Le populisme de droite contre la gauche radicale au Pérou

Les électeurs auront à choisir dimanche entre entre deux  candidats que tout oppose :  la populiste  de droite  Keiko Fujimori  et le candidat  de la gauche  radicale,  dont on voit  des supporteurs sur la photo.
Guadalupe Pardo Associated Press Les électeurs auront à choisir dimanche entre entre deux candidats que tout oppose : la populiste de droite Keiko Fujimori et le candidat de la gauche radicale, dont on voit des supporteurs sur la photo.

Les électeurs péruviens auront dimanche à choisir entre deux candidats que tout oppose pour désigner leur prochain président : d’un côté la populiste de droite Keiko Fujimori, de l’autre Pedro Castillo, de la gauche radicale.

Ils sont les vainqueurs surprises d’un premier tour indécis avec 18 candidats en lice, finalement emporté à l’issue d’un duel à quatre serré avec un candidat d’extrême droite et un autre de centre droit. Mais dans un pays où le charisme du candidat est plus important que l’idéologie qu’il porte, il ne s’agit pas seulement d’un duel droite-gauche, mais aussi d’une opposition entre la capitale et la province, entre le statu quo et le changement. Originaire de la province de Cajmarca (Nord) dont il arbore le chapeau blanc traditionnel, M. Castillo, 51 ans, a enseigné dans une école rurale pendant 24 ans.

Sorti de l’anonymat en 2017 à la faveur d’un vaste mouvement de grève des enseignants dont il avait pris la tête, le chef du parti minoritaire de gauche Peru Libre propose une série de nationalisations et l’arrêt de certaines importations pour renforcer l’industrie locale.

Mme Fujimori et ses partisans agitent au-dessus de lui un chiffon rouge, disant qu’il transformera le Pérou en une sorte de Corée du Nord ou de Venezuela, et mènera le pays à la ruine et à la dictature. « Je suis là les mains propres, je suis un homme de travail, un homme de foi, un homme d’espérance. Ils disent que nous allons vous enlever votre maison, votre propriété, c’est un mensonge », s’est défendu M. Castillo lors du débat télévisé avec sa rivale.

Ses « mains propres » font allusion aux 30 années de prison requises à l’encontre de Keiko Fujimori dans le cadre de l’enquête sur le scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien du BTP qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants politiques latino-américains. Elle a déjà passé 16 mois en détention provisoire pour blanchiment d’argent présumé dans cette affaire dans laquelle quatre anciens présidents péruviens ont été impliqués.

En cas de victoire, après deux échecs au second tour en 2011 et 2016, la dirigeante du parti Fuerza popular deviendra la première femme présidente du Pérou et ne serait jugée qu’à l’issue de son mandat de cinq ans. Pour beaucoup de Péruviens, Keiko Fujimori porte l’héritage controversé de la présidence de son père (1990-2000), Alberto, 82 ans, qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crime contre l’humanité.

Libéralisme contre étatisme

Les Péruviens espéraient que cette présidentielle mette un terme aux crises institutionnelles à répétition que traverse le pays, la dernière en novembre 2020 a conduit le Pérou à avoir trois présidents en une semaine.

Mais la campagne aux accents dénonciateurs a mis en lumière le fossé existant dans la société péruvienne, profondément inégalitaire tant socialement que géographiquement.

M. Castillo répète à l’envi qu’avec sa rivale ce sera « plus de pauvres dans un pays riche » et promet l’élection d’une Assemblée constituante. Mme Fujimori défend l’actuelle loi fondamentale promulguée par son père en 1993 garantissant le libéralisme économique et qui a, selon elle, « sauvé le pays de la pauvreté et du chaos générés par le modèle étatiste ».

Les deux candidats s’accordent cependant sur certaines questions de société. Dans ce pays très catholique, ils sont tous deux contre l’avortement, défendent la famille traditionnelle et n’accordent pas d’importance aux droits de la communauté LGTBQ+.

Le vote est obligatoire au Pérou sous peine d’amende, et une majorité des 25 millions d’électeurs se rendront aux urnes à contrecœur, écartelés par deux extrêmes dans lesquels ils ne se reconnaissent pas, et préoccupés par les chiffres alarmants de la pandémie qui a déjà fait plus de 184 000 morts, soit le 5e pays le plus endeuillé au monde.

Les plus modestes en particulier ne peuvent pas se permettre de payer l’amende de 88 soles (24 dollars).

Après avoir connu pendant des années une croissance supérieure à la moyenne latino-américaine, l’économie péruvienne s’est contractée de 11,12 % en 2020, le pire chiffre depuis trois décennies.

Deux millions de Péruviens ont perdu leur emploi pendant la pandémie et trois millions ont basculé dans la pauvreté. Un tiers des 33 millions d’habitants sont classés comme pauvres, selon les chiffres officiels.

Les premiers résultats officiels seront connus vers 23 h  heure locale (4 h GMT lundi).

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