Béatification de deux prêtres salvadoriens assassinés pendant la guerre civile

Les quatre hommes ont été proclamés « bienheureux » devant 6000 fidèles, dont des prêtres et des religieuses, par une lettre apostolique lue par le cardinal salvadorien Gregorio Rosa Chavez, au nom du pape François.
Photo: Marvin Recinos Agence France-Presse Les quatre hommes ont été proclamés « bienheureux » devant 6000 fidèles, dont des prêtres et des religieuses, par une lettre apostolique lue par le cardinal salvadorien Gregorio Rosa Chavez, au nom du pape François.

Deux prêtres catholiques, Rutilio Grande et Cosme Spessotto, ainsi que deux laïcs, assassinés au Salvador pour avoir défendu les pauvres à l’aube de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1980 et 1992, ont été béatifiés samedi à San Salvador devant des milliers de fidèles.

Un grand oratoire, construit en palmes pour rappeler le martyre et la simplicité de ces victimes de la guerre civile, a été édifié sur la place du Divin Sauveur du Monde, emblématique de la capitale.

C’est ici que les quatre hommes ont été proclamés « bienheureux » devant 6000 fidèles, dont des prêtres et des religieuses, par une lettre apostolique lue par le cardinal salvadorien Gregorio Rosa Chavez, au nom du pape François.

« Désormais ils sont appelés bienheureux et ils sont célébrés chaque année dans les lieux et selon les règles établies par la loi », précise la lettre du pape.

De cette façon, Grande, son sacristain Manuel Solorzano et Nelson Rutilio Lemus se sont vu attribuer leur fête le 12 mars pour commémorer leur martyre. La fête de Spessotto sera elle le 10 juin.

« Le fait que l’Église les accepte officiellement comme martyrs, c’est que leur vie était correcte, qu’ils ont pris des risques pour aider les pauvres et qu’ils ont été fidèles à un appel qui leur a coûté la vie », a déclaré Rosa Chavez à l’AFP.

Pour Doris Yanira Barahona, 63 ans, catholique fervente, cette béatification représente « la reconnaissance bien méritée de deux hommes qui ont été très aimés pour leur travail dans des moments difficiles, des hommes qui se sont employés à défendre les plus démunis ».

Le jésuite Rutilio Grande, né en 1928 à El Paisnal, une localité située à 40 kilomètres de la capitale San Salvador, avait été nommé en 1972 curé de la paroisse d’Aguilares, une région de plantations de canne à sucre.

Sur place, il découvre les mauvais traitements que subissent les travailleurs agricoles et dénonce pendant ses messes les injustices, les salaires de misère et les interminables journées de travail, témoignent des fidèles qui l’ont connu.

Le 12 mars 1977, alors qu’il circule en voiture sur une route d’El Paisnal, le prête est tué par balles par des membres de l’ancienne Garde nationale, désormais dissoute.

Deux paysans sont aussi tués : son sacristain Manuel Solorzano, âgé de 72 ans, et Nelson Rutilio Lemus, âgé de 16 ans, qui l’accompagneront dans la mort comme dans la reconnaissance par l’Église.

Ces assassinats marquent le début de la répression lancée en pleine Guerre froide par le pouvoir militaire et menée par des escadrons de la mort contre les membres de l’Église catholique qui dénoncent les injustices sociales.

Flambeau

Après la mort de son ami Rutilio, l’archevêque de San Salvador, Oscar Arnulfo Romero, reprend le flambeau et devient « la voix des sans voix ». Cet engagement lui vaudra, lui aussi, d’être assassiné en février 1980 alors qu’il célèbre une messe. Il a été canonisé en 2018.

Un autre prêtre a été béatifié samedi à San Salvador, l’Italien Cosme Spessotto.

Le franciscain était arrivé dans le pays en 1950 et nommé quelques années plus tard curé de la paroisse de San Juan Nonualco, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale.

Au début des années 1980, il reçoit des menaces de mort. « Il défendait toutes les personnes qui étaient en danger », se souvient l’une de ses fidèles, Miriam Marroquin. Il est assassiné le 14 juin 1980.

Par ces deux béatifications, le pape François souhaite rendre hommage à l’Église latino-américaine qui s’est engagée pour la défense des pauvres et contre les injustices sociales, rappelle le Vatican.

Lors de son voyage au Panama en 2019, François avait raconté à un groupe de jésuites qu’à l’entrée de sa chambre il avait un cadre avec un morceau de tissu taché du sang d’Oscar Romero et les notes d’une catéchèse de Rutilio Grande.

« Dans les deux cas (les assassins) étaient des agents de l’État », des policiers, affirme le cardinal Rosa Chavez qui dit avoir reçu d’eux des lettres « demandant pardon » alors qu’ils étaient en prison.

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