Aussitôt réélu, Ortega affronte un arsenal de sanctions

Si l’opposition est décapitée, avec ses leaders détenus ou exilés, «Daniel Ortega évolue dans un environnement de plus en plus hostile, avec seulement la moitié du soutien populaire dont il bénéficiait avant 2018», analyse l’ONG Crisis Group.
Photo: Inti Ocon Agence France-Presse Si l’opposition est décapitée, avec ses leaders détenus ou exilés, «Daniel Ortega évolue dans un environnement de plus en plus hostile, avec seulement la moitié du soutien populaire dont il bénéficiait avant 2018», analyse l’ONG Crisis Group.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a affronté lundi un déluge de critiques de la communauté internationale et la menace de nouvelles sanctions américaines, au lendemain de sa réélection prévisible avec 75 % des voix.

Le président américain, Joe Biden, avait qualifié dès dimanche soir le scrutin de « comédie », et Washington a menacé lundi le pouvoir de Managua de nouvelles sanctions.

« Nous continuerons à avoir recours à la diplomatie, à des mesures coordonnées avec nos alliés et partenaires régionaux, aux sanctions et aux restrictions de visa » pour que « les complices des actes non démocratiques du gouvernement Ortega-Murillo rendent des comptes », a déclaré le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, dans un communiqué.

Après les arrestations de 39 opposants, dont les sept principaux rivaux potentiels de Daniel Ortega, les États-Unis et l’Union européenne — qui a condamné des élections « sans légitimité » — avaient déjà imposé des sanctions aux proches du chef de l’État.

Joe Biden s’apprête maintenant à promulguer un arsenal de sanctions encore plus dures édictées par la loi RENACER, approuvée dernièrement par le Congrès américain.

L’Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA) a mis la situation au Nicaragua à son ordre du jour cette semaine et pourrait décider de suspendre l’adhésion de Managua, bien que des experts craignent qu’une telle décision endurcisse encore la position du gouvernement.

« 2022 sera assurément une année difficile pour le gouvernement » nicaraguayen, « mais aussi pour la population, aussi bien sur le plan politique qu’économique », a déclaré à l’AFP Elvira Cuadra, de l’Institut nicaraguayen d’études politiques.

Cependant, pour l’analyste politique costaricain Kevin Casas, la marge de manœuvre de la communauté internationale s’est « réduite », tandis que Daniel Ortega peut se tourner vers la Russie et la Chine. « Ne pas reconnaître la légitimité d’élections ne fonctionne pas comme une baguette magique » qui viendrait contrer « l’effondrement de la démocratie », prévient-il.

Le chef de l’État et son épouse et vice-présidente Rosario Murillo devront aussi relever des défis internes au pays.

Le tribunal électoral a annoncé un taux de participation de 65,34 %, tandis qu’un observatoire proche de l’opposition a estimé l’abstention à 81,5 %, se basant sur des données fournies par 1450 observateurs non autorisés, présents dans 563 centres de vote, qui ont constaté l’absence de files d’attente devant les bureaux de vote.

« Minimum vital »

Si l’opposition est décapitée, avec ses leaders détenus ou exilés, « Daniel Ortega évolue dans un environnement de plus en plus hostile, avec seulement la moitié du soutien populaire dont il bénéficiait avant 2018, et parce qu’il a causé des dommages peut-être irrémédiables à ses relations avec le secteur privé et l’Église catholique après la répression des manifestations » contre lui, souligne une analyse de l’ONG Crisis Group. Celles-ci ont entraîné la mort d’au moins 328 personnes.

Le président Ortega va devoir composer avec « l’indifférence des Nicaraguayens et la poursuite de la lutte [de l’opposition], qui ne va pas s’arrêter », avertit l’analyste et ex-diplomate nicaraguayen Edgard Parrales.

Daniel Ortega a certes annoncé qu’il convoquerait un dialogue national après les élections, mais ses interlocuteurs demeurent inconnus.

Le Nicaragua reste le pays le plus pauvre d’Amérique centrale, et la crise politique de 2018 a été suivie d’une crise économique amplifiée par la pandémie de coronavirus. Malgré tout, les autorités tablent pour 2021 sur une croissance de plus de 6 % (5 % pour le FMI).

Toutefois, l’économie nicaraguayenne est fortement dépendante des transferts d’argent des émigrés (1,4 milliard de dollars américains, de janvier à août 2021), des investissements étrangers, de la coopération et de financements par les organismes internationaux de crédit, souligne l’analyste Eliseo Nunez.

En raison de l’isolement international du régime, ces financements « vont s’arrêter » en 2022, avertit-il.

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