Hécatombe haïtienne

Cette catastrophe laisse des milliers de personnes sans abri ou à la recherche de proches disparus ou bloqués sous les décombres.
Photo: Joseph Odelyn Associated Press Cette catastrophe laisse des milliers de personnes sans abri ou à la recherche de proches disparus ou bloqués sous les décombres.

Le puissant séisme qui a durement éprouvé Haïti samedi a fait près de 1300 morts et 5700 blessés, laissant des milliers de personnes sans abri ou à la recherche de proches disparus ou bloqués sous les décombres dans le sud-ouest du pays.

Tout en subissant les répliques du tremblement de terre de magnitude 7,2, les habitants et les secours s’affairaient dimanche avec des moyens limités pour retrouver des survivants. Nombre d’engins lourds, camions et tractopelles s’activaient pour déplacer des dalles de béton des bâtiments effondrés dans la ville des Cayes près de l’épicentre du séisme, à quelque 160 km de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, a constaté l’AFP sur place.

Le séisme a frappé le sud-ouest d’Haïti samedi à 8 h 29 heure locale. Dimanche soir, le bilan dressé par la protection civile haïtienne s’établissait précisément à 1297 morts. Près de 30 000 maisons ont été détruites ou endommagées.

De la bâtisse de deux étages de Marcel François aux Cayes, il ne reste que des ruines. « C’est une grâce de Dieu et aussi grâce à mon téléphone que je suis vivant, car j’ai pu dire aux gens dehors où j’étais localisé », raconte à l’AFP l’homme de 30 ans.

Son petit frère, Job, aidé de voisins, a passé plus de trois heures à le sortir des gravats, sans rien d’autre que la force de leur bras. « J’étais dans le bus pour aller au travail quand le séisme s’est produit. J’ai réussi à joindre Marcel au téléphone, mais il m’a dit “viens me sauver, je suis sous le béton” », témoigne Job François.

Blessé à la tête, une fois tiré des parpaings et des meubles brisés, Marcel François a immédiatement été transporté à l’hôpital, en état de choc, car sans nouvelles de sa fille de 10 mois, encore piégée dans les ruines. « J’ai pensé que mon enfant était morte. Je pleurais quand je suis arrivée à l’hôpital, j’étais résigné », confie le trentenaire avec émotion.

Grâce à l’action conjointe des habitants et de son oncle, la petite Ruth Marlee Alliyah François a été sortie de la maison, quatre heures après le séisme.

Secours entravés

Les efforts des secours pour aider les victimes pourraient cependant être entravés à l’approche de la dépression tropicale Grace, avec un risque de pluies torrentielles et d’inondations rapides, selon le service national météorologique des États-Unis. Elle est attendue dans la nuit de lundi à mardi, et le pays a été placé en vigilance renforcée.

Du personnel et des médicaments ont déjà été acheminés par le ministère de la Santé vers la péninsule sud-ouest, mais la logistique d’urgence est aussi mise en péril par l’insécurité qui mine Haïti depuis des mois. Sur un peu plus de deux kilomètres, l’unique route reliant la capitale à la moitié sud du pays traverse le quartier pauvre de Martissant, sous contrôle des gangs armés depuis début juin, empêchant la libre circulation.

Les rares hôpitaux existants dans les régions affectées peinent à fournir les soins d’urgence. Installés sur des bancs, recroquevillés sur des chaises ou allongés à même le sol sur des draps, des blessés attendaient dimanche d’être pris en charge par l’hôpital de la ville côtière des Cayes, a constaté l’AFP.

De nombreux pays, notamment les États-Unis, la Républicaine dominicaine, le Mexique, ou encore l’Équateur ont d’ores et déjà offert leur assistance avec l’envoi de personnel, de rations d’urgence et d’équipements médicaux.

Le premier ministre, Ariel Henry, qui a décrété l’état d’urgence pour un mois dans les quatre départements affectés par la catastrophe, a ainsi remercié dimanche la communauté internationale. « Nous voulons donner une réponse plus adaptée qu’en 2010 après le tremblement de terre. Toutes les aides venant de l’extérieur doivent être coordonnées par la direction de la Protection civile », a exigé le chef du gouvernement, tout en appelant ses concitoyens à l’« unité nationale ». « Oublions nos querelles », a plaidé M. Henry qui dirige le pays le plus pauvre des Amériques, en pleine crise depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet.

Le séisme de 2010 en mémoire

Le séisme du 12 janvier 2010, qui avait ravagé la capitale et plusieurs villes de province est encore dans toutes les mémoires. Plus de 200 000 personnes avaient été tuées et plus de 300 000 autres avaient été blessées lors de la catastrophe tandis que plus d’un million et demi d’Haïtiens s’étaient retrouvés sans logis.

Les efforts du pays pour se relever de cette catastrophe avaient été ralentis par la forte instabilité politique. Onze ans plus tard, l’île est toujours en proie à une crise sociopolitique aiguë, son président Jovenel Moïse ayant été assassiné le mois dernier.

Afin de bien expliquer le contexte dans lequel se trouve Haïti, l’ingénieure en bâtiment Suze Youance rappelle qu’Haïti est en fait formée de « trois bouts d’îles séparés par deux grandes failles », et cette fois, c’est celle du sud qui a bougé.

De plus, l’île se trouve au cœur d’une zone d’ouragans et doit se prémunir chaque année contre trois à quatre tempêtes violentes. Par ailleurs, le sud d’Haïti pourrait être balayé par la tempête tropicale Fred à compter de lundi.

Suze Youance, spécialiste en construction parasismique, estime qu’il est possible d’agir à Haïti en améliorant les techniques de construction. Si de grandes améliorations ont été apportées dans les chantiers d’immeubles publics, le défi économique rend plus difficile d’intégrer ces pratiques dans la construction résidentielle.

 

À voir en vidéo