Des adieux à Jovenel Moïse sur fond de violences en ​Haïti

Des partisans du président haïtien assassiné demandant justice ont été tenus à l'écart des funérailles privées.
Photo: Matias Delacroix Associated Press Des partisans du président haïtien assassiné demandant justice ont été tenus à l'écart des funérailles privées.

Les Haïtiens ont rendu vendredi un dernier hommage sous haute sécurité à leur président assassiné Jovenel Moïse. Les funérailles nationales à Cap-Haïtien ont été le théâtre de violences, illustrant encore l’instabilité qui règne au pays.

Dans les rues de la capitale septentrionale, où a eu lieu la cérémonie solennelle, des policiers avaient été déployés un peu partout. Mais ils n’ont pas empêché, comme la veille, un déchaînement d’agressivité. Des tirs d’armes à feu ont même retenti à l’extérieur de l’enceinte où se déroulaient les obsèques, forçant le départ précipité de certains participants dans des nuages de gaz lacrymogène lancés par les forces de l’ordre.

Le cercueil de Jovenel Moïse, recouvert du drapeau national et de l’écharpe présidentielle, était exposé sur une esplanade, ornée de fleurs. La dépouille était gardée par des soldats des forces armées d’Haïti.

Martine Moïse, la veuve du président, gravement blessée dans l’attaque, était présente, le bras en écharpe après avoir été soignée dans un hôpital de Floride. Le visage masqué, portant une photo de son mari, elle s’est inclinée devant son cercueil.

Des représentants de délégations étrangères, du corps diplomatique et les membres du gouvernement s’étaient succédé auparavant pour lui présenter leurs condoléances.

Le président américain, Joe Biden, a de son côté envoyé une délégation menée par Linda Thomas-Greenfield, l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU, comptant également Daniel Foote, le nouvel émissaire américain pour Haïti. « La délégation présidentielle est en sécurité et au complet après les tirs rapportés lors des funérailles. Ils sont sur leur chemin de retour aux États-Unis », a déclaré Jen Psaki, la porte-parole de la Maison-Blanche.

Un bataillon a rendu les honneurs militaires au chef de l’État, qui était âgé de 53 ans, avec notamment l’hymne présidentiel, suivi de l’hymne national.

La veuve du président a rendu un hommage appuyé à son mari, à la fructueuse carrière d’entrepreneur avant son entrée en politique, et a déploré sa fin tragique, « sauvagement assassiné », « abandonné et trahi ». « Quel crime as-tu commis pour mériter un tel châtiment ? » a demandé l’épouse en deuil, coiffée d’un chapeau noir.

« Il connaissait bien les vices de ce système pourri et injuste », a affirmé Mme Moïse, « ce système auquel peu avant lui ont voulu s’attaquer ». « Il s’est retrouvé du jour au lendemain avec tout le système en bloc, en face de lui », a-t-elle poursuivi, ajoutant toutefois ne vouloir « ni vengeance ni violence ».

Ces louanges contrastent avec la vive défiance que suscitait avant sa mort M. Moïse au sein d’une bonne partie de la population civile, qui l’accusait d’inaction face à la crise et de dérive autoritaire, après qu’il eut suspendu le parlement.

Reste que l’assassinat du président a encore davantage plongé dans l’incertitude le pays et fait ressurgir des tensions historiques au sein de la population.

État d’ébullition

Présent à Cap-Haïtien, le directeur général de la police nationale, Léon Charles, a notamment été pris à partie jeudi par des habitants qui lui reprochaient d’avoir échoué à protéger le président Moïse, l’enfant du pays. Les habitants du nord d’Haïti rappellent que Jovenel Moïse est le cinquième chef d’État originaire de leur région à avoir été tué dans l’Ouest, où se trouve la capitale, Port-au-Prince. Certains accusent la classe possédante des Haïtiens de l’Ouest d’avoir perpétré ces assassinats.

Ce ressentiment a mis vendredi Cap-Haïtien en ébullition, avec des axes routiers bloqués par des barricades et des véhicules enflammés. Des entreprises privées ont été incendiées. Des journalistes étrangers et locaux ont été agressés par les protestataires. Jeudi, des riverains avaient déjà érigé des barricades sur les routes nationales qui mènent à la ville afin d’empêcher les habitants de Port-au-Prince de venir assister aux funérailles.

Ariel Henry, le nouveau premier ministre qui a pris ses fonctions mardi, a promis de traduire en justice les assassins du chef de l’État et d’organiser des élections présidentielle et législatives exigées par la population et la communauté internationale.

En milieu de journée, le corps de Jovenel Moïse a été enterré en petit comité dans l’intimité des jardins de la résidence familiale.

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