La tension monte en Colombie pour le sprint final de la campagne présidentielle

«Avec les nerfs à vif», résumait la presse du jour à propos de ce scrutin, qui s’annonce comme l’un des «plus imprévisibles de ces dernières décennies en Colombie».
Photo: Juan Pablo Pino Agence France-Presse «Avec les nerfs à vif», résumait la presse du jour à propos de ce scrutin, qui s’annonce comme l’un des «plus imprévisibles de ces dernières décennies en Colombie».

À une semaine du premier tour, les ultimes réunions publiques de la campagne présidentielle se sont tenues dimanche en Colombie dans un climat de grande nervosité et toujours plus polarisé.

« Avec les nerfs à vif », résumait la presse du jour à propos de ce scrutin, qui s’annonce comme l’un des « plus imprévisibles de ces dernières décennies en Colombie ».

L’opposant et sénateur de gauche Gustavo Petro, un ex-guérillero et ancien maire de Bogotá converti à la social-démocratie, continue de faire la course en tête dans les sondages (41 %), laissant croire pour la première fois à l’arrivée de la gauche au pouvoir, dans un pays historiquement dirigé par les conservateurs.

« À ce jour, les sondages laissent cependant à penser qu’un triomphe [de M. Petro] dès le premier tour ne sera pas possible », pronostique le quotidien El Tiempo.

« Si rien d’extraordinaire n’arrive d’ici le 29 mai », il devrait donc affronter lors du 2e tour prévu le 19 juin le candidat de droite Federico Gutierrez, un ancien maire de Medellin qui tourne autour de 27 % des intentions de vote, mais est désormais sérieusement talonné par un candidat indépendant, l’outsider Rodolfo Hernandez, qui se voit déjà au second tour. La candidate franco-colombienne Ingrid Betancourt s’est rallié vendredi à ce dernier.

À la tête de la coalition du « Pacte historique », M. Petro clôture sa campagne de terrain, commencée très tôt et menée partout dans le pays, par un grand meeting dans une place historique du centre de Bogotá, où des milliers de personnes étaient déjà rassemblées en début d’après-midi.

Ce sera là son « 100e discours électoral », l’occasion de relayer, au côté de sa charismatique colistière afro-colombienne à la vice-présidence Francia Marquez, sa promesse de « changement » et d’un gouvernement « pour tous les Colombiens » qui veut « mettre fin à la haine politique au sein de la société », selon l’équipe du candidat.

Federico Gutierrez, dit « Fico » pour ses partisans, tient meeting sur ses terres de Medellin.

Après avoir longtemps appelé à faire barrage « aux communistes » qui veulent « exproprier » et « en finir avec les institutions », le leader de la coalition « Equipe pour la Colombie » appelle ses concitoyens à « s’unir », promettant de « travailler pour toutes les familles colombiennes » et de lutter contre « l’insécurité ».

« Signal d’alarme »

« Une semaine d’enfer s’annonce, où les candidats vont brûler leurs dernières cartouches », alors que « la nervosité dans la campagne est généralisée », soulignait encore la presse dimanche.

Cette campagne aura été dure, et sans grand débat idéologique. Si elle n’a pas manqué de coups bas, d’intox, intimidations et manipulations, « on s’attendait à pire » vu le passif colombien, relativise une source au sein d’une ONG internationale. « Mais le pire est sans doute à venir ».

La campagne aura été marquée notamment par des menaces contre M. Petro, qui ne s’exprime plus en public que derrière une haie de boucliers blindés, mais également contre « Fico ». Menaces qui ont ravivé le spectre d’un assassinat, dans un pays encore marqué par des décennies de violences politiques durant lesquelles cinq candidats à la présidence ont été assassinés au XXe siècle.

Une autre polémique alimente depuis quelques jours la fébrilité ambiante, avec les doutes autour de la fiabilité du processus électoral.

 

Après diverses déclarations sur le logiciel qui sera utilisé pour le décompte du scrutin et des incohérences dans le précomptage lors des législatives de mars dernier (remportées par la gauche), les rumeurs vont bon train sur une possible suspension ou démission du patron du Registre civil national, en charge de l’organisation des élections, voire un report in extremis du scrutin.

Samedi soir, M. Petro, criant au loup, a lancé une « alerte » et affirmé lors d’un meeting « qu’ils ont l’intention de porter un coup aux élections […] » en « suspendant les organes qui gèrent le système électoral en Colombie ». Et d’appeler deux autres candidats à se réunir en urgence dès lundi sur ce sujet, dont l’un au moins, M. Hernandez, a déjà sèchement rejeté cet appel.

« Les allégations de report ou de suspension des élections sont absolument fausses », a rétorqué le ministre de l’Intérieur Daniel Palacios, demandant aux candidats de ne pas faire de « désinformation ».

Le patron du Registre national, Alexander Vega, a affirmé dimanche être en mesure de garantir une élection présidentielle « fiable et transparente », dénonçant les attaques « fausses et injustifiées qui accréditent un narratif sur la fraude ».

« Cette histoire est dans l’air depuis quelques jours », commente une source diplomatique. « Un report des élections est pratiquement inconcevable » alors que « la machine électorale est fiable et est prête pour dimanche prochain. Mais cela fait beaucoup de tensions tout de même… »

Ces tensions sont un « signal d’alarme » et susceptibles de « mettre à mal la confiance des citoyens », a également jugé dans la presse l’expert du conflit colombien et intellectuel respecté, Gonzalo Sanchez.

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