Un évêque proche du pape condamné pour agressions sexuelles en ​Argentine

Le procès, qui s’est tenu à huis clos, faisait suite à des plaintes déposées en 2018 par au moins deux séminaristes.
Photo: Gaston Inda Agence France-Presse Le procès, qui s’est tenu à huis clos, faisait suite à des plaintes déposées en 2018 par au moins deux séminaristes.

Un évêque argentin considéré comme proche du pape François et qui fut conseiller pour la gestion des biens du Vatican a été condamné vendredi à quatre ans et demi de prison pour des agressions sexuelles commises lorsqu’il était évêque d’Oran (nord-ouest de l’Argentine).

Le tribunal d’Oran, à 1700 km de Buenos Aires, a ordonné l’incarcération de Mgr Gustavo Oscar Zanchetta, 57 ans, qui était jugé depuis deux semaines. Il avait été nommé évêque de ce diocèse par son compatriote argentin le pape François en 2013. Il en a démissionné en 2017.

Le prélat niait les accusations le visant, et ses défenseurs ont indiqué qu’ils feraient très certainement appel.

Le tribunal a reconnu l’ecclésiastique coupable d’« agressions sexuelles simples continues aggravées par le fait qu’elles ont été commises par un ministre du culte », envers des séminaristes. Il a ordonné sa « détention immédiate » et son inscription au registre génétique d’auteurs de délits à caractère sexuel.

Le tribunal a suivi les réquisitions de l’accusation, tandis que la défense avait plaidé l’acquittement.

Photos à caractère pornographique

Le procès, qui s’est tenu à huis clos, faisait suite à des plaintes déposées en 2018 par au moins deux séminaristes, qui avaient évoqué notamment des « propositions amoureuses » et « demandes de “massages” » faites avec insistance par Mgr Zanchetta.

L’ecclésiastique affirmait pour sa part avoir toujours eu « une bonne et saine relation avec tous les séminaristes », des échanges parfois intimes avec eux sur leur vie privée ou leurs problèmes, mais normaux dans le cadre de sa charge, et sans « aucune connotation sexuelle ».

Il avait aussi assuré qu’au moment de l’enquête canonique menée sur les faits, « trois prêtres lui avaient dit que la plainte contre lui relevait d’une vengeance ». Une thèse du « complot » rejetée vendredi par la procureure Soledad Filtrin Cuezzo.

Des témoins entendus au procès ont évoqué des étreintes ou accolades de l’évêque « qui duraient plus longtemps que la normale », des « préférences » pour certains séminaristes auxquels il faisait des cadeaux, et pour certains d’entre eux des soirées tardives passées chez l’évêque, selon les comptes rendus d’audience de l’autorité judiciaire de la province de Salta.

Le vicaire général du diocèse d’Oran, Gabriel Acevedo, a pour sa part raconté que l’alerte avait été donnée à la hiérarchie de Mgr Zanchetta et était remontée jusqu’au Vatican après la découverte de « photos à caractère pornographique sur lesquelles apparaissait l’évêque avec des jeunes ».

« Les victimes ont été crues »

En 2019, après l’ouverture de l’enquête préliminaire pour agressions sexuelles, le Vatican avait expliqué que Mgr Zanchetta avait démissionné en 2017 en raison de « rapports très tendus avec les prêtres du diocèse ».

Au moment de sa démission, il y avait des accusations d’autoritarisme contre l’évêque, « mais aucune accusation d’agression sexuelle », avait alors souligné le Vatican dans un communiqué.

Fin 2017, Mgr Zanchetta avait été nommé assesseur à l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), qui gère le patrimoine immobilier du Vatican. Au moment de cette nomination, « aucune accusation d’agression sexuelle n’avait émergé », avait également affirmé le Vatican.

Dès l’ouverture de l’enquête, en 2019, Rome avait indiqué que Mgr Zanchetta « s’abstiendrait de travailler » à l’APSA.

Estela Mari, parente d’une victime, s’est félicitée à l’issue du verdict que « justice ait été faite, que les victimes aient été crues, et que la vérité soit sortie à la lumière ». À présent, « il faut aider ces jeunes, car ils ont subi un trauma psychologique, ils ne vont pas bien, moralement et aussi économiquement ».

L’association de victimes du réseau américain SNAP espère que cette condamnation « encourage d’autres survivants, en Argentine et dans toute l’Amérique latine, à se manifester » et « encourage d’autres gouvernements dans le monde à examiner de plus près la manière dont l’Église catholique romaine fonctionne sur leur territoire ».

Javier Belda, l’un des défenseurs canoniques de Mgr Zanchetta, a justifié un probable appel, car il considère « qu’il n’y a pas de preuves, que les faits ne sont pas avérés, mais qu’une série de contradictions entre les témoins renforce l’idée que certaines personnes ont amené les séminaristes à interpréter des choses » a posteriori.

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