La COVID-19 fait plus de morts dans les régions pro-Trump

Des supporteurs de l'ancien président américain Donald Trump réunis en Alabama à l'été 2021.
Photo: Chip Somodevilla (Archives) Getty Images via Agence France-Presse Des supporteurs de l'ancien président américain Donald Trump réunis en Alabama à l'été 2021.

La polarisation des opinions politiques tout comme la désinformation nourrie par les réseaux sociaux peuvent finalement être mortelles.

À preuve : dans les comtés des États américains qui ont voté massivement pour Donald Trump en novembre 2020, le risque de mourir de la COVID-19 est, depuis mai dernier, 2,78 fois plus élevé que dans les coins du pays qui ont voté pour l’actuel président, Joe Biden.

Pis, dans les 10 comtés les plus républicains, la propagation du coronavirus a tué six fois plus que dans les 10 comtés les plus démocrates rien qu’en octobre dernier, indique une analyse exhaustive menée par le réseau américain de radio publique NPR.

Ces disparités face à la maladie et à la mort s’expliquent en partie par une acceptation moindre de la vaccination dans les régions fortement inspirées par le populiste et ex-président Donald Trump et par une tendance accrue, dans ces mêmes régions, à adhérer aux croyances fallacieuses sur les effets de la maladie ou sur les risques liés à la protection vaccinale.

Ironiquement, l’ex-président et sa femme ont été vaccinés contre la COVID-19 en janvier dernier, avant de quitter la Maison-Blanche.

« Une personne non vaccinée est trois fois plus susceptible d’avoir un penchant politique pour les républicains plutôt que pour les démocrates », résume Liz Hamel, qui pilote la recherche sur l’opinion publique à la Kaiser Family Foundation, un groupe de réflexion non partisan qui s’intéresse aux politiques de santé et au comportement des Américains en lien avec la vaccination. « Si je devais deviner si quelqu’un a été vacciné ou pas et que je ne peux savoir qu’une seule chose à son sujet, alors je lui demanderais quelle est son affiliation politique », ajoute-t-elle en entrevue au réseau public.

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C’est le nombre de fois supplémentaires qu’un Américain a de chances de transmettre la COVID-19 s’il n’est pas vacciné selon les données du NYT.

NPR a passé au crible les résultats du vote de la dernière présidentielle américaine et le taux de décès pour cause de COVID-19 par 100 000 habitants depuis le 1er mai dernier, et ce, pour plus de 3000 comtés des États-Unis. Cette date a été choisie puisqu’elle marque le moment dans l’ère pandémique où la vaccination a été accessible à tous sans exception partout au pays.

Dans les comtés où Donald Trump a remporté le scrutin par 60 % des suffrages et plus, la COVID-19 a tué près de trois fois plus de personnes que dans les comtés à majorité démocrate.

Une personne non vaccinée est trois fois plus susceptible d’avoir un penchant politique pour les républicains plutôt que pour les démocrates.

 

L’administration d’une première dose de vaccin avait atteint un plateau à 59 % chez les républicains, alors qu’elle était de 91 % chez les démocrates, selon les dernières données récoltées par la Kaiser Family Foundation, datées de novembre. Les partisans de Donald Trump qui vivent en région rurale et les républicains blancs sont les plus enclins à repousser les vaccins du revers de la main, selon l’organisme.

Désinformation

 

Les partisans de Trump sont également plus sensibles à la désinformation qui circule au sujet de la pandémie et des vaccins. Plus de 90 % d’entre eux affirment croire à au moins une des fausses informations sur la pandémie ou les vaccins pour justifier leur position sur la crise sanitaire en cours. Même que 46 % disent adhérer à quatre ou plus de ces faits erronés. Ceux-ci peuvent aller du nombre de décès, qui serait exagéré par les autorités pour créer une panique, jusqu’à la théorie voulant que le vaccin rende stérile et ait été inventé pour manipuler les esprits et contrôler les populations. À peine 14 % des démocrates sont prêts à adhérer à quatre ou plus de ces déclarations fallacieuses, dont la circulation a été amplifiée par les réseaux sociaux et la radicalisation, tout comme la construction sociale de la réalité en vase clos que les pro-Trump encouragent à des fins commerciales.

91%
C’est le pourcentage de démocrates qui sont vaccinés, selon la Kaiser Family Foundation.

Selon l’Université Johns Hopkins, depuis le début de la pandémie, plus de 788 000 Américains ont perdu la vie après avoir contracté la COVID-19. Depuis 14 jours, l’épidémie s’accentue aux États-Unis avec une augmentation des cas de contamination (+28 %), des hospitalisations (+18 %) et des décès (+13 %), selon les données du New York Times (NYT). La tendance est portée par des États comme le Wyoming, le Montana ou la Virginie-Occidentale, qui ont exprimé des majorités fortes en faveur de Donald Trump lors des dernières élections.

Les élus de plusieurs États républicains, dont la Floride et le Texas, poursuivent également leur campagne dans le but de bloquer les politiques sanitaires fédérales visant à rendre la vaccination de la population obligatoire et d’entretenir la défiance face aux programmes de couverture vaccinale et au port du masque.

Selon les dernières données compilées par le NYT, les Américains non vaccinés ont cinq fois plus de risque de contracter et de transmettre la COVID-19 que ceux pleinement vaccinés. Ils ont également trois fois plus de risque d’en mourir.

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