement, à 6100 km de la capitale brésilienne », a écrit Miriam Leitão, éditorialiste du quotidien O Globo, Bolsonaro « est le principal responsable de ce qui s’est passé hier à Brasília, en raison de son travail [de sape] quotidien, constant pendant quatre ans ».

L’ex-président n’a cessé de remettre en cause le processus électoral, appuyé par une désinformation massive sur les réseaux sociaux. Nombre de ses supporters restent persuadés que la victoire lui a été volée — comme ceux de Trump aux États-Unis.

Bolsonaro hospitalisé aux États-Unis

Jair Bolsonaro a été hospitalisé et « est en observation » pour « des problèmes abdominaux », a annoncé lundi son épouse Michelle, après des informations de médias brésiliens sur une admission de l’ex-président brésilien dans un hôpital de Floride, aux États-Unis.

Dans son message sur Instagram, Michelle Bolsonaro n’a toutefois pas précisé le lieu d’hospitalisation de son époux, qui a quitté le Brésil deux jours avant la fin de son mandat le 31 décembre. Plusieurs médias brésiliens avaient annoncé auparavant que l’ex-président avait été hospitalisé à Orlando, en Floride (sud-est des États-Unis). Il aurait été admis à l’hôpital AdventHealth Celebration en raison de « fortes douleurs abdominales », a ainsi rapporté le quotidien O Globo.

Bolsonaro, 67 ans, garde de graves séquelles de l’attentat à l’arme blanche qui a failli lui coûter la vie en septembre 2018, juste avant son élection à la présidence. Occlusions, sub-occlusions ou adhérences intestinales : il a été hospitalisé en urgence une demi-douzaine de fois et réopéré six fois depuis la fin 2018.



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