Le Canada et les États-Unis débarquent en Haïti en proie au chaos

L’ONU rapporte qu’environ 60% de Port-au-Prince, la capitale du pays, est contrôlée par des gangs.
Photo: Richard Pierrin Agence France-Presse L’ONU rapporte qu’environ 60% de Port-au-Prince, la capitale du pays, est contrôlée par des gangs.

Des avions militaires américains et canadiens ont atterri sur le tarmac de Port-au-Prince cette fin de semaine pour livrer des véhicules blindés aux forces de police locale. Lundi, le premier ministre d’Haïti demande au Conseil de sécurité de l’ONU un appui encore plus fort de ses alliés afin de stabiliser son pays en proie au chaos.

Depuis que Haïti a annoncé en septembre la fin des subventions sur le prix de l’essence, le pays souffre d’émeutes, de pillages et de manifestations.

Cette mesure réclamée par le FMI doit permettre de dégager des fonds pour le budget de l’État haïtien. Couper court à de telles subventions nuit aussi aux gangs de rue. Ces derniers achetaient régulièrement le pétrole subventionné et vendu dans la rue pour le revendre ailleurs en encaissant un profit.

Depuis, ces gangs ont fait main basse sur le plus gros terminal pétrolier de Port-au-Prince. Ils y sont entrés de force à deux reprises la semaine dernière pour y voler chaque fois des milliers de litres de carburants, selon les communications officielles du terminal Varreux.

Par ailleurs, l’ONU rapporte qu’environ 60 % de la capitale du pays est contrôlée par ces gangs armés.

Face à ce chaos, le premier ministre et président par intérim, Ariel Henry, a demandé l’aide de la communauté internationale pour qu’une « force spécialisée armée » aide à pacifier son pays. Ce recours aux pays étrangers est cependant vu comme une « occupation » par certains Haïtiens. Des appels à la « mobilisation générale » circulent largement sur les réseaux sociaux.

Le Canada a répondu à cette demande officielle en ouvrant un « nouveau projet » de 10 millions de dollars sur cinq ans. En plus de livrer de véhicules achetés par le gouvernement haïtien, le Canada formera des policiers sur place.

Le Canada a déjà investi plus de 225 millions de dollars dans la sécurité en Haïti depuis 1995.

La tempête parfaite

 

« Je n’ai jamais vu Haïti dans cette situation », témoigne en entrevue au Devoir l’ancien ambassadeur du Canada en Haïti Gilles Rivard. Jamais le « chaos social » n’a pris une telle ampleur depuis qu’il y a mis les pieds pour une première fois en 1995.

Pour cause, le président a été assassiné il y a un an et demi. La personne responsable de nommer son successeur est morte de la COVID-19 trois semaines avant ce meurtre. L’actuel président par intérim n’a jamais été assermenté. Les membres du Sénat ne sont plus nommés. Bref, « il n’y a plus de loi en Haïti, il n’y a pas de Parlement, il y a un trou béant » dans la sphère politique. Même après le terrible tremblement de terre, « au moins il y avait un premier ministre, un président, une Chambre des députés et un Sénat ».

Peu de chances subsistent selon lui pour que des troupes canadiennes, américaines ou autres débarquent en Haïti. L’aide internationale risque ainsi de se limiter à de l’aide humanitaire et à de l’armement livré à la police nationale haïtienne.

« Envoyer des forces en Haïti, que ça soit sous le couvert des Nations Unies ou des drapeaux nationaux, on sait quand on les envoie, mais on sait jamais quand on les rapatrie », souligne-t-il.

Pour enrayer cette « tempête parfaite », le pays devra tracer « une feuille de route » vers des élections, selon lui. « Mais il faut savoir où on s’en va. Actuellement, ça se fait à l’aveugle, d’une certaine façon », observe Gilles Rivard.

Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à propos d’Haïti est prévue vendredi.

Résurgence du choléra

 

Autre malheur pour les Haïtiens : une épidémie de choléra circule sur l’île. L’infection se transmet par les eaux contaminées et peut entraîner une diarrhée sévère et de la déshydratation.

Plus de 600 cas et 35 décès ont été répertoriés depuis le début du mois d’octobre par l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS).

La dernière épidémie de choléra avait sévi jusqu’en 2019 et avait fait plus de 10 000 morts. La bactérie avait été introduite par des Casques bleus en 2010. Le pays était sur le point d’être déclaré exempt de cette maladie, selon l’OPS. Près de 100 000 enfants de moins de cinq ans souffrent déjà de malnutrition aiguë et sont vulnérables au choléra.

Avec l’Agence France-Presse

Un monument de la musique haïtienne s’éteint

Un malheur plus personnel s’est abattu sur la nation haïtienne, samedi soir. Le chanteur Mikaben, grande vedette de musique haïtienne, est subitement décédé d’un arrêt cardiaque alors même qu’il se produisait sur scène à Paris.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont pu confirmer que le chanteur s’est brutalement effondré après avoir interprété un morceau. L’artiste, de son vrai nom Michael Benjamin, est ainsi mort à l’âge de 41 ans.

« C’est une grande référence de la musique haïtienne qui vient de s’éteindre. Le pays et la jeunesse haïtienne ont perdu une belle âme », a écrit sur Twitter dimanche le premier ministre haïtien, Ariel Henry.

Dès samedi soir, les stations de radio et les discothèques en Haïti ont commencé à faire tourner en boucle les chansons de l’artiste, diffusant des émissions spéciales pour lui rendre hommage.

Jean-Louis Bordeleau


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