Lula remporte le premier tour

De longues files d’attente se sont formées devant les bureaux de vote dimanche dès le début de la matinée, comme dans le quartier de Mare, à Rio de Janeiro.
Photo: Matias Delacroix Associated Press De longues files d’attente se sont formées devant les bureaux de vote dimanche dès le début de la matinée, comme dans le quartier de Mare, à Rio de Janeiro.

L’ancien président Lula est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle brésilienne dimanche, talonné par le président sortant, Jair Bolsonaro. Un deuxième tour aura lieu le 30 octobre pour les départager.

Luiz Inácio Lula da Silva, icône de la gauche brésilienne, a remporté 48,12 % des voix, devant le président sortant d’extrême droite, à 43,47 %, a annoncé en soirée le Tribunal supérieur électoral (TSE), sur la base du dépouillement de 98,61 % des bureaux de vote.

« Avec ces données-là, Lula va l’emporter au second tour », commente Graciela Ducatenzeiler, professeure honoraire au Département de science politique de l’Université de Montréal. Selon elle, les 7,24 % des voix qui sont allées aux deux partis suivant Lula et Bolsonaro reviendront à Lula.

Ellen Andrino Azambuja, une étudiante brésilienne habitant Montréal depuis un an, dit ne se sentir représentée par aucun des deux candidats. Au second tour, elle devra malgré tout faire un choix, car « voter pour quelqu’un d’autre, c’est comme ne pas participer ».

La professeure de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney Deborah Barros Leal Farias voit elle aussi Lula vainqueur de ces élections. « La question, au second tour, c’est de savoir qui a le plus haut taux de rejet. Les sondages ont montré que Bolsonaro connaît des temps plus difficiles que Lula. Environ 50 % des répondants disent qu’ils ne voteraient jamais pour Bolsonaro, tandis que pour Lula, c’est 40 %. »

« Toute la gestion de Bolsonaro a été désastreuse. Comment il a géré la pandémie, comment il a géré l’économie, ses valeurs, qui sont ultra à droite, tout ça joue contre lui, ajoute-t-elle. Face à Bolsonaro, le moindre mal, c’est toujours le parti des Travailleurs » de Lula.

Malgré un bilan « désastreux », le président sortant a mieux résisté que prévu, alors que les sondages le disaient traînant loin derrière Lula dans les intentions de vote (36 % contre 50 %).

« Je pense que c’est l’élection la plus spectaculaire que l’on ait jamais eue, confie Mme Barros Leal Farias, les yeux rivés sur les résultats. C’est la première fois qu’on a deux anciens présidents. Il n’y a pas de surprise. Les électeurs savent à quoi leur mandat ressemblerait. »

Lula, un espoir vain ?

Un retour de Lula au pouvoir ne signifierait pas une stabilisation immédiate de la situation au Brésil. « Il faut dire que la situation économique mondiale n’était pas la même à l’époque où il a gouverné que celle qu’il trouverait maintenant », avance Mme Ducatenzeiler. « Il va falloir qu’il prenne des mesures très dures, même pour les personnes qui l’ont appuyé. »

La chercheuse ajoute que Lula, lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2003, a hérité d’un « pays qui était en ordre économiquement et politiquement. Actuellement, il hérite du pays de Bolsonaro, qui est tout à fait en désordre. »

Lula placerait toutefois le Brésil sur l’échiquier international, en restaurant les relations avec les autres pays, qui ont été complètement négligées par Bolsonaro, estiment les deux chercheuses.

Deux incertitudes pesaient sur cette journée électorale : Lula pourrait-il être élu à un 3e mandat de président dès le premier tour et Bolsonaro contesterait-il le résultat, comme il avait menacé de le faire depuis des mois.

« Si les élections sont propres, aucun problème. Que le meilleur gagne ! » avait déclaré le président Bolsonaro en votant dimanche matin à Rio de Janeiro.

Agacé par les questions insistantes de la presse, Bolsonaro, vêtu du maillot jaune et vert de l’équipe nationale de football sous lequel il portait un gilet pare-balles, n’avait pas voulu dire clairement s’il reconnaîtrait le résultat.

Mais le président du TSE, Alexandre de Moraes, a assuré que le vote se déroulait « sans problème », et a tenu à « réaffirmer la fiabilité et la transparence » du système d’urnes électroniques, moult fois critiqué par Jair Bolsonaro.

« On a tendance à penser que, dans les pays en développement, [les élections se passent mal]. Et je pense que le Brésil est un exemple fascinant de cette division artificielle que l’on fait entre les pays développés et ceux en développement. C’est l’un des systèmes de vote les plus développés et transparents », note Mme Barros Leal Farias.

Selon elle, le fait que Bolsonaro ait été en tête des résultats pendant une bonne partie du dépouillement rend très difficile pour le président sortant d’appeler à la fraude.

Le scrutin auquel 156 millions d’électeurs avaient été appelés s’est apparemment déroulé sans violences dans le plus grand pays d’Amérique latine.

Avec l’Agence France-Presse

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