Inquiétudes autour d’une possible intervention militaire en Haïti

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, et son homologue américain, Antony Blinken
Jacques Nadeau Le Devoir La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, et son homologue américain, Antony Blinken

L’option qu’une force internationale soit déployée en Haïti pour aider les autorités face aux gangs fait réagir et suscite une certaine inquiétude au sein de la diaspora à Montréal.

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, poursuivait sa visite en sol canadien et était de passage vendredi à Montréal en compagnie de la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly. Leur visite au marché Jean-Talon en matinée a été perturbée par des manifestants. « Non à toute intervention militaire étrangère en Haïti », pouvait-on lire sur une pancarte.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’un des manifestants au marché Jean-Talon

L’homologue de Mélanie Joly cherche à convaincre Ottawa de mener une force d’intervention internationale, alors que le Canada évalue ses options avant de prendre une décision sur la meilleure marche à suivre. Une équipe a été envoyée sur place pour en savoir plus sur la situation sécuritaire, le niveau d’organisation de la police locale et la situation humanitaire dans le pays.

« Certaines appréhensions »

Mélanie Joly et Antony Blinken se sont ensuite rendus à la Biosphère sur l’île Sainte-Hélène. C’est Martine St-Victor, membre de la diaspora haïtienne à Montréal, qui animait l’événement et une période de questions avec, notamment, des étudiants de l’Université de Montréal. « Que dites-vous aux Haïtiens et aux membres de la diaspora pour les rassurer ? a-t-elle demandé d’entrée de jeu aux deux politiciens. Je pense qu’il y a certaines appréhensions par rapport à l’opération qu’on verra sous peu sur le terrain. »

En réponse, la ministre Joly a souligné que la situation dans le pays est « catastrophique » et qu’une crise sécuritaire et humanitaire secoue le pays. « Le pays est paralysé depuis 40 jours, a-t-elle dit. Notre but, c’est d’aider, ce n’est pas d’intervenir et d’imposer. Notre but, c’est d’aider, parce qu’on a une obligation d’aider », a-t-elle insisté. La ministre a ensuite dit « entendre » les préoccupations de la diaspora haïtienne à Montréal et s’est dite prête à travailler avec la communauté « pour entendre leur point de vue ».

« Le Canada est le meilleur ami d’Haïti qui peut aider, mais on doit s’assurer qu’il y a des forces régionales d’impliquées », a-t-elle ajouté, en soulignant que de l’équipement a été envoyé dans le pays.

Mettre fin à l’insécurité

De son côté, Antony Blinken a insisté sur le fait que « des membres [de gang] sont connectés à des élites qui les dirigent, qui les financent et que l’État ne contrôle pas ». Il a indiqué que des sanctions seront par conséquent imposées aux élites. « Il faut faire plus pour soutenir la police et les forces haïtiennes pour ramener le contrôle, a-t-il ajouté. Nous voulons une transition politique et, éventuellement, des élections. Mais comment avoir des élections quand le peuple haïtien ne peut même pas circuler ? Il faut résoudre ce problème d’insécurité », a-t-il lancé.

Vendredi midi, à Winnipeg, le premier ministre Justin Trudeau et la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, n’ont par ailleurs pas exclu d’envoyer des troupes canadiennes lorsque questionnés à ce sujet.

« Avant d’établir une quelconque mission, nous devons avoir un plan d’action clair, un niveau de soutien de la part du peuple haïtien, du gouvernement et des partis d’opposition, et un consensus sur comment nous pouvons nous assurer qu’en aidant le peuple haïtien, nous lui assurons un avenir plus solide à court, moyen et long termes », a affirmé Justin Trudeau.

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