Toujours aucune trace du journaliste britannique et de l’expert brésilien en Amazonie

Le journaliste indépendant Dom Phillips, photographié ici en novembre 2019 au Brésil. 
Photo: Joao Laet Agence France-Presse Le journaliste indépendant Dom Phillips, photographié ici en novembre 2019 au Brésil. 

L’inquiétude montait mardi, deux jours après la disparition dans une région reculée d’Amazonie d’un journaliste britannique et d’un spécialiste brésilien des peuples autochtones, lors d’une expédition qualifiée « d’aventure peu recommandable » par le président Jair Bolsonaro.

Le journaliste indépendant Dom Phillips, 57 ans, collaborateur régulier du quotidien The Guardian, qui faisait des recherches pour un livre dans la Vallée de Javari, et Bruno Araujo Pereira, 41 ans, spécialiste reconnu des peuples indigènes, n’ont plus été vus depuis dimanche matin.

Ils avaient « reçu des menaces sur le terrain la semaine [précédant] leur disparition », ont révélé dans un communiqué l’Union des organisations indigènes de la Vallée Javari (Univaja) et l’Observatoire pour les droits humains des peuples indigènes isolés et récemment contactés (OPI).

La Police fédérale et la Marine ont repris leurs recherches mardi matin, cette dernière avec un hélicoptère, deux embarcations et un scooter nautique, a rapporté la presse. Le gouvernement de Brasilia, se disant « très préoccupé » dans un communiqué, a assuré que la police faisait tout « pour les localiser au plus vite ».

Située dans l’ouest de l’Amazonie, près du Pérou, la Vallée de Javari est très difficile d’accès et abrite des tribus souvent totalement isolées. Cette région connaît une escalade de la violence armée en raison de la présence de mineurs, d’orpailleurs ou de chasseurs clandestins.

« Deux personnes dans un bateau, dans une région comme celle-là, complètement sauvage, est une aventure qui n’est pas recommandable. Tout peut arriver », a déclaré le président brésilien dans un entretien accordé à la chaîne Sbt News.

« C’est peut-être un accident, ils ont peut-être été exécutés », a poursuivi le président Bolsonaro qui « prie Dieu qu’ils soient retrouvés le plus rapidement possible ». « Les forces armées travaillent dur dans la région », a-t-il assuré.

« Chaque minute compte »

Selon l’Univaja et l’OPI, les deux hommes ont quitté Atalaia do Norte, dans l’État d’Amazonas, pour interviewer des habitants autour d’une base de la Funai — l’organisme gouvernemental chargé des peuples autochtones —, et ont rejoint le lac Jaburu vendredi soir.

Ils ont ensuite pris le chemin du retour dimanche matin, mais ne sont pas revenus comme prévu à Atalaia do Norte.

Ils ont fait un arrêt dans la communauté de Sao Rafael, où Bruno Pereira avait prévu un rendez-vous avec le chef local afin d’évoquer la question des patrouilles indigènes pour combattre les « invasions » de terres, de plus en plus fréquentes sous le gouvernement de Jair Bolsonaro.

Le chef local n’arrivant pas, ils ont décidé de rentrer à Atalaia do Norte, à deux heures de bateau. Ils ont été vus pour la dernière fois juste en aval de Sao Rafael.

La police fédérale a confirmé à l’Agence France-Presse que les deux derniers hommes à avoir vu Phillips et Pereira avaient été interrogés lundi soir, puis relâchés.

« Chaque minute compte […] nous appelons les autorités brésiliennes à faire tout leur possible », a imploré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux depuis le Royaume Uni la sœur du journaliste, Sian Phillips, retenant avec peine ses larmes.

« Nous savions que c’était un endroit dangereux, mais Dom pensait qu’il était possible de préserver la nature et la vie des peuples indigènes », a-t-elle ajouté.

L’épouse brésilienne du journaliste, Alessandra Sampaio, installée avec lui à Salvador (nord-est), a demandé dans une vidéo poignante diffusée par TV Bahia « une intensification des recherches ».

La famille de Pereira a déclaré pour sa part que « le temps est crucial […] surtout s’ils sont blessés ».

Une quarantaine de journalistes et d’amis de Phillips, qui collaborait aussi au Washington Post, au New York Times, à The Intercept, ont déclaré dans une lettre publiée par O Globo refuser « d’envisager le pire » et ont aussi réclamé une accélération des recherches.

La Vallée de Javari est l’un des plus grands territoires indigènes du Brésil. Elle abrite quelque 6 300 individus de 26 groupes ethniques, dont 19 sont isolés, d’après l’ONG Instituto Socioambiental.

Bruno Araujo Pereira, fin connaisseur de la région et qui a longtemps travaillé à la Funai, a régulièrement fait l’objet de menaces, y compris de mort, de la part d’exploitants forestiers et miniers clandestins convoitant des terres indigènes.

La base de la Funai dans la Vallée de Javari a été attaquée plusieurs fois ces dernières années. En 2019, un représentant de la Funai y avait été abattu.

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