Après le séisme meurtrier, une tempête menaçante s’approche d’Haïti

Une jeune femme dort devant son domicile à Saint-Louis-du-Sud, à Haïti, deux jours après qu’un séisme de magnitude 7,2 a frappé le sud-ouest du pays.
Photo: Matias Delacroix Associated Press Une jeune femme dort devant son domicile à Saint-Louis-du-Sud, à Haïti, deux jours après qu’un séisme de magnitude 7,2 a frappé le sud-ouest du pays.

Des bâtiments éventrés, des dépouilles coincées dans les décombres. Deux jours après le puissant séisme qui a frappé Haïti et fait plus de 1400 morts, les secours s’activaient lundi à la recherche des personnes disparues ou bloquées sous les ruines, à l’approche d’une tempête qui menaçait d’aggraver encore la situation.

La dépression tropicale Grace faisait en effet planer le risque d’inondations et de glissements de terrain en Haïti et dans la République dominicaine voisine, a averti le Centre national des ouragans, basé à Miami. Au moment où ces lignes étaient écrites, lundi soir, le Centre indiquait que Grace continuait de produire de très fortes précipitations dans le sud de l’île d’Hispaniola, mais ne pouvait encore décrire l’ampleur des dégâts causés.

Selon la Protection civile haïtienne, lundi après-midi, 1419 personnes sont mortes et plus de 6900 ont été blessées dans le séisme qui a secoué le sud-ouest du pays samedi à 8 h 29 locales. Près de 37 000 maisons ont été détruites ou endommagées.

Dans la petite ville balnéaire de Port-Salut comme dans le reste des régions affectées, les habitants faisaient face à un dilemme : rester dehors pour se protéger des répliques, ou entrer dans des bâtiments endommagés pour s’abriter des fortes intempéries attendues avec la dépression tropicale Grace.

L’hôpital de la ville a tranché : il faut essayer de protéger les patients qui s’entassent dans la cour, sous des bâches en plastique, depuis le tremblement de terre. En milieu de journée, lundi, les malades étaient transférés vers l’intérieur de l’établissement malgré la crainte de répliques.

 
Photo: Fernando Llano Associated Press Les hôpitaux des régions affectées débordent. Des patients s’entassent dans les cours, sous des bâches en plastique, depuis le tremblement de terre.

« Les docteurs nous demandent pour ce soir de rentrer sous la dalle de béton, mais jusqu’à présent, on n’est pas en sécurité. Ça secoue encore, donc c’est pour ça qu’on est installés dehors », témoignait Wilfried Labaye, 41 ans, avant que la décision de mettre tout le monde à l’intérieur ne soit prise.

Sa femme, Espérance Rose Nadine, 36 ans, est allongée à même le sol à ses côtés. Elle a eu les deux jambes écrasées dans l’effondrement de leur maison située dans les montagnes voisines.

M. Labaye s’inquiète non seulement pour l’état de santé de son épouse, mais aussi des intempéries qu’ils ne pourront pas fuir. « Je ne sais pas comment cette tempête va passer », dit-il.

Aide internationale

Aux côtés des infirmières qui s’occupent des blessés, Aline Cadet, sage-femme de 26 ans, est minée par l’annonce des bulletins météo.

« Psychologiquement, nous ne sommes pas bien. On ne sait pas du tout comment on va gérer ça, lâche-t-elle. Il y a des femmes enceintes ici, certaines ont perdu leur bébé en tombant ou en étant blessées », déplore-t-elle.

De nombreux pays, notamment les États-Unis, la République dominicaine, le Mexique ou encore l’Équateur, ont offert leur assistance avec l’envoi de personnel, de rations d’urgence et d’équipements médicaux.

L’armée américaine a annoncé lundi la constitution d’une mission militaire conjointe, avec le déploiement déjà effectué d’une équipe chargée d’évaluer la situation dans les zones affectées grâce à des moyens aériens d’observation. Quatre hélicoptères ont également été mobilisés pour du transport.

Il s’agit d’« avoir une idée des dégâts », a expliqué lundi le porte-parole du Pentagone, John Kirby. Les images aériennes prises par les équipes américaines « aideront à déterminer quelle aide est nécessaire, où et quand ».

Les secours s’affairaient dans les zones affectées à l’aide de camions et de tractopelles, comme dans la ville des Cayes, près de l’épicentre du séisme, à quelque 160 km de la capitale haïtienne Port-au-Prince.

Le premier ministre haïtien, Ariel Henry, qui a décrété l’état d’urgence pour un mois dans les quatre départements affectés par la catastrophe, a remercié dimanche la communauté internationale. « Nous voulons donner une réponse plus adaptée qu’en 2010 après le tremblement de terre. Toutes les aides venant de l’extérieur doivent être coordonnées par la direction de la Protection civile », a exigé le chef du gouvernement, tout en appelant ses concitoyens à l’« unité nationale ».

« Oublions nos querelles », a plaidé M. Henry qui dirige le pays le plus pauvre des Amériques, en pleine crise depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet.

Le séisme du 12 janvier 2010, de magnitude 7, avait ravagé la capitale et plusieurs villes de province. Plus de 200 000 personnes avaient été tuées et plus de 300 000 autres blessées lors de la catastrophe tandis que plus d’un million et demi de Haïtiens s’étaient retrouvés sans logis.



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