Haïti à l’arrêt sur fond de crise sécuritaire

Les rues de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, étaient désertes lundi à la suite d’un appel à la grève générale lancé par plusieurs associations professionnelles pour dénoncer l’insécurité.
Photo: Richard Perrin Agence France-Presse Les rues de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, étaient désertes lundi à la suite d’un appel à la grève générale lancé par plusieurs associations professionnelles pour dénoncer l’insécurité.

Les rues de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, étaient désertes lundi à la suite d’un appel à la grève générale lancé par plusieurs associations professionnelles pour dénoncer l’insécurité, illustrée samedi par l’enlèvement de 16 Américains et un Canadien.

« Cela fait des mois que l’on appelle à l’aide et qu’on n’a aucune sécurité face aux kidnappings, on a lancé un appel général à la population pour suspendre toute activité », explique Méhu Changeux, président de l’Association des propriétaires et des chauffeurs d’Haïti.

« Les bandits dépassent les bornes : ils kidnappent, ils violent les femmes, ils font tout ce qu’ils veulent… Ça suffit », dénonce le syndicaliste.

Commerces, écoles et administrations étaient donc fermés lundi matin dans la capitale haïtienne, ont constaté des journalistes de l’AFP, mais les activités scolaires étaient maintenues dans plusieurs villes de province, selon les médias locaux.

Quelques rares véhicules de police circulaient à Port-au-Prince sur les principaux axes routiers de la ville, dont les rues étaient calmes, et seule une barricade de pneus enflammés a été observée par un photographe de l’AFP.

Les bandits dépassent les bornes: ils kidnappent, ils violent les femmes, ils font tout ce qu’ils veulent… Ça suffit.

 

« C’est comme si on ne vivait pas », témoigne Germain Joce Salvador, jeune homme d’une vingtaine d’années rencontré dans le centre-ville. « On ne peut pas continuer ; chaque jour, entendre que c’est un proche, un ami ou une autre personne qui est enlevée. »

Lancé la semaine dernière, l’appel à la grève générale a pris un écho particulier après l’enlèvement d’un groupe de missionnaires et de membres de leurs familles — 16 citoyens américains et un citoyen canadien —, samedi dans une zone périurbaine à l’est de Port-au-Prince.

Selon Méhu Changeux, « l’enlèvement des Américains montre que personne n’est à l’abri dans le pays ». « On paie nos taxes à l’État, en retour, ce qu’on demande, c’est d’avoir la sécurité pour que le pays puisse fonctionner. »

Perpétré alors que les ressortissants étrangers venaient de visiter un orphelinat situé entre la capitale haïtienne et la frontière avec la République dominicaine, ce rapt de groupe porte la signature du gang appelé « 400 mawozo ».

La bande armée contrôle depuis des mois cette partie du territoire haïtien sans que les forces de l’ordre ne parviennent à y remédier. Sollicitée par l’AFP, la police haïtienne n’a pas souhaité réagir.

« Absence de l’État »

Les gangs, qui contrôlent depuis des années les quartiers les plus pauvres de la capitale haïtienne, ont étendu ces dernières années leur pouvoir sur Port-au-Prince et ses environs, où ils multiplient les enlèvements.

Depuis des années, une profonde crise politique paralyse le développement économique d’Haïti. L’assassinat, le 7 juillet, du président Jovenel Moïse par un commando armé dans sa résidence privée, a plongé encore davantage ce pays pauvre dans l’incertitude.

« La nature a horreur du vide, donc les gangs en profitent pour se renforcer », dit Gédéon Jean, directeur du Centre d’analyse et de recherche en droits humains, basé à Port-au-Prince, expliquant la prolifération des gangs par « l’absence de l’État ».

Plus de 600 cas d’enlèvements ont été recensés au cours des trois premiers trimestres de 2021 contre 231 à la même période en 2020, selon le centre d’analyse.


Exigeant des rançons dépassant parfois le million de dollars, les gangs n’hésitent pas à réclamer des décennies de salaire à des familles vivant sous le seuil de pauvreté. 

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