Le double défi du nouveau président du Pérou

L’ancien enseignant et syndicaliste de 51 ans, chef du parti de gauche Peru Libre, va prendre les rênes d’un pays dont l’économie a chuté de 11,12 % en 2020 et perdu des millions d’emplois à cause de la pandémie de COVID-19. Pedro Castillo a été proclamé officiellement président élu le 19 juillet.
Photo: Gian Masko Agence France-Presse L’ancien enseignant et syndicaliste de 51 ans, chef du parti de gauche Peru Libre, va prendre les rênes d’un pays dont l’économie a chuté de 11,12 % en 2020 et perdu des millions d’emplois à cause de la pandémie de COVID-19. Pedro Castillo a été proclamé officiellement président élu le 19 juillet.

Le président désigné du Pérou, Pedro Castillo, va devoir non seulement gérer la pandémie, mais aussi la sévère crise économique qui frappe le pays, en rassurant d’abord les investisseurs qui craignent un virage radical à gauche, selon les analystes.

L’ancien enseignant et syndicaliste de 51 ans, chef du parti de gauche Peru Libre, va prendre les rênes d’un pays dont l’économie a chuté de 11,12 % en 2020 et perdu des millions d’emplois à cause de la pandémie de COVID-19.

Dès les premières tendances donnant M. Castillo gagnant face à son adversaire de droite, la populiste Keiko Fujimori, au lendemain du second tour de la présidentielle du 6 juin, les marchés s’étaient montrés fébriles, redoutant des changements économiques brutaux après 25 ans de politique ultralibérale.

Pendant la campagne, M. Castillo a promis un renforcement des secteurs de la santé, de l’éducation et de l’agriculture. Il s’est dit également pour un contrôle accru par l’État des ressources naturelles du pays (gaz naturel, lithium, cuivre, or) aujourd’hui aux mains de multinationales.

Pour le cabinet Eurasia, « le gouvernement de Castillo suivra probablement une trajectoire de gauche, même si elle pourra être modérée au début. Cependant, il est probable que la politique économique […] se radicalisera au cours du mandat présidentiel » qui s’achèvera en 2026.

« Il va falloir donner des signaux clairs que la gestion de l’économie sera professionnelle, qu’il y aura des techniciens solides », estime l’économiste Hugo Ñopo, chercheur au Groupe d’analyses pour le développement (GRADE).

Il faut que « Castillo établisse des ponts avec les marchés, qui sont pour l’instant réticents face à ce qu’il pourrait faire », analyse l’économiste. « Une des urgences sera d’écouter les attentes et d’y répondre pour qu’il n’y ait pas d’inflation et que les capitaux privés ne quittent pas le pays. »

Le dollar américain s’échangeait au cours des dernières semaines autour de quatre sols, contre 3,62 en décembre. La Bourse de Lima a ouvert mardi en légère hausse (0,53 %). Elle avait chuté de 7,7 % au lendemain du second tour et n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant scrutin.

Pour apaiser les craintes, Pedro Castillo a annoncé le 26 juin son intention de garder à son poste Julio Velarde, qui préside depuis 15 ans la banque centrale du pays et qui est salué pour sa politique monétaire prudente. Il a aussi reconnu la nécessité d’« ouvrir les portes aux grands investissements ».

Craintes d’instabilité

La capacité de gouverner du futur président est un autre défi, après une campagne polarisée entre deux extrêmes et un quinquennat marqué par une forte instabilité.

« Les menaces sur la stabilité politique et sociale seront importantes, avec les risques afférents de manifestations et d’efforts [de députés] pour destituer Castillo », estime Eurasia, alors que Peru Libre ne détient que 37 des 130 sièges d’un Parlement très fragmenté. Autre défi : certaines promesses de campagne seront difficiles à tenir et pourront provoquer des troubles sociaux. Devant les « attentes de la population pendant la campagne, il peut y avoir des problèmes importants », ajoute le cabinet d’analyses.

Des affrontements pourraient aussi avoir lieu « avec des secteurs clés de la population, des politiciens et des chefs d’entreprise » ancrés à droite, qui redoutent désormais une politique économique socialiste comme au Venezuela.

Pour calmer les craintes, l’équipe de Castillo s’emploie déjà à rassurer ses adversaires. Son principal conseiller économique, Pedro Francke, a assuré que son programme n’a « rien à voir avec la proposition vénézuélienne ». « Nous ne mènerons pas d’expropriation, de nationalisations, de contrôle des prix, des changes avec l’interdiction d’acheter et de vendre des dollars et de les sortir du pays », a-t-il déclaré à l’AFP mi-juin.

Défi de gouvernance

Le président élu du Pérou, Pedro Castillo, a laissé entendre mardi que son gouvernement pourrait être composé de figures issues de diverses tendances politiques et de la société civile, au lendemain de sa proclamation comme chef de l’État. « Nous préparons notre équipe de travail et je vois qu’il y a des personnes assez intéressées pour appuyer ce gouvernement, issues de toutes les tendances politiques », a-t-il déclaré à la presse.

La capacité à gouverner, avec un Parlement fragmenté, toujours prompt à dégainer l’arme de la destitution, représente un défi pour Pedro Castillo, après une campagne électorale polarisée et un quinquennat passé marqué par une forte instabilité institutionnelle. « Je demande au peuple péruvien de la tranquillité, de la sérénité. Il ne s’agit pas de la responsabilité du seul gouvernement, c’est une responsabilité de tous les Péruviens », a ajouté le président élu, qui prendra ses fonctions le 28 juillet.

 

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