De retour en politique, Sarah Palin face à un destin risqué

Après 13 ans d’absence de la scène politique,  la candidate  déchue à la  vice-présidence des États-Unis en 2008, Sarah Palin, s’est lancée la semaine dernière dans la course à l’investiture pour occuper l’unique siège de représentant de l’Alaska au Congrès.
John Minchillo Associated Press Après 13 ans d’absence de la scène politique, la candidate déchue à la vice-présidence des États-Unis en 2008, Sarah Palin, s’est lancée la semaine dernière dans la course à l’investiture pour occuper l’unique siège de représentant de l’Alaska au Congrès.

L’annonce de son retour a été remarquée. Après 13 ans d’absence de la scène politique américaine, la candidate déchue à la vice-présidence des États-Unis en 2008, Sarah Palin, s’est lancée officiellement la semaine dernière dans la course à l’investiture pour occuper l’unique siège de représentant de l’Alaska au Congrès.

Ces élections hâtives ont été déclenchées par la mort subite, en mars, de Don Young, qui représentait l’Alaska à la Chambre depuis près de 50 ans.

Mais la quête de renouveau de l’ex-égérie du Tea Party, ce mouvement ultraconservateur qui a ouvert la voie au trumpisme au début du siècle, est loin d’être prise au sérieux par tous en Alaska, et ce, malgré l’adoubement de Donald Trump dimanche soir. La candidate doit en effet composer avec les échecs de son passé et une feuille de route qui en font surtout une attraction, mais certainement pas « la favorite », a résumé cette semaine le commentateur politique Henry Olsen dans les pages du Washington Post.

« L’attention que Sarah Palin reçoit en participant à cette élection spéciale va être totalement enivrante pour elle, mais cette élection va surtout lui assurer une bonne gueule de bois, laisse tomber en entrevue au Devoir le stratège politique républicain Art Hackney, qui connaît bien la candidate et qui conseille les politiciens dans cet État depuis plus de trois décennies. Peu de gens ici croient qu’elle s’est lancée dans la course pour gagner. C’est un coup de pub. Rien de plus. D’ailleurs, aucune personne rationnelle qui a suivi sa performance dans la fonction publique ne va vouloir qu’elle devienne réellement l’unique représentante de l’Alaska au Congrès. Ce serait terrible. Don Young représentait l’ensemble de l’Alaska. Sarah Palin, elle, serait la députée de Sarah Palin. »

« La plupart des électeurs de l’Alaska ne lui accordent pas beaucoup de crédibilité comme politicienne, dit en entrevue le politicologue Glenn Wright, professeur à l’University of Alaska Southeast. Beaucoup d’autres candidats à ce poste ont un bilan politique beaucoup plus solide que le sien et sont actifs sur la scène politique de l’État depuis bien longtemps. Dans ce contexte, je ne serais pas étonné qu’elle réussisse à marquer quelques points dans cette primaire, mais surpris qu’elle remporte le scrutin » en août prochain.

Retour d’ascenseur

La colistière de John McCain lors de la présidentielle de 2008 a créé la surprise vendredi dernier en se lançant in extremis dans la course pour succéder à Don Young.

« La fonction publique est une vocation, et je serais honorée de représenter les hommes et les femmes de l’Alaska au Congrès, tout comme le représentant Young l’a fait pendant 49 ans », a-t-elle indiqué sur son compte Facebook. Un retour sur scène salué rapidement par Donald Trump, qui, dimanche, a donné son soutien à l’icône républicaine, en guise de retour d’ascenseur, à en croire ses mots. « Sarah en a choqué beaucoup lorsqu’elle m’a soutenu très tôt en 2016, et nous avons gagné très fort, a déclaré l’ancien président dans un communiqué. Maintenant, c’est mon tour ! Sarah a été une championne des valeurs de l’Alaska, de l’énergie de l’Alaska, des emplois de l’Alaska et des gens formidables de l’Alaska. »

Malgré une image écornée par les révélations des derniers mois sur la tentative de coup d’État orchestré le 6 janvier 2021 par le populiste et son entourage, et une emprise sur le Parti républicain qui commence à se relâcher, l’appui de Donald Trump pourrait avoir un impact important sur la suite de cette primaire, estime le spécialiste de la politique de l’État Diddy Hitchins, qui enseigne à l’University of Alaska, joint à Anchorage.

« Rappelez-vous que Sarah a été l’une des fondatrices du trumpisme, dit-il. Elle a été Trump avant Trump. Le soutien accordé à Sarah Palin par l’ex-président devrait donc lui garantir le vote des trumpistes, qui sont nombreux ici, au moins pour la hisser jusqu’au sommet de cette primaire. »

En 2020, l’État a voté à 53 % pour le candidat républicain lors de la présidentielle, particulièrement dans les régions rurales de l’Alaska, où Mme Palin a bâti sa carrière politique comme mairesse de Wasilla, puis comme gouverneure de l’État nordique, avant d’être propulsée sur la scène fédérale.

Mais cette lecture de l’environnement est contredite par Henry Olsen, qui écrivait cette semaine que « le conservatisme à la Trump est une position minoritaire, même en Alaska », où la candidate va avoir besoin aussi des « républicains modérés et des indépendants pour la soutenir » jusqu’au tour final.

 

Une opposition vive

La route vers le succès dans cette élection ne devrait donc pas se faire en ligne droite pour la conservatrice, qui se prépare à affronter une cinquantaine d’autres candidats entrés dans la course, dont plusieurs figures marquantes de la politique locale. Parmi eux, le républicain et conservateur Nick Begich Jr., issu d’une des familles politiques démocrates les plus célèbres d’Alaska, et qui avait déjà fait part de son intention de briguer le poste de représentant bien avant le décès de Young. On trouve aussi l’indépendant Al Gross, qui a tenté sa chance au Sénat en 2020, ou encore le sénateur républicain Josh Revak, de la région d’Anchorage, où résident plus de 60 % de la population de l’État.

« Le mandat de Sarah Palin en tant que gouverneure a été entaché par plusieurs scandales, avant sa démission en 2009 et son retrait de la politique », rappelle Glenn Wright, qui estime que ces traces, dont celles du « Troopergate », pourraient se rappeler au bon souvenir des électeurs et nuire à sa candidature. En 2008, la conservatrice avait licencié illégalement le commissaire à la sécurité publique de l’Alaska après que ce dernier avait refusé de mettre un terme au contrat du « trooper » Mike Wooten à la demande de la gouverneure. Il s’agissait de l’ex-mari de la sœur de Palin, alors au centre d’un divorce particulièrement belliqueux.

« Elle a été une gouverneure terrible, dit Art Hackney. Elle a aussi été une mauvaise candidate à la vice-présidence. La seule chose qu’elle peut gagner dans cette élection, c’est de la visibilité. Rien de plus. »

En octobre dernier, un sondage mené par l’Alaska Survey Research a révélé que seulement 31 % des électeurs inscrits dans cet État avaient une opinion favorable de l’ex-gouverneure, contre 51 % qui la voyaient plutôt d’un mauvais œil. Une perception constante depuis 2018 et que Mme Palin va devoir renverser d’ici le 11 juin prochain, et le premier tour de cette primaire spéciale, pour pouvoir poursuivre la route vers l’élection de mi-mandat en novembre prochain avec les trois autres candidats ayant reçu le plus de voix

D’ailleurs, pour mettre toutes les chances de son côté, Sarah Palin aurait déjà engagé le directeur de campagne de Donald Trump en 2016, Corey Lewandowski, pour orchestrer son retour, tout comme le stratège de la campagne Trump 2020, Michael Glassner, selon la blogueuse Suzanne Downing, bien au fait des coulisses de la politique de l’État.

Une configuration des forces pour tenter de marquer l’histoire une deuxième fois après être devenue la première femme à faire partie d’un ticket présidentiel républicain en 2008 — après la démocrate Geraldine Ferraro en 1984 —, cherchant à réussir, elle, son retour en politique, contrairement à Ferraro.

En 1992, la démocrate avait brigué un des deux sièges de New York au Sénat américain, en vain, puis avait échoué une nouvelle fois en 1998, en perdant cette fois la primaire pour un autre poste de sénatrice.

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