La transition débute et les manifestations s’estompent au Brésil

Plusieurs jours de manifestations contre le retour au pouvoir de l’ancien président Lula (2003-2010) ont eu lieu au Brésil.
Sergio Lima Agence France-Presse Plusieurs jours de manifestations contre le retour au pouvoir de l’ancien président Lula (2003-2010) ont eu lieu au Brésil.

La transition était lancée jeudi entre le gouvernement de Jair Bolsonaro et celui que Luiz Inácio Lula da Silva (Lula) est appelé à former au Brésil, où le nombre des barrages routiers érigés par des fidèles du président contestant sa défaite électorale avait fortement diminué.

L’équipe du chef de l’État élu de gauche Luiz Inácio Lula da Silva devait se réunir avec les représentants du dirigeant d’extrême droite jeudi après-midi, une rencontre qui fait suite à plusieurs jours de manifestations contre le retour au pouvoir de l’ancien président Lula (2003-2010).

Dans la matinée, le nombre des barrages routiers avait nettement baissé, après l’appel la veille au soir de Jair Bolsonaro à ses sympathisants, dans une vidéo diffusée sur Twitter.

La police fédérale de la route (PRF) n’en recensait plus que 74 jeudi matin dans huit États (sur 27), contre 250 sur l’ensemble du territoire mardi au moment du pic. Le mouvement, qui a déjà créé des pénuries dans un pays très dépendant du transport routier, semblait s’essouffler.

« Je vous lance un appel : débloquez les routes. Cela ne me paraît pas faire partie des manifestations légitimes », a dit mercredi soir le chef de l’État battu d’une courte tête par Lula dimanche dernier.

« D’autres manifestations qui se sont déroulées dans tout le Brésil, dans d’autres endroits, font partie du jeu démocratique, elles sont les bienvenues », a-t-il toutefois ajouté. « Je suis avec vous et je suis sûr que vous êtes avec moi. »

Jair Bolsonaro a reconnu à demi-mot sa défaite, rompant mardi un lourd silence de deux jours pour dire qu’il « respecterait » la Constitution et signifier qu’il avait donné le feu vert à la transition avec son successeur et ennemi juré, Lula.

Mais son allocution cautionnant des « manifestations légitimes » avait été reçue comme un signal clair d’encouragement par les milliers de ses partisans qui se sont rassemblés mercredi devant des lieux de commandement militaire pour réclamer une intervention de l’armée à la suite de la défaite de leur chef de file.

« Dictature communiste »

Selon le site Internet d’informations UOL, il y a eu des manifestations en faveur d’une intervention de l’armée devant des bâtiments militaires de 11 États.

Dans l’État méridional de Santa Catarina, qui a voté majoritairement pour M. Bolsonaro, des saluts nazis ont été filmés pendant ces manifestations.

À Rio de Janeiro, jeudi matin, il ne restait qu’une dizaine d’irréductibles devant une caserne militaire, dont certains avaient passé la nuit sous des tentes.

« Je pense que nous allons avoir une dictature communiste » avec Lula, a raconté à l’Agence France-Presse Jessica dos Santos Ferreira, 31 ans.

« C’est un voleur, ce n’est pas un exemple pour mon fils de 11 ans », a ajouté cette entrepreneuse noire, qui s’est dite prête à rester sur place jusqu’à l’intervention de l’armée.

À Brasília, le vice-président de Lula, le centriste Geraldo Alckmin, devait retrouver jeudi après-midi le directeur de cabinet du chef d’État d’extrême droite, Ciro Nogueira, pour amorcer la transition.

M. Alckmin, qui a été le gouverneur de São Paulo (sud), est chargé de coordonner le processus devant mener à la passation des pouvoirs et a déjà eu des contacts avec le gouvernement sortant.

Gleisi Hoffmann, la présidente du Parti des Travailleurs (PT) cofondé par Lula, et le coordinateur du programme de gouvernement de l’icône de la gauche, Aloizio Mercadante, devaient également participer à la rencontre, selon CNN Brésil.

Jeudi matin, des représentants de la Cour des comptes (TCU) se sont réunis à huis clos avec le ministre de l’Économie Paulo Guedes, un pilier du gouvernement Bolsonaro, et M. Nogueira pour échanger sur la transition.

« Il y a une grande réceptivité de la part de l’équipe du gouvernement actuel, qui veut fournir les informations. Je crois que [la transition] va se faire de manière sereine et tranquille », a déclaré Antonio Anastasia, du TCU, cité par le quotidien Folha de S.Paulo, à l’issue de cette rencontre.

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