Nouvelle journée de mobilisation contre le gouvernement en Colombie

Syndicats, étudiants, indigènes et d’autres secteurs ont commencé à se mobiliser dans les principales villes du pays contre les politiques de santé, d’éducation, de sécurité et pour dénoncer les abus des forces de l’ordre.
Photo: Juan Barreto Agence France-Presse

Syndicats, étudiants, indigènes et d’autres secteurs ont commencé à se mobiliser dans les principales villes du pays contre les politiques de santé, d’éducation, de sécurité et pour dénoncer les abus des forces de l’ordre.

La Colombie vivait mercredi une nouvelle journée de mobilisation contre le gouvernement de droite du président Ivan Duque, après une semaine de manifestations entachées de violences et dont la répression a été condamnée par la communauté internationale.

Les syndicats, étudiants, autochtones, entre autres, se sont mobilisés dans plusieurs grandes villes du pays contre les politiques de santé, d’éducation, de sécurité et pour dénoncer les abus des forces de l’ordre.

Les violences ont fait au moins 24 morts, selon un nouveau bilan du Défenseur du peuple, entité publique de protection des droits, qui avait en outre répertorié lundi 87 disparus. Il y a eu 846 blessés au total dans les manifestations de ces derniers jours, pour la plupart pacifiques.

Des ONG locales ont dénoncé des chiffres plus élevés, notamment Temblores, avec 31 morts. Reporters sans frontières (RSF) a déploré 76 agressions contre des journalistes, dont 10 blessés par les forces de l’ordre.

Mercredi à Bogota, plusieurs milliers de manifestants protestaient, arborant des slogans tels que « Duque démissionne ». Le Comité national de grève, à l’origine de la mobilisation, a appelé à un rassemblement sur la place de Bolivar, au cœur de la capitale, où se trouvent le siège de la présidence et le parlement.

Postes de police incendiés

Des traces des violences restaient visibles dans le sud de la ville : postes de police incendiés, stations de bus et succursales bancaires vandalisées, résidus de pneus encore en flammes.

« Cela fait mal de voir ça, mais nous blesse encore plus la négligence de ce gouvernement sourd, qui préfère recourir à la force publique, soutenir les banques, les grandes entreprises, plutôt que d’aider » les gens, a déclaré à l’AFP Hector Cuinemi, un étudiant de 19 ans.

De graves affrontements dans la nuit de mardi à mercredi à Bogota ont fait 46 blessés, dont 16 agents, lors d’attaques contre des postes de police.

Les manifestants étaient environ 8000 à Medellin (nord-ouest), sur fond de musique et de slogans contre l’ex-président de droite dure Alvaro Uribe (2000-2010), mentor politique d’Ivan Duque.

Les accès à Cali (sud-ouest), épicentre des violences, restaient bloqués, tandis que cette ville, l’une des plus dangereuses d’Amérique latine, commençait à pâtir de pénuries, notamment de carburants. « L’“uribisme” nous a déclarés objectif militaire », y dénonçaient notamment quelque 3000 autochtones en allusion à l’ancien chef d’État, célèbre pour sa politique de fermeté envers les guérillas de gauche.

La mobilisation a débuté le 28 avril contre un projet de réforme fiscale qui, selon ses critiques, affectait la classe moyenne et était inopportun en pleine pandémie de COVID-19.

Le président l’a retiré, promettant un nouveau texte sans les points les plus contestés, comme la hausse de la TVA et l’élargissement de la base de l’impôt sur le revenu. Le ministre des Finances a démissionné.

Mais la mobilisation s’organise sous de nouveaux mots d’ordre contre la politique de M. Duque, dont le mandat de cinq ans s’achèvera en août 2022.

L’ONU, l’Union européenne, les États-Unis et des organisations de défense des droits de la personne ont dénoncé un usage disproportionné de la force par la police.

Duque promet le dialogue

La tension s’est accrue lundi soir à Cali où des centaines de militaires et de policiers ont été déployés en renfort.

Le gouvernement a avancé que des dissidents des FARC, qui ont rejeté l’accord de paix signé en 2016 par l’ex-guérilla, ainsi que l’Armée de libération nationale (ELN), dernière rébellion du pays, et des gangs de narcotrafiquants y orchestraient les troubles. Ivan Duque a de nouveau dénoncé mercredi « la menace vandale […] d’une organisation criminelle, qui se cache derrière des aspirations sociales légitimes pour déstabiliser la société, générer la terreur ».

Tout en apportant son soutien aux forces de l’ordre, il a annoncé des « espaces de dialogue », soit 11 réunions qui débutent mercredi avec les tribunaux, le Parlement et d’autres entités, sans y inclure encore des représentants de la mobilisation.

Ce président conservateur, dont la popularité est en berne, à 33 %, a été confronté à de multiples manifestations depuis 2019, dans un pays en récession et affecté par une recrudescence du conflit armé qui le mine depuis près de soixante ans.

La quatrième économie d’Amérique latine est confrontée à une chute du produit intérieur brut (PIB) de 6,8 % en 2020, un chômage de 16,8 % et une pauvreté à 42,5 %, alors que près de la moitié de la population active vit de l’économie informelle. La situation a empiré avec la pandémie et la Colombie fait face à une 3e vague de contagions, ayant déjà passé le cap des 2,9 millions de cas de COVID-19, dont plus de 75 000 décès, sur 50 millions d’habitants.

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