Incriminé par un rapport, Bolsonaro crie à la «mascarade»

Le président brésilien, qui se positionne comme antivaccin et antipasseport sanitaire, voit sa cote de popularité au plus bas. Les manifestations régulières de la population contre sa gestion de la pandémie, comme ici avec des masques à son effigie tachés de sang, illustrent cette baisse de popularité.
Photo: Evaristo Sa Agence France-Presse Le président brésilien, qui se positionne comme antivaccin et antipasseport sanitaire, voit sa cote de popularité au plus bas. Les manifestations régulières de la population contre sa gestion de la pandémie, comme ici avec des masques à son effigie tachés de sang, illustrent cette baisse de popularité.

Le président brésilien, Jair Bolsonaro, a qualifié mercredi de « mascarade » la Commission d’enquête du Sénat (CPI) sur la pandémie, qui a demandé son inculpation pour neuf crimes, dont « crime contre l’humanité ».

« Toute personne avec un minimum de discernement sait que c’était une mascarade », a-t-il déclaré lors d’un entretien à la radio Jovem Pan. « La CPI a causé des dégâts. Pas pour moi […], mais pour l’image du Brésil à l’étranger, […] où l’on croit que nous sommes sous une dictature, que j’ai fait arrêter des journalistes et que j’ai tué des gens durant la pandémie », a-t-il ajouté.

Pour le président d’extrême droite, les accusations de la CPI pourraient dissuader des étrangers d’« investir » ou de « faire du tourisme » au Brésil.

Mardi soir, 7 des 11 sénateurs ayant mené les travaux de cette commission pendant six mois ont approuvé un rapport de 1200 pages qui demande l’inculpation du président pour, entre autres, « crime contre l’humanité », « prévarication », « charlatanisme » et « incitation au crime ».

La CPI a accusé dans son rapport le gouvernement Bolsonaro d’avoir « délibérément exposé » les Brésiliens à « une contamination de masse », en raison notamment du discours anticonfinement du chef de l’État et de retards dans l’achat de vaccins.

La CPI a causé des dégâts. Pas pour moi […], mais pour l’image du Brésil à l’étranger, […] où l’on croit quenous sommessous une dictature.

 

La commission d’enquête y dénonce le « retard délibéré » dans l’acquisition de vaccins, le gouvernement ayant préféré promouvoir des traitements inefficaces comme l’hydroxychloroquine, ce qui aurait eu des « conséquences tragiques » pour la population.

La CPI a aussi enquêté sur les responsabilités gouvernementales dans la pénurie d’oxygène qui a tué des dizaines de patients à Manaus et sur les relations entre Brasília et des mutuelles de santé privées. L’une d’elles, Prevent Senior, est soupçonnée d’avoir mené à l’insu de ses patients des expériences avec des traitements précoces et d’avoir fait pression sur ses médecins pour qu’ils prescrivent ces traitements à des « cobayes humains ».

Le texte incrimine également 77 autres personnes, dont des ministres, des ex-ministres, des dirigeants d’entreprise et les trois fils aînés de Bolsonaro, tous des élus.

Inculpation peu probable

Le président brésilien a reçu mardi le soutien de son ancien homologue américain Donald Trump, pour qui « le Brésil a de la chance d’avoir un homme comme Jair Bolsonaro à la tête du pays ».

Le président brésilien, qui se positionne comme antivaccin et anti-passeport sanitaire et dont la cote de popularité est au plus bas, s’était dit la semaine dernière « coupable d’absolument rien ». « Nous savons que nous avons fait ce qu’il fallait dès le début », avait-il lancé.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, Jair Bolsonaro, dont l’essentiel de la communication se fait surles réseaux sociaux, où il a plus de 40 millions d’abonnés, a régulièrement disséminé des informations erronées, dont un grand nombre sur le coronavirus.

Le rapport de la CPI a été remis mercredi par les sénateurs au procureur général Augusto Aras, la seule personne à même d’engager des poursuites contre le chef de l’État.

Mais les analystes jugent peu probable que le président brésilien soit inculpé, M. Aras étant l’un de ses plus proches alliés. Toutefois, la notion de « crime contre l’humanité » pourrait être jugée à la Cour pénale internationale de La Haye.

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