Des manifestations marquent deux mois de crise sociale en Colombie

Les manifestants réclament une réforme de la police et plus de justice sociale face aux conséquences de la pandémie qui a provoqué une augmentation du taux de pauvreté.
Photo: Joaquin Sarmiento Agence France-Presse Les manifestants réclament une réforme de la police et plus de justice sociale face aux conséquences de la pandémie qui a provoqué une augmentation du taux de pauvreté.

Des manifestations d’opposants au gouvernement du président conservateur Ivan Duque, marquées par des affrontements avec les forces de sécurité, se sont déroulées lundi dans plusieurs villes en Colombie pour les deux mois de la contestation sociale qui a fait plus de 60 morts dans le pays.

Le pays connaît depuis le 28 avril une crise sociale qui a démarré contre un projet de hausse des impôts, depuis retiré, et s’est transformée en mouvement de masse avec des manifestations quasi quotidiennes.

Les manifestants réclament une réforme de la police et plus de justice sociale face aux conséquences de la pandémie qui a provoqué une augmentation du taux de pauvreté parmi les 50 millions d’habitants du pays, passé de 37 % à 42 %.

Les forces antiémeutes sont intervenues lundi « à vingt occasions dans plusieurs villes », a annoncé aux médias le directeur général de la police, le général Jorge Vargas.

Une douzaine de véhicules de transports publics ont également été « vandalisés », selon lui.

Des manifestants s’en sont pris à des installations de la police à Bogotá, Medellin et Pereira et une statue de Christophe Colomb a été renversée par des manifestants à Barranquilla.

À Medellin, les manifestants ont été durement repoussés par des canons à eau et les forces antiémeutes.

Dans la capitale, des dizaines de personnes ont dessiné devant le tribunal de la paix des silhouettes de civils assassinés par des militaires durant les cinq décennies de conflit armé entre la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et le gouvernement, qui ressurgit malgré l’accord de paix de 2016.

Le Comité national de grève, à l’initiative de la mobilisation sociale, avait annoncé mi-juin une suspension temporaire des manifestations jusqu’au 20 juillet. Mais il ne représente pas tous les secteurs engagés dans le mouvement.

Au moins 61 personnes sont mortes, dont deux policiers, depuis le début des manifestations, selon les autorités et la Défense du peuple, une entité publique chargée de veiller au respect des droits de l’homme.

Les États-Unis, l’Union européenne et l’ONU ont dénoncé l’usage excessif de la force par la police depuis le début de la contestation.

Selon Human Rights Watch, il existe des « allégations crédibles » sur la mort de 34 personnes en lien direct avec les manifestations. Parmi elles, 20 sont mortes à la suite d’agissements de la police, dont 16 ont été touchées par balle avec l’intention de « tuer », estime l’ONG

Le gouvernement assure que des groupes clandestins impliqués dans le trafic de drogue et l’Armée de libération nationale (ELN), dernière guérilla active dans le pays, ont infiltré les manifestations afin de semer le chaos.

Au pouvoir depuis 2018, le président Duque, dont l’hélicoptère a été cible de tirs vendredi près de la frontière vénézuélienne, quittera ses fonctions en 2022 et ne peut pas être réélu pour un second mandat.

Depuis 2018, la Colombie est confrontée à la pire vague de violence qu’elle ait connue depuis le désarmement des Farc, essentiellement liée aux rivalités pour le contrôle du trafic de drogue et de l’extraction minière illégale.

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