Haïti: épauler les femmes agricultrices

Pascaline David
Collaboration spéciale
Le Comité de solidarité Trois-Rivières appuie deux organisations haïtiennes avec lesquelles il partage une vision commune d’une société solidaire, égalitaire, équitable, écologique et pacifique.
Photo: Photo fournie par CS3R Le Comité de solidarité Trois-Rivières appuie deux organisations haïtiennes avec lesquelles il partage une vision commune d’une société solidaire, égalitaire, équitable, écologique et pacifique.

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

Dans un contexte de crise alimentaire et de forte instabilité sociopolitique en Haïti, deux organismes haïtiens luttent pour continuer à promouvoir une agriculture paysanne féminine adaptée aux changements climatiques. Depuis plus de 20 ans, le Comité de solidarité Trois-Rivières (CS3R) s’efforce de les appuyer pour défendre les droits de la personne, l’amélioration des conditions de vie et la réduction des injustices dans le pays le plus pauvre de l’hémisphère nord.

Dans les montagnes du nord-est de Haïti, l’Institut de recherche et d’appui technique en aménagement du milieu (IRATAM) oeuvre au développement de l’agroforesterie et à l’autonomisation des collectivités. Il poursuit courageusement ses activités en partenariat avec le CS3R, dans un projet de soutien à des réseaux de femmes membres de coopératives agricoles. « Haïti est déboisé à 80 % de son territoire, et la sécheresse est importante, souligne Annie Lafontaine, agente en coopération internationale. Il fallait trouver des moyens pour soutenir une agriculture durable. » Des formations, de l’accompagnement technique et financier ainsi que des activités de mobilisation sont mises en place.

Par exemple, des pompes hydrauliques à pédales nécessitant moins d’eau sont installées sur les exploitations. L’approche des « jardins maisons » est également favorisée. Ces parcelles où sont érigées les résidences familiales sont plus souvent contrôlées par les femmes, de par leur proximité, et comportent bien des atouts. Elles permettent une agriculture sur plusieurs strates comprenant gingembre, safran, taro, topinambours, bananes et autres ignames. « L’idée du projet était aussi de réintroduire la production de café, dont l’arbre dit de couverture permettant de préserver le territoire », ajoute Annie Lafontaine.

Dans cette même optique, l’organisation Kay Fanm travaille main dans la main avec l’IRATAM et le CS3R. Elle lutte pour la justice sociale, les droits des femmes et l’autonomisation économique des agricultrices dans la région des Nippes, très affectée par le séisme de 2021. En apprenant à générer et à contrôler des ressources suffisantes de manière durable, les participantes tentent d’améliorer leur production et leurs revenus. Des séances d’éducation sur les violences faites aux femmes et les façons de les dénoncer sont tenues dans la mesure du possible.

« Les femmes ont toujours été présentes en agriculture, mais ont rarement reçu l’appui nécessaire », soutient Annie Lafontaine. Les organismes oeuvrent à faciliter leur travail et à en faire de véritables cheffes d’exploitation, alors qu’elles ont longtemps été considérées comme des aides occasionnelles. Un mandat complexifié par l’instabilité politique et la violence qui sévissent dans le pays.

Une crise sans précédent

 

L’opposition politique insiste actuellement sur le départ sans condition de l’impopulaire premier ministre Ariel Henry, une situation lourde de conséquences. « On assiste […] à une remontée de l’insécurité avec des kidnappings, des assassinats, des viols, témoigne Elitien Saint-Preux, coordonnateur des programmes de l’IRATAM sur le terrain. Le climat d’insécurité a provoqué la peur et un ralentissement des activités. » Il s’inquiète également de la crise alimentaire que subit la population, avec l’augmentation du taux d’inflation et la dépréciation de la monnaie nationale.

La pénurie récurrente de carburant, l’insécurité sur les routes, les pertes importantes de récoltes, le ralentissement des activités économiques et la misère générale, pour ne citer que quelques causes, ont provoqué d’importants retards dans les projets des organismes locaux. « On est obligés de réviser notre plan stratégique et nos horaires afin de garder le contact avec le groupe de base que nous appuyons et le personnel », affirme M. Saint-Preux.

Pour le CS3R, il est donc fondamental de continuer à soutenir ses partenaires pour subvenir à tous les besoins de base, mais aussi pour poursuivre un long processus de transformation vers une société plus respectueuse des droits de la personne et de l’environnement.

Double dette

Crise après crise, Haïti semble être un pays maudit. Une explication plus rationnelle s’impose, celle de la « double dette » des descendants d’esclaves qui ont payé des réparations aux héritiers de leurs anciens maîtres. Dans une récente enquête, le New York Times a calculé ces sommes, rappelant qu’en 1825, Haïti a été contraint de payer des millions de francs français à la France en échange de la reconnaissance de sa souveraineté. « Voyez le sort fait à la République de Haïti, née en 1804 d’une invincible audace, celle de 500 000 esclaves insurgés, déterminés à s’affranchir par eux-mêmes […] pour fonder un nouveau pays, celui de leur liberté et de leur dignité, écrivait dans La Presse Michaëlle Jean, ex-gouverneure générale du Canada. L’enquête du New York Times fait la démonstration de ce que Haïti aurait pu réaliser en matière de développement économique, de construction d’infrastructures, de services éducatifs et de santé, si cet argent n’avait pas été envoyé aux anciens esclavagistes. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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