Lula détrône Bolsonaro

L’ex-président Lula a remporté dimanche soir le second tour des élections brésiliennes. En détrônant le président sortant d’extrême droite, Jair Bolsonaro, l’icône de la gauche ravive l’« espoir » des Brésiliens pour leur pays en crise.

Luiz Inácio Lula da Silva a remporté 50,90 % des voix, devant Jair Bolsonaro, à 49,10 %, a annoncé en soirée le Tribunal supérieur électoral (TSE), sur la base du dépouillement de 99,99 % des bureaux de vote. C’est l’écart le plus serré entre deux finalistes de la présidentielle depuis le retour à la démocratie, en 1985.

À 77 ans, le chef de file du Parti des travailleurs (PT), qui avait connu la prison pour corruption d’avril 2018 à novembre 2019 avant de voir ses condamnations annulées par la justice, fera officiellement son retour au sommet de l’État le 1er janvier 2023.

On a vécu des moments terribles avec le gouvernement de Bolsonaro. 

 

L’ancien sidérurgiste s’est toujours dit victime d’un complot politique, qui a permis à Bolsonaro d’être élu à la présidence en 2018, alors qu’il en était le grand favori. « Ça fait des années qu’on attend que Lula se présente, a dit Ramos Dos Santos. À chaque fois, ils lui mettaient des bâtons dans les roues pour qu’il n’arrive pas à la présidentielle, mais là, il n’y a rien contre lui. »

Devant le collège Dawson à Montréal, où les ressortissants ont été appelés à voter, M. Dos Santos porte comme cape une serviette ornée du portrait de Lula. Devant le bureau de vote, la majorité des personnes arbore fièrement des chandails, manteaux, casquettes ou lunettes de couleur rouge, symbole de ralliement au PT.

« Lula, c’est l’histoire qui parle pour lui. […] C’est lui qui a remis le Brésil parmi les meilleurs pays au monde en termes d’industrie, de social, tout. Il y avait une certaine pauvreté qui n’existait pas, qu’on ne voyait pas avant, et qui est apparue avec Bolsonaro », a estimé M. Dos Santos.

Photo: Bruna Prado Associated Press

Des partisans de Lula célèbrent sa victoire dans les rues de Rio de Janeiro.

Assis sur un banc, Priscila Sanches, Roberta Carneiro, Caina Souza et Guilherme Sperb ont tous les quatre choisi Lula. Ils ont voté pour un « candidat qui se concentre vraiment sur l’amélioration du pays » face à un autre qui a une « approche basée sur la violence ».

Dure semaine pour Bolsonaro

 

Outre son ton rassembleur, Lula a pu compter sur les ratés de Bolsonaro entre le premier et le second tour. « Cette dernière semaine a été plutôt catastrophique pour Bolsonaro », a commenté le professeur agrégé de science politique à la Western University, en Ontario, Mathieu Turgeon. L’ancien député fédéral Roberto Jefferson, « une figure assez associée au bolsonarisme, a réagi à une arrestation à son domicile en tirant avec ses armes et en lançant des grenades sur les policiers qui allaient le chercher », un geste « qui a beaucoup aidé à nourrir l’image que Bolsonaro, et le bolsonarisme en général, sont associés à la violence », selon le professeur.

Parmi les autres frasques du Parti de la République (PL) figure la « déclaration économique du ministre de l’Économie, Paulo Guedes, sur la non-indexation du salaire minimum », une « pratique instaurée depuis très longtemps au Brésil ».

Le PT « veut récupérer un peu l’image qu’il avait réussi à créer, c’est-à-dire l’image d’un parti qui s’occupait des pauvres, qui avait réussi à réduire les inégalités, à réduire la faim, à donner un accès plus facile à l’éducation pour des gens qui ont, historiquement, toujours été exclus de la société, donc un programme très inclusif. »

Photo: Silvia Izquierdo Associated Press

Des partisans de Bolsonaro fondent en larme après l’annonce de la défaite

de leur favori à l’élection présidentielle.

« Beaucoup de gens n’ont pas voté nécessairement pour le projet Lula, mais ont voté pour un projet démocratique, parce qu’ils ont eu peur de ce qui était en train de se passer avec Bolsonaro, de l’effritement de la démocratie », a jugé le professeur.

« J’ai beaucoup d’espoir aujourd’hui qu’on puisse changer le Brésil, qu’on renouvelle [son] monde politique, a confié Felipe Dias dimanche après-midi, devant le collège Dawson à Montréal, où les ressortissants brésiliens étaient appelés à voter. On a vécu des moments terribles avec le gouvernement de Bolsonaro. »

La victoire de Lula ne signifie toutefois pas de changements soudains, a prévenu M. Turgeon. « Les choses ne vont pas changer du jour au lendemain, même avec Lula comme président. Il y a une base bolsonariste très importante au Sénat, mais aussi à la Chambre des représentants. Et depuis cette dernière décennie, le congrès brésilien est plus puissant qu’il ne l’a jamais été. Ce n’est plus juste une institution qui finit par respecter les volontés du président. Le Congrès, aujourd’hui, se veut comme un acteur aussi important en politique. »

Inflation, isolement international, réticence aux vaccins promue par Bolsonaro, déforestation de l’Amazonie, manque d’accès à l’éducation : le nouveau président hérite d’un pays « complètement en crise », selon le chercheur. « Lula est élu, mais la tâche ne fait que commencer, et elle est monstrueuse. »

Pas la fin du bolsonarisme

 

L’élection du PT ne signifie pas non plus la fin du bolsonarisme, selon M. Turgeon. « Le bolsonarisme représente bien sûr un très fort sentiment anti-PT, mais aussi un mouvement conservateur, qui touche tous les enjeux liés aux mœurs. Les questions de l’avortement, de l’orientation sexuelle, du mariage homosexuel, ce sont des enjeux que la société brésilienne a encore beaucoup de réticence à accepter. Et ce mouvement-là arrive à capter cette question conservatrice plus que n’importe quel autre parti. » Si ce n’est pas Bolsonaro qui reste à la tête de ce mouvement, le professeur assure qu’il pourra trouver un remplaçant.

Photo: Bruna Prado Associated Press

L’ancien président brésilien Jair Bolsonaro, lors de son passage au bureau de vote dimanche.

Maintenant privé de ses « droits politiques », le président sortant pourrait faire face à plusieurs accusations judiciaires, notamment en raison d’un possible « enrichissement illicite et des décisions anticonstitutionnelles », a indiqué M. Turgeon. « Au Brésil, quand on a des droits politiques, on a une protection incroyable contre la justice, parce qu’on ne peut que se faire juger par l’instance suprême du pays. Mais en devenant un citoyen commun, [Bolsonaro] pourrait être jugé par d’autres cours, de plus bas niveau. »

Avec l’Agence France-Presse

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